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Dans un pays où l’harmonie sociale prime sur les convictions personnelles, l’homosexualité au Japon reste conditionnée par le poids d’un modèle familial classique. Et cela débute dès l’école, où les cours d’éducation sexuelle et de contraception répondent aux abonnés absents. La vulgarisation d’une sexualité acceptée et responsable reste donc uniquement à la charge des parents, qui trop souvent préfèrent ne pas aborder directement ces sujets jugés trop confidentiels avec leurs enfants. Les jeunes qui n’osent pas s’exprimer se confinent donc parfois jusqu’à la solitude.
Pourtant, au sens théorique et occidental du terme, le Japon n’est pas homophobe avec la dépénalisation des relations homosexuelles en vigueur depuis 1880. Lorsque l’on remonte dans l’Histoire du pays, on apprend également que les relations entre personnes de même sexe sont, jusqu’à l’ère Meiji (1868-1912), une pratique officieuse courante. Peu importe la classe sociale ou de quelle orientation on se définit au préalable, les attirances peuvent être éclectiques.
Dans les milieux religieux et féodaux, les relations entre un maître plus âgé et son jeune disciple étaient légion et faisaient partie de l’enseignement, au même titre que les arts martiaux ou le code d’honneur. Appartenant à la tradition japonaise Shudo, abréviation de wakashudo qui signifie «la voie (ou l’éveil) des jeunes hommes», ces rapports répondaient à un code de conduite précis et suivi par l’ensemble des protagonistes, sans quoi la pratique devenait illégale. Par exemple, les deux partenaires masculins n’étaient jamais nus et leur relation devait rester d’ordre physique sans sentiment amoureux. Quant à la pratique de la fellation, elle restait réservée uniquement aux femmes.
Par ailleurs et pour revenir à l’idée générale de non-homophobie au Japon, la sûreté ressentie par tout individu qui vit ou qui voyage dans l’archipel est également appréciée par les homosexuels et toutes les identités sexuelles ou de genre. Le risque de se faire agresser verbalement ou physiquement au nom de ses orientations intimes demeure ainsi quasi inexistant sur l’archipel. Cependant, la tolérance au quotidien continue de faire débat, bien évidemment sur le plan de la législation nationale mais aussi et surtout au niveau des relations sociales avec ses proches.
Pour ne froisser personne et préserver leur statut de citoyen «normal», beaucoup sont ceux qui choisissent la double vie. Ils ou elles finissent par se marier puis font un enfant pour satisfaire les attentes de leur famille ; en parallèle mais cachée, leur sincère existence perdure. D’autres maintiennent le plus longtemps possible un célibat officiel, quitte à passer pour des «vieux garçons» ou des «vieilles filles» plutôt que d’expliquer la réalité. En effet, si en Occident le coming out est plutôt vécu comme un moment libératoire où l’individu ose s’affirmer, annoncer officiellement son homosexualité au Japon comporte peu d’avantages. D’une manière générale, l’archipel nippon se dresse comme une destination touristique intéressante pour la communauté gay. La société japonaise favorise depuis longtemps l’expression de mouvances où le genre n’est pas un prérequis, tel que le cosplay, la mode unisexe et la métrosexualité mise en avant comme critère de beauté par les médias et la publicité. Il est bon de rappeler que, malgré des airs timides, le Japon reste un pays leader en Asie en matière de droits LGBTQ+. Et même si de notre prisme occidental, la marge de progression est encore forte, le mécanisme pour l’ouverture aux minorités est enclenché.
