Magazine Gay Globe 111

Couverture Cyndi Lauper 111

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MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #111

Cindy Lauper : elle donne plus que son cœur aux LGBT!

Édition #111 — 2016 — 32 pages

Le Magazine Gay Globe #111 est un numéro particulièrement intéressant dans l’histoire éditoriale de Gay Globe parce qu’il rassemble plusieurs des grandes préoccupations qui caractérisent alors la publication : défense des droits LGBT, santé sexuelle, VIH/SIDA, lutte contre l’homophobie, histoire homosexuelle, critique des médias, culture et réflexion sur les enjeux internes aux communautés LGBT.

La couverture est consacrée à Cindy Lauper, présentée comme une personnalité internationale qui s’est particulièrement engagée auprès des personnes homosexuelles et trans, mais surtout auprès d’un groupe particulièrement vulnérable : les jeunes homosexuels et trans sans-abri aux États-Unis. L’éditorial de Roger-Luc Chayer rappelle que Lauper organise notamment des concerts destinés à financer l’aide aux jeunes itinérants LGBT et souligne que son engagement avait retenu l’attention de personnalités politiques américaines, notamment du président Barack Obama.

Le numéro présente ensuite une succession de dossiers consacrés à la situation des homosexuels dans différents pays, à la prévention du VIH et des ITS, à des maladies moins connues comme l’hémochromatose, à l’évolution des traitements contre le VIH, aux icônes gaies et à plusieurs figures historiques.

Le #111 est également très important pour comprendre l’histoire personnelle et professionnelle de Roger-Luc Chayer. Dans un texte intitulé « 23 ans de journalisme déjà! », il raconte son parcours depuis ses débuts en 1993, son passage par le magazine RG et Le National, son arrivée à la Revue Le Point, ancien nom de Gay Globe Magazine, puis son accession au poste d’éditeur en 2002 après avoir acheté la publication. Il y définit également Gay Globe comme un « contre-pouvoir » des différentes mouvances LGBT et rappelle le slogan : « Nous allons là où les autres ne vont pas. »

Le numéro comporte enfin la conclusion bouleversante de « À Dieu Julien », récit de Caroline Gréco basé sur des faits réels, ainsi qu’une page de courrier des lecteurs qui donne des indications précieuses sur la perception du magazine, son rythme de publication et son travail d’enquête.


Table des matières détaillée

PageTitreSujet traité
5Cindy Lauper — éditorialRoger-Luc Chayer explique pourquoi Cindy Lauper mérite la couverture. Il souligne son engagement auprès des jeunes homosexuels et trans sans-abri aux États-Unis, son organisation de concerts destinés à financer cette aide et sa reconnaissance publique, notamment par Barack Obama.
5Muffins au saumon fuméChronique culinaire de Franck Hénot avec une recette de muffins au saumon fumé, gruyère, ciboulette et citron, préparée avec des ingrédients destinés à deux personnes.
6Brèves internationalesActualités LGBT provenant notamment de Chine, d’Israël, du Sénégal et du monde arabe. Le numéro traite de la censure de l’homosexualité à la télévision chinoise, de l’exécution d’un commandant du Hamas accusé notamment d’homosexualité et de la polémique provoquée au Sénégal par le sac à main du chanteur Waly Seck.
7Le piège de DaeshAnalyse du traitement médiatique des exécutions d’hommes accusés d’homosexualité par Daesh. Le texte dénonce les « pièges à clics », la répétition d’informations parfois difficiles à vérifier et les réactions simplistes ou islamophobes que peuvent provoquer ces images.
8Lettre à un papaTémoignage anonyme d’un jeune homme homosexuel qui s’adresse à son père. Il explique le poids du secret, la peur du rejet et son désir d’être accepté par son père malgré les traditions et le regard des autres.
950 % des Noirs homos pozPrésentation d’une étude américaine sur le risque d’acquisition du VIH au cours de la vie. Le dossier insiste sur les énormes disparités observées entre populations noires, blanches, hispaniques, hétérosexuelles et homosexuelles.
10Lyme : alerte santéDossier sur la maladie de Lyme, sa transmission par les tiques et les précautions à prendre. L’article évoque également une étude suggérant que la transmission sexuelle pourrait être possible.
11Gay Globe propulséRoger-Luc Chayer annonce l’association de Gay Globe Média avec Issuu, afin de diffuser les éditions courantes et anciennes dans le monde entier. Le texte présente les possibilités statistiques et commerciales de la plateforme et indique que 94 éditions antérieures sont alors accessibles.
12-13Chronique automobilePhilippe Lague présente cinq véhicules qu’il considère comme des voitures abordables et intéressantes : BMW 228i, Honda Fit, Mazda3, Nissan LEAF et Subaru WRX.
14Ostéoporose masculineDossier consacré à l’ostéoporose chez l’homme. Le magazine explique que la maladie touche également les hommes, particulièrement après 50 ans, et que les fractures peuvent être plus graves chez eux.
15Vaccin : prudence extrêmeArticle critique sur les annonces entourant un candidat vaccin contre le VIH. Des chercheurs, dont le professeur Jean-François Delfraissy, dénoncent ce qu’ils considèrent comme une présentation prématurée de résultats qui ne permettent pas encore de parler de succès.
16Les icônes gaiesRoger-Luc Chayer présente plusieurs femmes et hommes devenus des icônes de la communauté gaie : Judy Garland, Maria Callas, James Dean, Marlon Brando, Dalida, Bette Davis, Susan Hayward, Liza Minnelli, Barbra Streisand, Joan Crawford, Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor, Lucille Ball, Joan Rivers et Donna Summer.
17Première icône gaieDossier historique consacré à saint Sébastien, présenté comme la première grande icône homosexuelle. Le texte retrace son histoire, son martyre et surtout sa transformation progressive en symbole homoérotique puis en icône homosexuelle.
18Les gros-mots : transitudeTexte de Roger-Luc Chayer faisant suite aux réactions suscitées par les articles du #110 consacrés à la transidentité. Chayer critique ce qu’il décrit comme des mécanismes de « survictimisation » et annonce vouloir poursuivre son analyse de la question trans.
19Brèves internationalesActualités concernant les réfugiés homosexuels aux Pays-Bas, les droits LGBT en Israël et des agressions d’homosexuels commises en Belgique par de jeunes candidats au groupe État islamique.
20L’hémochromatoseRoger-Luc Chayer explique cette maladie génétique provoquant une accumulation excessive de fer. Le dossier décrit ses conséquences possibles sur le foie, le cœur, le pancréas, l’hypophyse et la production de testostérone, ainsi que le traitement par phlébotomie.
21VIH : injections aux 2 moisPrésentation d’une étude clinique réalisée notamment à la Clinique médicale l’Actuel sur des traitements injectables de cabotégravir et de rilpivirine. Le dossier examine l’administration mensuelle ou bimestrielle et la satisfaction des patients.
22Nouvelles brèves VIH/SIDAActualités sur le VIH : réhabilitation historique de Gaëtan Dugas, recherches sur l’immunothérapie, premières autorisations américaines de transplantation d’organes provenant de donneurs séropositifs et effet médiatique de l’annonce du statut VIH de Charlie Sheen.
24Ces homos du passéPortrait historique de Michel de Montaigne. Le dossier examine ses écrits sur la sexualité, ses expériences amoureuses et l’absence de preuve d’une relation masculine durable, tout en citant la question posée par Jean Lacouture sur la possibilité qu’il ait aimé un homme.
25Le duo Pitt et ClooneyChronique culturelle consacrée aux nombreuses plaisanteries entre George Clooney et Brad Pitt, notamment durant le tournage d’Ocean’s Eleven, ainsi qu’à l’état psychologique de Justin Bieber, qui disait être sous une forte pression.
2623 ans de journalisme déjà!Texte autobiographique de Roger-Luc Chayer sur ses 23 années de carrière journalistique, ses débuts au magazine RG, son passage au National, son arrivée à la Revue Le Point, son accession au poste d’éditeur de Gay Globe en 2002 et sa conception du magazine comme contre-pouvoir LGBT.
27-29À Dieu Julien — finDernier épisode du récit de Caroline Gréco. Julien est arrivé au terme de sa maladie. Sa mère accompagne ses derniers jours, vit son décès et doit ensuite apprendre à vivre avec son absence. La rédaction révèle que Caroline Gréco est décédée pendant la publication de ses deux récits.
30Courrier des lecteursRéactions à la couverture de Céline Dion du #110, commentaires sur la recette de soupe au chou, questions sur l’Affaire Biron et demandes d’information sur la publication et sa fréquence. Gay Globe confirme une publication huit fois par année, un PDF gratuit et un abonnement postal de 65 $.

Les grands dossiers de cette édition

Cindy Lauper : une couverture fondée sur l’engagement

Le choix de Cindy Lauper comme personnalité de couverture n’est pas présenté comme un simple choix culturel.

Roger-Luc Chayer insiste sur son engagement concret auprès des jeunes LGBT sans-abri.

Le texte explique que la chanteuse s’est particulièrement investie auprès de jeunes homosexuels et trans abandonnés par leur famille ou par la société américaine. Elle organise notamment des concerts afin de financer les programmes d’aide qui leur sont destinés.

Chayer rappelle également une déclaration de Lauper expliquant qu’elle se sent proche des homosexuels parce qu’elle-même avait connu le sentiment d’être rejetée.

Son engagement avait alors dépassé le cadre communautaire. Elle avait notamment été invitée à la deuxième cérémonie d’investiture de Barack Obama.

Pour Gay Globe, cette implication justifie pleinement sa couverture : elle ne se contente pas d’afficher son soutien aux LGBT, elle consacre des ressources et son influence à leur venir en aide.

Le piège de Daesh

Le dossier de la page 7 est l’un des textes les plus intéressants du numéro sur le plan journalistique.

Il ne cherche pas uniquement à dénoncer les exécutions d’hommes accusés d’homosexualité par Daesh.

Il s’intéresse surtout à la façon dont ces exécutions sont médiatisées.

Le texte souligne qu’une photographie de mauvaise qualité et une information souvent écrite au conditionnel peuvent être répétées pendant des semaines sur les réseaux sociaux. La victime finit alors par devenir une simple statistique.

L’article critique également le phénomène des « clickbaits », ces titres conçus pour provoquer un maximum de réactions et de partages.

Selon l’analyse publiée dans Gay Globe, les djihadistes ne cherchent pas seulement à tuer : ils cherchent également à mettre en scène et diffuser les exécutions afin de provoquer la peur et de susciter des réactions extrêmes.

Le texte met donc en garde contre les généralisations visant « l’islam » ou « le monde arabe » et considère que les médias ont la responsabilité de fournir davantage de contexte.

Une lettre à un père qui ne sait pas encore

La « Lettre à un papa » est l’un des textes les plus humains du numéro.

Un jeune homme homosexuel explique à son père qu’il est devenu adulte et qu’il doit pouvoir faire ses propres choix.

Mais il conserve un lourd secret : son homosexualité.

Il explique que le poids des traditions, le regard des autres et la peur du jugement empêchent encore son père de pouvoir l’accepter.

Le texte ne présente toutefois pas le père comme un ennemi.

Au contraire, le fils insiste sur son amour et son respect pour lui.

Il souhaite seulement que, le jour où il pourra finalement lui révéler son homosexualité, son père soit « avec moi et pas contre moi ».

Le magazine recommande aux parents qui souhaitent mieux comprendre leur enfant homosexuel la lecture gratuite du livre de Caroline Gréco, Julien, toi qui préfères les hommes.

50 % des hommes gais noirs américains : un chiffre qui bouleverse

Le dossier de la page 9 repose sur une étude présentée à la Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections.

L’article utilise une notion alors relativement nouvelle dans l’épidémiologie du VIH : le « risque au cours de la vie ».

Les chiffres présentés sont extrêmement préoccupants.

Le magazine rapporte qu’un homme noir américain sur vingt risquait alors de devenir séropositif au cours de sa vie, contre un sur 138 chez les hommes blancs.

Mais l’écart devient beaucoup plus spectaculaire chez les hommes homosexuels.

Selon l’étude citée, la moitié des hommes gais noirs américains pourraient être diagnostiqués séropositifs au cours de leur vie si rien ne changeait.

Le dossier insiste sur le fait que cette situation ne pouvait pas être simplement expliquée par une plus grande prise de risques sexuels.

Il évoque plutôt une combinaison de facteurs : homophobie, prévalence élevée du VIH, accès insuffisant aux outils de prévention et différences géographiques.

La maladie de Lyme : un dossier qui dépassait la simple prévention des tiques

Le dossier de la page 10 commence par une affirmation beaucoup plus controversée : une étude publiée dans The Journal of Investigative Medicine en 2014 suggérerait que la transmission sexuelle de la maladie de Lyme ne pouvait plus être écartée.

Gay Globe rapporte notamment la présence de l’agent de Lyme dans les sécrétions génitales et la présence de souches identiques chez certains couples.

Le reste du dossier reprend les informations classiques sur la maladie : transmission par les tiques, périodes à risque, activités extérieures favorisant les morsures, symptômes et mesures de prévention.

Le magazine recommande notamment les vêtements longs, l’utilisation d’insectifuges, la douche après une activité extérieure et l’inspection du corps afin de détecter rapidement les tiques.

Gay Globe se lance sur Issuu

La page 11 possède une importance historique particulière pour les archives numériques du magazine.

Roger-Luc Chayer annonce que Gay Globe Média vient de s’associer à Issuu afin d’augmenter la présence internationale de Gay Globe Magazine.

L’objectif est clair : permettre aux éditions courantes et anciennes d’être consultées partout dans le monde et prolonger la durée de vie du contenu rédactionnel et publicitaire.

Le texte indique alors que 94 éditions antérieures sont disponibles sur la plateforme.

Gay Globe insiste également sur les statistiques fournies par Issuu : pays d’origine des lecteurs, temps passé sur chaque revue et popularité des éditions.

Le magazine annonce même qu’en une semaine, plus de 6 500 revues avaient été commandées.

Cette page constitue donc un document important pour retracer la transformation progressive de Gay Globe d’un magazine essentiellement papier vers une publication numérique à portée internationale.

Marvel contre la Géorgie

Dans la même section, Roger-Luc Chayer rapporte le conflit entre Marvel et l’État de Géorgie autour d’un projet de loi permettant certaines formes de discrimination au nom des convictions religieuses.

Selon l’article, la loi aurait notamment permis de refuser l’emploi ou de licencier une personne homosexuelle et aurait permis à certains élus de refuser de célébrer des mariages homosexuels.

Marvel aurait menacé de ne plus tourner ses films en Géorgie si le texte était adopté.

L’article rappelle que l’État avait développé une industrie cinématographique importante grâce à des incitatifs fiscaux et que le retrait de Marvel aurait donc représenté une perte économique significative.

Ce passage montre une caractéristique importante de Gay Globe : l’analyse des droits LGBT passe aussi par l’économie et par le pouvoir de pression des grandes entreprises.

Les cinq voitures abordables de Philippe Lague

La chronique automobile présente cinq modèles particulièrement appréciés par Philippe Lague.

La BMW 228i est appréciée pour son poids léger, son moteur de 240 chevaux et son équilibre général, malgré des frais d’entretien élevés.

La Honda Fit est présentée comme l’une des meilleures sous-compactes, notamment pour son habitacle très spacieux, sa modularité et sa fiabilité.

La Mazda3 est appréciée pour sa conduite dynamique, son design et ses nouveaux moteurs SkyActiv, qui améliorent considérablement sa consommation.

La Nissan LEAF est cette fois jugée beaucoup plus favorablement que lors du premier essai de Lague, notamment parce que son autonomie semble désormais mieux correspondre aux promesses du constructeur.

Enfin, la Subaru WRX est présentée comme une voiture sportive suffisamment civilisée pour être utilisée quotidiennement.

L’ostéoporose masculine

Le dossier de la page 14 rappelle une réalité alors trop souvent oubliée : l’ostéoporose n’est pas uniquement une maladie féminine.

Le magazine explique que les hommes disposent généralement d’une masse osseuse supérieure, mais qu’ils peuvent néanmoins développer une ostéoporose après 50 ans.

Les fractures seraient cependant particulièrement graves chez les hommes, avec une mortalité importante après certaines fractures sévères.

Le texte souligne également que l’ostéoporose masculine est souvent secondaire à une autre maladie ou à un traitement, ce qui rend nécessaire la recherche des causes sous-jacentes chez les hommes concernés.

Vaccin contre le VIH : la rédaction appelle à la prudence

Le dossier de la page 15 porte sur un candidat vaccin présenté par le laboratoire Biosantech.

Le magazine rapporte que 48 patients participaient à l’étude et que neuf auraient obtenu une charge virale devenue indétectable.

Mais Gay Globe insiste surtout sur les critiques du professeur Jean-François Delfraissy, qui considère qu’il n’existe pas encore de données permettant de parler de succès.

Le chercheur dénonce ce qu’il considère comme une communication prématurée susceptible de créer de faux espoirs chez les personnes vivant avec le VIH.

Ce dossier est révélateur de l’approche éditoriale du magazine en matière de santé : l’espoir thérapeutique doit être accompagné d’une lecture critique des résultats scientifiques et des communications des laboratoires.

Les icônes gaies

Roger-Luc Chayer consacre ensuite deux pages aux icônes gaies.

Le texte commence par Judy Garland, présentée comme l’une des figures les plus importantes de la culture gaie.

Il cite ensuite Maria Callas, James Dean, Marlon Brando, Dalida, Bette Davis, Susan Hayward, Liza Minnelli, Barbra Streisand, Joan Crawford, Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor, Lucille Ball et Joan Rivers.

Le cas de Donna Summer est particulièrement intéressant.

Gay Globe rappelle qu’elle avait longtemps bénéficié d’un immense public gai avant ses déclarations de 1984 associant le SIDA à une punition divine contre les homosexuels.

Le magazine affirme que cette déclaration avait entraîné une rupture durable avec son public gai.

Le dossier montre ainsi que l’idée d’« icône gaie » ne repose pas uniquement sur l’orientation sexuelle de la personnalité.

Elle peut être liée à son style, son humour, sa personnalité, son engagement, son esthétique ou simplement à la manière dont la communauté s’est approprié son image.

Saint Sébastien : la première grande icône homosexuelle

La page 17 approfondit le cas de saint Sébastien.

Selon le récit traditionnel, Sébastien était un militaire romain devenu centurion, puis martyr chrétien après avoir soutenu des chrétiens persécutés.

Il aurait été attaché à un poteau et transpercé de flèches avant d’être finalement tué à coups de verges.

Le magazine rappelle qu’il est devenu un symbole homoérotique à la Renaissance, avant d’être progressivement transformé en icône homosexuelle au XIXe siècle.

Cette transformation est liée notamment à des artistes et écrivains homosexuels comme Walter Pater, Oscar Wilde, John Addington Symonds et John Gray.

La photographie et la peinture homosexuelles ont également largement repris son image.

Le texte cite notamment Frederick Holland Day, Oscar Gustave Rejlander, Elisar von Kupffer, Tennessee Williams, Mishima ainsi que Pierre et Gilles.

La « transitude » : Roger-Luc Chayer poursuit son débat

La page 18 est une suite directe aux textes publiés dans l’édition #110.

Roger-Luc Chayer revient sur les réactions provoquées par son éditorial sur la transitude et par un article critique sur certaines revendications trans.

Il affirme que certains groupes utilisent, selon lui, une forme de « survictimisation » ou d’« hyper-victimisation » afin d’imposer leur lecture des questions trans.

Il annonce également que Gay Globe reviendra dans une prochaine édition sur ce qu’il appelle « la survictimisation trans ».

Cette page est particulièrement importante pour comprendre l’évolution de la ligne éditoriale du magazine sur les questions trans, puisqu’elle montre que le sujet faisait déjà l’objet d’un débat interne et public important au sein de la publication en 2016.

L’hémochromatose : une maladie silencieuse

Roger-Luc Chayer signe également le dossier consacré à l’hémochromatose.

Il la présente comme une maladie génétique relativement fréquente au Québec, particulièrement dans les populations d’origine française.

Le mécanisme décrit est celui d’une accumulation excessive de fer dans le sang et les organes.

Le dossier explique que la maladie peut rester silencieuse pendant des décennies avant d’être découverte par une prise de sang.

Le traitement présenté repose principalement sur les phlébotomies, qui consistent à retirer environ 400 ml de sang afin d’obliger l’organisme à utiliser ses réserves de fer.

Le texte évoque les complications possibles touchant le foie, le cœur, le pancréas et l’hypophyse.

Un élément particulièrement intéressant pour Gay Globe est la relation faite entre l’atteinte de l’hypophyse, la baisse de production de testostérone et l’andropause précoce.

Le VIH traité par injection tous les deux mois

La page 21 présente une étude clinique particulièrement importante pour l’histoire de la lutte contre le VIH.

Une partie de l’étude a été réalisée à la Clinique médicale l’Actuel du Dr Réjean Thomas.

L’objectif était de comparer le traitement quotidien par comprimés à une combinaison injectable de cabotegravir et rilpivirine administrée tous les mois ou tous les deux mois.

Le magazine rapporte que les résultats obtenus sur l’indétectabilité étaient comparables à ceux des traitements oraux.

La satisfaction des patients était toutefois supérieure dans le groupe injectable : 90 % contre 70 % selon les chiffres publiés dans l’article.

L’intérêt principal était de réduire la difficulté liée à l’observance quotidienne.

Le dossier évoque également la possibilité future d’utiliser ce type d’approche dans la PrEP.

Gaëtan Dugas : la fin du mythe du « patient zéro »

La page 22 contient un dossier historique majeur sur Gaëtan Dugas.

Pendant longtemps, Dugas avait été présenté comme le « patient zéro » du SIDA aux États-Unis.

Le magazine rapporte une étude génétique démontrant que cette interprétation était erronée.

Selon les résultats présentés, l’épidémie américaine remontait à environ 1970 à New York et 1975 à San Francisco, ce qui rendait impossible l’idée que Dugas aurait introduit le virus aux États-Unis.

Cette rectification est historiquement importante : elle montre comment une erreur d’interprétation scientifique et médiatique a pu transformer un homme en symbole de la propagation du SIDA.

L’immunothérapie et le VIH

Le même dossier présente des recherches françaises portant sur les anticorps neutralisants à large spectre.

Les chercheurs espèrent pouvoir réduire le réservoir viral chez les personnes infectées et utiliser ces connaissances pour concevoir de nouveaux candidats vaccins.

Le magazine explique également que certains de ces anticorps faisaient alors l’objet d’essais cliniques aux États-Unis.

L’article présente donc l’immunothérapie comme une nouvelle voie potentiellement importante dans la lutte contre le VIH.

Les transplantations d’organes provenant de donneurs séropositifs

Gay Globe rapporte ensuite que l’école de médecine de l’Université Johns Hopkins avait reçu l’autorisation de commencer à transplanter des foies et des reins provenant de donneurs VIH positifs à des patients eux-mêmes séropositifs.

Le dossier mentionne le risque de superinfection, puisque le receveur pourrait théoriquement recevoir une souche de VIH différente ou plus agressive.

Cette avancée témoigne néanmoins d’un changement majeur dans la médecine du VIH : grâce aux traitements modernes, les personnes séropositives peuvent désormais être considérées comme des donneurs d’organes potentiels dans certaines circonstances.

L’effet Charlie Sheen

La révélation publique du statut VIH de Charlie Sheen provoque, selon une étude citée par Gay Globe, une explosion des recherches Internet sur le VIH.

L’acteur raconte avoir connu des symptômes inquiétants avant son diagnostic.

Le magazine rapporte que le jour de son passage télévisé, les recherches Internet sur le VIH atteignent un niveau exceptionnel.

Cette séquence est intéressante parce qu’elle montre déjà le rôle des personnalités publiques dans la sensibilisation au VIH à l’ère numérique.

Montaigne : un homosexuel du passé?

La rubrique historique « Ces homos du passé » est consacrée à Michel de Montaigne.

Le dossier rappelle sa carrière politique, ses fonctions de maire de Bordeaux et surtout l’importance des Essais dans l’histoire intellectuelle européenne.

Gay Globe s’intéresse particulièrement aux passages dans lesquels Montaigne parle de sexualité et d’amour.

Le magazine reconnaît qu’il n’existe pas de preuve d’une passion masculine durable, mais souligne que trois chapitres des Essais abordent ses expériences amoureuses.

Le dossier termine sur une question de Jean Lacouture :

« Cet amoureux des femmes n’aurait-il, en fin de compte, aimé qu’un homme? »

Gay Globe laisse donc la question ouverte plutôt que de transformer Montaigne en homosexuel historique certain.

George Clooney et Brad Pitt

La page 25 quitte temporairement les dossiers politiques et médicaux pour s’intéresser à la culture populaire.

George Clooney et Brad Pitt sont présentés comme deux amis connus pour leurs plaisanteries.

Le magazine raconte notamment comment Clooney avait collé sur la voiture neuve de Pitt un autocollant compromettant et comment une autre plaisanterie avait consisté à envoyer un DVD d’orthophonie à Meryl Streep en se faisant passer pour Brad Pitt.

Le dossier présente leur relation comme une longue succession de canulars entre deux amis très proches.

Justin Bieber et la pression de la célébrité

Le même dossier rapporte les propos de Justin Bieber, qui expliquait être fatigué et au bord de la dépression en raison de la pression liée aux attentes du public.

Le texte montre une autre facette de la célébrité : la difficulté à constamment répondre aux attentes des fans et à l’image publique imposée à une jeune vedette.

23 ans de journalisme : le document autobiographique majeur du #111

La page 26 est probablement le document le plus important du numéro pour les archives de Gay Globe Média.

Roger-Luc Chayer y annonce qu’il célébrera en mai ses 23 années de carrière journalistique.

Il raconte avoir commencé comme chroniqueur culturel au magazine RG, alors dirigé par Alain Bouchard.

Il y aurait ensuite travaillé plus de cinq ans, passant de la culture aux affaires générales et aux enquêtes dans le milieu gai.

Il rejoint ensuite Le National, puis la Revue Le Point, qu’il identifie explicitement comme l’ancien nom de Gay Globe Magazine.

Il précise qu’il devient rédacteur en chef puis éditeur en 2002 après avoir acheté la publication.

Il mentionne ensuite ses collaborations au Journal de Montréal, à TVA et à TQS avec André Arthur.

Mais le texte devient surtout intéressant lorsqu’il explique pourquoi il continue à faire ce travail.

Chayer affirme que depuis 1993, il parle, recherche, diffuse, commente, enquête et publie sur l’homosexualité « non pas d’un point de vue sexuel », mais pour contribuer au développement intellectuel des lecteurs, protéger leur santé, lutter contre l’intimidation et défendre l’égalité.

Il définit ensuite son rôle comme celui d’un « contre-pouvoir » des différentes mouvances LGBT.

Selon lui, les communautés LGBT sont trop souvent représentées par des personnes qui parlent en leur nom sans nécessairement demander leur opinion.

Il revendique donc pour Gay Globe un rôle de débat et de contradiction.

La phrase qui résume cette philosophie est le slogan :

« Nous allons là où les autres ne vont pas. »

Cette page constitue une source primaire particulièrement précieuse pour comprendre la philosophie éditoriale de Roger-Luc Chayer et la manière dont il définit son rôle dans le journalisme LGBT québécois.

À Dieu Julien : la fin d’un récit sur le SIDA

Les pages 27 à 29 contiennent la conclusion de « À Dieu Julien », de Caroline Gréco.

Le récit est particulièrement dur parce qu’il décrit non pas la maladie sous un angle médical, mais l’accompagnement d’un proche vers la mort.

Julien sait que sa maladie progresse, mais il avait demandé à sa mère de ne pas lui révéler l’aggravation de son état.

Sa mère vit donc un conflit intérieur permanent : respecter son désir de ne pas savoir ou lui dire qu’il est en train de mourir.

Les dernières pages décrivent les visites à l’hôpital, les moments de lucidité, les soins, la culpabilité de la mère et l’approche progressive de la mort.

Finalement, Julien prend une glace, retrouve brièvement son sourire et ferme les yeux.

Il ne les rouvrira plus.

Sa mère doit ensuite apprendre à vivre sans lui et découvre que les gestes les plus ordinaires — ouvrir la porte de sa chambre, acheter ses friandises ou regarder des vêtements qu’il aurait aimés — deviennent soudain des rappels douloureux de son absence.

La dernière phrase du récit rappelle une réalité historique particulièrement importante :

« Six mois plus tard les trithérapies sont arrivées… oh, Julien! Adieu. »

La rédaction ajoute ensuite une note particulièrement émouvante : les deux récits de Caroline Gréco sont basés sur des faits réels, seuls les noms étant fictifs.

Elle révèle surtout que Caroline Gréco est décédée pendant la publication de ses deux récits.

La rédaction explique qu’elle hésitait à republier son histoire parce qu’elle se demandait si le SIDA était encore pertinent.

Gay Globe répond avec une phrase qui résume l’importance de ces récits pour la mémoire de l’épidémie :

« Le SIDA tue toujours aujourd’hui. »

Cette conclusion donne au numéro une dimension mémorielle très forte : le magazine ne traite pas seulement du VIH comme d’un sujet médical, mais conserve la mémoire de ceux qui ont vécu et sont morts pendant les premières décennies de l’épidémie.

Le courrier des lecteurs : une autre source sur la ligne éditoriale

La page 30 apporte plusieurs informations intéressantes.

Un lecteur félicite d’abord Gay Globe pour sa couverture de Céline Dion dans l’édition précédente.

Un autre lecteur raconte avoir préparé la recette de soupe au chou publiée dans le #110 et la qualifie de meilleure soupe au chou jamais cuisinée.

Mais une lettre consacrée à l’Affaire Biron est beaucoup plus révélatrice.

Le lecteur demande pourquoi les grands médias nationaux ne font pas les mêmes vérifications que Gay Globe.

La réponse de la rédaction est particulièrement explicite.

Gay Globe affirme que les grands médias se contentent parfois de rapporter la nouvelle sans suffisamment chercher ce qui se trouve derrière celle-ci.

Le magazine revendique au contraire une approche consistant à « aller au-delà de la nouvelle pour voir ce qui se cache dessous ».

Cette réponse rejoint directement le texte de Roger-Luc Chayer sur ses 23 années de journalisme et sa volonté d’exercer un rôle de contre-pouvoir.

La page donne enfin des renseignements pratiques : le magazine est disponible en kiosque, existe en PDF gratuit, propose un abonnement postal de 65 $ par année et est publié huit fois par année.

Le #111 dans l’histoire de Gay Globe

Le Magazine Gay Globe #111 constitue un numéro particulièrement représentatif de la philosophie éditoriale de la publication en 2016.

Il combine plusieurs niveaux de journalisme.

Il y a d’abord le journalisme LGBT international, avec Daesh, le Sénégal, la Chine, les Pays-Bas, Israël et la Belgique.

Il y a ensuite le journalisme de santé, avec le VIH, la maladie de Lyme, l’ostéoporose masculine, l’hémochromatose, les ITS et les recherches vaccinales.

Il y a également le journalisme scientifique, notamment avec les nouvelles stratégies thérapeutiques contre le VIH, les injections de cabotégravir et rilpivirine, l’immunothérapie et les transplantations d’organes provenant de donneurs séropositifs.

Enfin, il y a le journalisme historique et culturel, avec saint Sébastien, Montaigne, les icônes gaies et les personnalités de la culture populaire.

Mais trois documents donnent au #111 une importance particulière pour les archives.

Le premier est le dossier « Gay Globe propulsé », qui documente la transition numérique de la publication et son arrivée sur Issuu, avec 94 éditions anciennes disponibles et plus de 6 500 revues commandées en une semaine.

Le deuxième est « 23 ans de journalisme déjà! », dans lequel Roger-Luc Chayer établit lui-même la chronologie de sa carrière et confirme que la Revue Le Point est l’ancien nom de Gay Globe Magazine. Il précise également qu’il a acheté la publication et en est devenu éditeur en 2002.

Le troisième est « À Dieu Julien », qui constitue un témoignage littéraire et humain sur les ravages du SIDA et sur la disparition de son auteure, Caroline Gréco.

Le numéro permet également de comprendre la conception que Roger-Luc Chayer avait alors de son média : Gay Globe ne voulait pas seulement représenter une communauté, mais aussi lui poser des questions, la contredire lorsque nécessaire et enquêter sur des sujets que d’autres médias traitaient moins en profondeur.

Le #111 est donc à la fois un numéro d’actualité LGBT de 2016, un document sur l’évolution du traitement médiatique du VIH, un témoignage sur la culture gaie et un document autobiographique essentiel sur le parcours de son éditeur.


Fiche historique de l’édition

Publication : Magazine Gay Globe
Numéro : #111
Année : 2016
Nombre de pages : 32
Éditeur : Roger-Luc Chayer
Révision et corrections : Camila Polanco-Andaur
Relations publiques : Michel Cloutier
Conseiller aux finances : Claude Lussier
Adjoint à l’administration : Rémi Tamimount
Couverture : Cindy Lauper
Photographie de couverture : Ohmymag / PR Photos
Périodicité : 8 éditions par année
Format numérique : PDF gratuit
Abonnement postal indiqué : 65 $ par année
Site : gayglobe.net
Thèmes dominants : droits LGBT, VIH/SIDA, santé, prévention, histoire homosexuelle, culture, homophobie, transidentité, actualité internationale
Document autobiographique majeur : « 23 ans de journalisme déjà! » — Roger-Luc Chayer
Récit littéraire majeur : « À Dieu Julien — fin » — Caroline Gréco
Personnalité de couverture : Cindy Lauper
Source primaire : PDF intégral du Magazine Gay Globe #111.

Importance archivistique

Le #111 doit être considéré comme une édition importante pour les archives historiques de Gay Globe Média.

Il contient notamment une source primaire permettant de documenter précisément le parcours professionnel de Roger-Luc Chayer en 2016, son rôle d’éditeur depuis 2002 et sa conception de Gay Globe comme média de contre-pouvoir.

Il documente également la transition numérique du magazine vers Issuu, la présence de dizaines d’éditions antérieures en ligne et la volonté de rendre les archives accessibles internationalement.

Enfin, ce numéro conserve une trace particulièrement forte de la mémoire du SIDA à travers le récit de Caroline Gréco, alors même que la rédaction rappelle que son auteure est décédée pendant la publication de ses textes.

Le #111 est donc un document qui dépasse largement le cadre d’une simple édition mensuelle ou périodique. Il constitue une pièce d’archive sur l’histoire du journalisme LGBT québécois, sur l’évolution de Gay Globe Média et sur la mémoire de l’épidémie de VIH/SIDA.

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