Magazine Gay Globe 113

Couverture village gai Montréal 113

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MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #113

La capitale gaie : son avenir, ses décideurs, ses nombreux défis

Édition #113 — 2016 — 32 pages

Le Magazine Gay Globe #113 est un numéro particulièrement important dans l’histoire éditoriale de Gay Globe parce qu’il est presque entièrement traversé par une question qui demeure aujourd’hui encore au cœur de l’identité du média : qu’est devenu le Village gai de Montréal et quel avenir peut-on encore lui imaginer?

La couverture annonce immédiatement la couleur : « La capitale gaie — son avenir, ses décideurs, ses nombreux défis ». À l’intérieur, Roger-Luc Chayer consacre son éditorial à l’évolution socio-économique du Village et invite plusieurs personnalités du milieu des affaires et de la communauté à proposer des solutions concrètes.

Le numéro est également remarquable par la diversité de ses dossiers. On y trouve une enquête sur les condoms distribués gratuitement dans les établissements gais, un dossier sur la vaccination contre le VPH, une alerte sur la gonorrhée résistante aux antibiotiques, un dossier consacré au Mycoplasma genitalium, une importante affaire concernant le psychanalyste catholique Tony Anatrella, un article sur l’avenir du Village, un dossier sur les personnes trans, une avancée scientifique majeure concernant CRISPR/Cas9 et le VIH, une critique de la situation des homosexuels en Russie, une défense de la présence de Brigitte Bardot sur une couverture précédente, des nouvelles VIH/SIDA, un dossier historique sur Harmodios et Aristogiton, six couples gais célèbres et deux textes littéraires de Jean-Philippe Bernié.

Le numéro constitue également un document précieux sur la structure de Gay Globe Média en 2016. Les crédits mentionnent Roger-Luc Chayer comme éditeur, Camila Polanco-Andaur à la révision et aux corrections, Michel Cloutier aux relations publiques, Claude Lussier comme conseiller aux finances et Rémi Tamimount à l’administration.


Table des matières détaillée

PageTitreSujet traité
3À propos du Village gai de MTLÉditorial de Roger-Luc Chayer sur le déclin économique et social du Village gai de Montréal. Il établit un lien entre la transformation du secteur, la prostitution, la consommation de drogues, l’itinérance, la désinstitutionnalisation psychiatrique et la baisse de valeur de certains immeubles et commerces. Il affirme qu’il ne suffit plus de constater le problème et annonce une consultation de personnalités montréalaises afin de rechercher des solutions.
5Une image vaut mille mots!Reportage photographique sur le Village. Le magazine rend notamment hommage à René Angélil au cimetière Notre-Dame-des-Neiges et montre une murale menacée de disparition près du Complexe Bourbon, des installations artistiques et plusieurs secteurs du Village affectés par les travaux, les fermetures de rues et les bâtiments désaffectés.
6Brèves internationalesActualités LGBT internationales : l’Allemagne annonce la réhabilitation et l’indemnisation d’hommes condamnés après la guerre sur la base du paragraphe 175; le chanteur russe Sergueï Lazarev est présenté comme un défenseur des droits homosexuels; un islamiste est arrêté au Bangladesh dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de militants LGBT; et deux homosexuels marocains voient leur situation judiciaire évoluer après une affaire très controversée.
7Enquête : alerte condoms!Enquête de Roger-Luc Chayer auprès des lecteurs de Gay Globe sur les condoms Lifestyles rouges distribués gratuitement dans les établissements gais. Sur 753 répondants à un sondage présenté comme non scientifique, 97 % déclarent éviter cette marque, principalement en raison de problèmes de taille, de lubrification et de confort. Chayer soutient que le choix du matériel de prévention doit mieux tenir compte des besoins réels des utilisateurs.
8Oui à la vaccination HPVPrésentation d’une recommandation française visant à étendre l’accès à la vaccination contre le papillomavirus humain aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Le dossier insiste sur le risque accru de cancer anal et sur le fait que les hommes gais ne bénéficient pas directement de la protection indirecte de la vaccination des jeunes filles. Le texte mentionne également les recommandations déjà existantes au Canada.
9La super-gonorrhée est làDossier consacré à la progression en Angleterre de souches de gonorrhée résistantes aux antibiotiques, notamment chez les hommes homosexuels. L’article présente les risques associés à la résistance bactérienne, les difficultés diagnostiques et la nécessité de maintenir les pratiques de prévention. Il contient également un encadré sur le coming out public de Colton Haynes.
10Les principales ITS (MTS)Guide général consacré aux infections transmissibles sexuellement : chlamydia, gonorrhée, VPH, syphilis, hépatite B, herpès génital, chancre mou et poux pubiens. Le texte rappelle également que le terme ITS tend alors à remplacer progressivement « MTS ».
11Le Mycoplasma genitaliumDossier sur cette bactérie encore relativement méconnue en 2016. Une étude menée à Toronto aurait retrouvé une prévalence de 4,5 % chez les hommes et 3,2 % chez les femmes parmi les personnes testées. Le dossier souligne la difficulté de traitement et la résistance de la bactérie à certains antibiotiques.
12-13Chronique : Toyota SiennaEssai automobile détaillé du Toyota Sienna, notamment sur son espace intérieur, ses sièges, sa capacité de chargement, son équipement, son comportement routier, son moteur V6 et sa consommation. La consommation moyenne mesurée est donnée à 12,4 L/100 km, très proche de la cote officielle combinée de 12,5 L/100 km.
14L’affaire AnatrellaDossier consacré à Tony Anatrella, psychanalyste proche de l’Église catholique et connu pour ses positions sur l’homosexualité. Le magazine rapporte des accusations selon lesquelles il aurait eu des comportements sexuels avec certains patients lors de séances présentées comme destinées à « guérir » l’homosexualité. Le texte insiste sur la présomption d’innocence tout en critiquant sévèrement les théories d’Anatrella sur les personnes homosexuelles.
15-16Un avenir pour le Village?Grande consultation menée par Gay Globe auprès de personnalités et de lecteurs sur la sécurité, l’économie, les commerces, les problèmes sociaux et l’avenir du Village. Parmi les participants : Roger-Luc Chayer, Réal Veilleux, Jean-Philippe Bernié, Régis Menetrey et un lecteur anonyme. Les réponses proposent davantage de policiers, une diversification commerciale, de grands projets immobiliers, une meilleure gestion des loyers et une intervention plus énergique de la Ville.
17VIH : un pas géant franchi!Article sur une expérience menée à l’Université Temple avec CRISPR/Cas9, permettant d’extraire des segments d’ADN du VIH intégrés au génome de cellules chez des animaux de laboratoire. Le magazine présente cette expérience comme une avancée potentiellement majeure vers une stratégie de traitement capable d’éliminer le virus intégré.
18-19Une trans recherchée / Brèves internationalesLa page 18 rapporte l’affaire de Jayne Ellen Heideck, recherchée au Canada après l’incendie d’une clinique montréalaise où elle avait subi une intervention chirurgicale. La page 19 rassemble plusieurs nouvelles internationales : la « gay panic defence » encore recevable dans certains États australiens, une vague d’homophobie en Tunisie et le débat roumain autour du mariage homosexuel.
20Russie : loi anti-homosAnalyse de la législation russe contre la « propagande homosexuelle » auprès des mineurs. Le dossier explique comment la loi de 2013 contribue, selon Gay Globe, à légitimer une perception de l’homosexualité comme anormale ou dangereuse. Le texte examine également le rôle du pouvoir politique, du Parti communiste et de l’Église orthodoxe.
21Petit retour sur Brigitte BardotRéponse personnelle de Roger-Luc Chayer à un lecteur, Jean-Marc Guérin, qui avait protesté contre la présence de Brigitte Bardot sur la couverture d’une édition précédente. Chayer défend le choix éditorial en rappelant la carrière de Bardot, son militantisme pour les animaux et sa contribution historique à la culture populaire, tout en reconnaissant ses propos controversés sur l’homosexualité.
22Nouvelles brèves VIH/SIDAActualités sur le VIH : infections persistantes chez les jeunes de moins de 35 ans au Québec, évolution de la législation suisse sur la transmission du VIH, contribution canadienne au Fonds mondial et rumeurs non vérifiées concernant la mort de Prince. Le magazine met explicitement en garde contre les articles affirmant que Prince serait mort du SIDA sans preuve solide.
24Ces grands LGBT du passéPortrait historique de Harmodios et Aristogiton, deux hommes présentés comme amants et tyrannoctones de l’Athènes antique. Le dossier raconte leur tentative d’assassinat d’Hipparque en 514 av. J.-C., leur mort et leur transformation ultérieure en héros de la démocratie athénienne.
26-27Ces couples gais pop!Portrait de six couples célèbres : Ellen DeGeneres et Portia de Rossi, Elton John et David Furnish, Tom Ford et Richard Buckley, Ellen Page et Samantha Thomas, Rufus Wainwright et Jörn Weisbrodt, ainsi que Neil Patrick Harris et David Burtka. Le dossier insiste sur leur visibilité publique et leur rôle de modèles LGBT. La page présente également Misterbnb, plateforme de location destinée à la clientèle gaie et gay-friendly.
28-29Les Tours de combat (2)Suite du récit de science-fiction de Jean-Philippe Bernié, publié initialement dans la revue Solaris. Une tour de combat autonome survit dans un monde désertique et se nourrit de pièces et de carburant récupérés sur d’autres machines. Elle tombe finalement dans le piège d’une tour géante qui l’attire vers une fausse station de ravitaillement.
28-29À la françaiseNouveau feuilleton de Jean-Philippe Bernié, présenté sous forme de journal intime à la fin du XIXe siècle. Un inventeur travaille sur un automate humanoïde et fait la connaissance d’un comte passionné de machines. Après lui avoir montré ses plans, il craint que le noble ne lui vole ses idées. La suite est annoncée pour l’édition suivante.
30Courrier des lecteursLes lecteurs interrogent Gay Globe sur sa présence à la Fierté, les anciennes éditions et les archives du magazine. La rédaction explique que Gay Globe est le nouveau nom de la Revue Le Point, fondée en 1998, et indique que les anciennes éditions Le Point peuvent être recherchées dans les archives. Elle explique également les difficultés liées aux demandes de copies papier provenant du Canada, des États-Unis et de l’Europe.
30Mise au point de la rédactionGay Globe explique que les demandes de copies papier sont nombreuses mais coûteuses à expédier : 4,50 $ au Canada, 10 $ aux États-Unis et 14 $ en Europe. Le magazine recommande donc la consultation des versions PDF en ligne. Il précise également que certaines éditions antérieures à l’édition 32 ne sont accessibles que dans les bibliothèques et archives nationales.

Les grands dossiers de cette édition

Le Village gai au cœur du numéro

Le #113 est probablement l’un des numéros les plus importants de la série pour comprendre la vision de Roger-Luc Chayer sur le Village gai de Montréal.

Dès l’éditorial, le diagnostic est sévère.

Chayer explique que la question n’est plus simplement de savoir quel sera l’avenir du Village, mais de comprendre ce qu’il est devenu.

Il associe notamment le déclin économique à l’arrivée massive de problèmes sociaux dans le secteur : prostitution, consommation de drogues, itinérance et désinstitutionnalisation de personnes provenant du réseau psychiatrique.

Selon son analyse, cette concentration de problèmes sociaux aurait eu des conséquences sur la valeur immobilière, la fréquentation commerciale et l’image du quartier.

Mais l’intérêt du numéro ne réside pas seulement dans cette opinion éditoriale.

Gay Globe entreprend une véritable consultation publique.

Quatre questions sont posées :

Comment améliorer la sécurité?

Quels commerces devraient être favorisés?

Quel est le principal problème du Village?

Le Village a-t-il encore un avenir et que pourrait faire le maire?

Cette démarche est historiquement intéressante parce qu’elle transforme le magazine en plateforme de débat sur l’avenir d’un quartier montréalais.

Roger-Luc Chayer : un Village qui doit retrouver une vocation économique

Chayer répond lui-même aux quatre questions.

Il considère que la présence policière est insuffisante hors de la période estivale et réclame de nouveaux projets commerciaux.

Son idée est particulièrement ambitieuse : une tour à bureaux accompagnée d’un centre commercial et de salles de conférence haut de gamme.

Il estime qu’un tel projet pourrait attirer une clientèle nouvelle et redonner une dynamique économique au secteur.

Il identifie également le secteur autour du McDonald’s face à la Place Dupuis comme une image particulièrement négative du Village.

Sa conclusion est claire : le Village a un avenir parce qu’il a un passé, mais il faut que le maire assume un véritable leadership économique.

Réal Veilleux : « la cour est pleine »

Le témoignage de Réal Veilleux, propriétaire de Physotech SpaConcept, est particulièrement révélateur.

Il réclame davantage d’éclairage et de patrouilles policières à pied.

Mais son diagnostic économique est plus radical : il considère qu’il existe trop d’organismes communautaires et de bienfaisance dans le secteur et qu’il faut davantage de diversité commerciale.

Il dénonce également les immeubles désaffectés et la concentration de problèmes d’itinérance autour du métro Beaudry et du Tim Hortons.

Son témoignage illustre une position qui revient régulièrement dans les débats sur le Village : la question de savoir jusqu’où un quartier commercial doit assumer les problèmes sociaux de l’ensemble du centre-ville.

Jean-Philippe Bernié : s’inspirer du Marais

Jean-Philippe Bernié propose une approche différente.

Pour lui, la revitalisation doit passer par des commerces haut de gamme, des boutiques de grandes marques, des galeries d’art et de nouvelles entreprises culturelles.

Il cite explicitement le Marais à Paris comme modèle.

Son idée est de créer un quartier agréable à fréquenter à toute heure, plutôt qu’un secteur où certaines portions donnent une impression sordide pendant la journée.

Il rejoint toutefois Chayer et Veilleux sur la question de la concentration des problèmes sociaux dans le secteur.

Régis Menetrey : le problème des loyers

Le témoignage de Régis Menetrey, propriétaire de La Mie Matinale, introduit un élément économique différent.

Selon lui, le problème n’est pas nécessairement le type de commerces, mais la gestion des baux commerciaux.

Il propose la création d’une sorte de régie du logement commercial afin de limiter les hausses brutales de loyers qui pourraient chasser les commerçants.

Son témoignage est particulièrement intéressant puisqu’il affirme être présent dans le Village depuis 1997.

Il identifie le secteur situé à l’est d’Alexandre-de-Sève comme le plus problématique et décrit cette portion de Sainte-Catherine comme pratiquement abandonnée.

Il réclame également davantage d’aide municipale et de subventions pour les initiatives visant à revitaliser le quartier.

Un lecteur : Internet a changé la fonction du Village

Le témoignage anonyme d’un lecteur de 43 ans est particulièrement intéressant rétrospectivement.

Selon lui, le Village était historiquement un lieu de rencontres entre hommes.

On y allait pour cruiser et draguer.

Mais les téléphones intelligents et Internet ont changé cette fonction.

Il formule donc une hypothèse très moderne pour 2016 : si les gens peuvent désormais faire des rencontres homosexuelles depuis leur téléphone, ils ont moins besoin de sortir dans un quartier gai pour rencontrer quelqu’un.

Cette observation est probablement l’un des passages les plus prémonitoires du dossier.

Le Village ne subit donc pas uniquement la concurrence d’autres quartiers.

Il subit aussi la concurrence du numérique.

L’enquête sur les condoms

La page 7 constitue une véritable enquête de consommation menée auprès des lecteurs.

Gay Globe affirme avoir interrogé 1 000 abonnés et obtenu 753 réponses.

Le résultat annoncé est spectaculaire : 97 % des répondants déclarent éviter les condoms Lifestyles rouges distribués gratuitement dans de nombreux établissements gais.

Les motifs rapportés concernent notamment la taille, le manque de lubrification et l’épaisseur du latex.

Chayer soutient qu’un outil de prévention mal adapté risque de ne pas être utilisé et qu’il faut donc considérer le confort comme une composante de la santé publique.

Le dossier est intéressant parce qu’il ne critique pas les établissements qui distribuent ces condoms.

Au contraire, Chayer précise qu’ils utilisent simplement ce qu’on leur fournit.

Sa critique vise plutôt les fabricants et les responsables des programmes de prévention : si un produit est distribué gratuitement mais qu’il n’est pas apprécié par ceux qui doivent l’utiliser, son efficacité préventive peut être compromise.

La vaccination contre le VPH

Le dossier de la page 8 montre l’évolution de la prévention des cancers liés au papillomavirus humain.

En France, le Haut Conseil de la santé publique recommandait alors que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes puissent accéder à la vaccination jusqu’à 26 ans.

Le raisonnement était notamment fondé sur le risque de cancer anal.

Le dossier mentionne une prévalence beaucoup plus élevée de l’infection anale au VPH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et rappelle que le risque de cancer anal était alors estimé beaucoup plus élevé dans cette population.

Le magazine rappelle également qu’au Canada, la vaccination des garçons était déjà recommandée jusqu’à 26 ans.

La « super-gonorrhée »

Le dossier de la page 9 témoigne d’une inquiétude qui allait prendre beaucoup d’importance dans les années suivantes : la résistance de la gonorrhée aux antibiotiques.

Le magazine rapporte alors une multiplication des cas en Angleterre, notamment à Londres et Birmingham.

Il insiste sur le fait que certaines infections peuvent être asymptomatiques, notamment au niveau de la gorge, et que les traitements insuffisants peuvent favoriser la résistance.

Le message final est très classique pour l’époque mais demeure fondamental : le préservatif reste un outil majeur de prévention des ITS.

Le Mycoplasma genitalium : une ITS encore méconnue

Le dossier de la page 11 est particulièrement intéressant aujourd’hui parce qu’il montre que le Mycoplasma genitalium commençait seulement à être véritablement identifié comme problème de santé publique au Canada.

L’étude torontoise citée aurait testé 1 193 personnes et retrouvé une positivité de 4,5 % chez les hommes et 3,2 % chez les femmes.

Le magazine souligne également que les traitements utilisés pour la chlamydia ou la gonorrhée ne sont pas nécessairement adaptés au Mycoplasma genitalium et peuvent favoriser des problèmes de résistance.

À l’époque, les chercheurs espéraient notamment voir apparaître des tests de dépistage plus largement disponibles au Canada.

L’affaire Tony Anatrella

La page 14 est l’un des dossiers les plus sensibles du numéro.

Tony Anatrella est présenté comme un psychanalyste proche de l’Église catholique et comme un spécialiste ayant défendu pendant des années l’idée que l’homosexualité serait liée à une immaturité ou à des problèmes psychiques.

Gay Globe rapporte des accusations selon lesquelles, lors de séances présentées comme destinées à « guérir » l’homosexualité, Anatrella aurait eu lui-même des comportements homosexuels avec certains patients.

Le magazine prend toutefois soin de rappeler la présomption d’innocence et que la justice devait établir les faits.

Mais Chayer utilise surtout cette affaire pour attaquer ce qu’il considère comme une contradiction fondamentale de l’Église : avoir accordé une place institutionnelle importante à un homme présentant l’homosexualité comme un problème psychologique tout en étant lui-même visé par des accusations de comportements sexuels avec des patients.

Le dossier est donc autant une affaire judiciaire qu’une critique de l’utilisation de la psychanalyse pour justifier des positions religieuses sur l’homosexualité.

CRISPR et l’espoir d’éliminer le VIH

La page 17 est particulièrement intéressante avec le recul scientifique.

Gay Globe rapporte les travaux de chercheurs de l’Université Temple utilisant CRISPR/Cas9 pour retirer des fragments du VIH intégrés au génome de cellules chez des animaux.

Le magazine présente cette expérience comme une avancée susceptible de permettre un jour de retirer le VIH des cellules infectées.

En 2016, il s’agissait évidemment encore de recherche préclinique.

Mais le dossier est historiquement important parce qu’il montre à quel point l’idée d’une éradication du virus intégré était déjà explorée grâce aux nouvelles technologies d’édition génétique.

La Russie et la loi contre la « propagande homosexuelle »

Le dossier de la page 20 analyse la législation russe adoptée en 2013.

Gay Globe explique que l’expression « propagande homosexuelle devant les mineurs » permettait de limiter fortement les manifestations publiques en faveur des droits LGBT.

Le magazine insiste sur le vocabulaire utilisé par les autorités, qui aurait contribué à présenter l’homosexualité comme quelque chose d’anormal ou de dangereux.

Il rapporte également les positions extrêmement hostiles de certains responsables politiques et religieux russes.

Le dossier conclut que la politique russe doit être comprise dans le contexte plus large d’une confrontation politique avec l’Occident, où l’homosexualité devient un symbole de « décadence occidentale ».

Brigitte Bardot : Gay Globe assume sa couverture

La page 21 est particulièrement révélatrice de la liberté éditoriale que Roger-Luc Chayer revendique pour Gay Globe.

Un lecteur, Jean-Marc Guérin, avait écrit à la rédaction pour dénoncer la présence de Brigitte Bardot en couverture.

Chayer répond directement dans le magazine.

Il reconnaît les propos controversés de Bardot mais refuse de réduire l’ensemble de son parcours à quelques déclarations.

Il rappelle sa carrière cinématographique, sa popularité internationale et surtout son engagement pour la protection des animaux.

Il va plus loin en affirmant que Bardot avait sa place sur la couverture parce qu’elle avait, selon lui, contribué à faire avancer la cause animale et qu’elle avait parfois dénoncé certains comportements de membres de la communauté gaie.

Le passage est important pour comprendre la philosophie des couvertures de Gay Globe.

Chayer explique en substance que la couverture ne doit pas nécessairement représenter une personnalité homosexuelle.

Elle peut représenter une personnalité ayant posé un geste, adopté une position ou provoqué un débat intéressant pour la communauté.

Il cite à cette occasion plusieurs couvertures précédentes : Denis Coderre, Doris Day, la reine Élisabeth II, Stéphanie de Monaco, Vladimir Poutine, le sultan de Brunei et Cyndi Lauper.

Le VIH : les jeunes et les rumeurs autour de Prince

La page 22 rassemble plusieurs nouvelles.

L’une d’elles souligne qu’une centaine de jeunes de moins de 35 ans contracteraient encore le VIH chaque année au Québec.

Le message des spécialistes cités est clair : les progrès thérapeutiques ne doivent pas conduire à la banalisation de l’infection.

Le dossier contient également une information juridique suisse concernant la transmission du VIH et l’évolution de la notion de faute pénale.

Mais le passage le plus intéressant concerne Prince.

Après sa mort, des tabloïds affirment qu’il aurait été atteint du SIDA.

Gay Globe prend position contre cette information et souligne que la rumeur provient essentiellement du National Enquirer, avec des sources anonymes.

Le magazine invite donc ses lecteurs à ne pas confondre une rumeur médiatique avec un fait établi.

C’est un détail important parce qu’il démontre que Gay Globe pouvait aussi jouer un rôle de filtre contre les fausses informations concernant le VIH, particulièrement lorsqu’elles touchaient une personnalité connue.

Harmodios et Aristogiton : les grands LGBT du passé

La rubrique historique du #113 est consacrée à Harmodios et Aristogiton, deux hommes de l’Athènes antique.

Selon le récit présenté, Harmodios était le jeune amant d’Aristogiton.

Une offense commise par Hipparque, membre de la famille des tyrans, aurait contribué à déclencher leur décision de passer à l’action.

Ils organisent alors un complot pendant les Grandes Panathénées.

Ils parviennent à tuer Hipparque, mais Harmodios est immédiatement tué par les gardes et Aristogiton est arrêté, torturé puis exécuté.

Après la chute de la tyrannie, les deux hommes sont transformés en héros de la cité athénienne et des statues sont érigées en leur honneur.

Le dossier est particulièrement intéressant parce que Gay Globe ne les présente pas uniquement comme des homosexuels historiques, mais comme des personnages dont la relation amoureuse s’est trouvée mêlée à un événement politique majeur de l’histoire d’Athènes.

Six couples gais célèbres

La page 26 poursuit la tradition des dossiers de personnalités LGBT.

Gay Globe présente six couples comme des modèles de visibilité publique :

Ellen DeGeneres et Portia de Rossi

Elton John et David Furnish

Tom Ford et Richard Buckley

Ellen Page et Samantha Thomas

Rufus Wainwright et Jörn Weisbrodt

Neil Patrick Harris et David Burtka

Le dossier insiste sur leur longévité, leurs mariages, leurs enfants et leur visibilité publique.

Avec le recul, cette page est également un excellent document sur la manière dont la presse LGBT de 2016 présentait les couples homosexuels comme modèles familiaux et sociaux.

Le dossier insiste notamment sur les enfants d’Elton John et David Furnish, la fille de Rufus Wainwright avec Lorca Cohen et les jumeaux de Neil Patrick Harris et David Burtka.

La visibilité n’est donc plus seulement celle de l’homosexuel célibataire : elle est aussi celle du couple gai et de la famille homoparentale.

Misterbnb : l’économie gaie numérique

La même page présente également Misterbnb, décrit comme une sorte d’Airbnb destiné aux voyageurs gais et gay-friendly.

Le service permettait de louer des logements dans des quartiers comme le Marais à Paris, Soho à Londres ou le Castro à San Francisco.

Le dossier montre donc une nouvelle facette de l’économie LGBT en 2016 : les entreprises numériques commencent à créer des services spécifiquement destinés aux voyageurs homosexuels.

Jean-Philippe Bernié et la science-fiction

Le numéro accorde une place importante à la littérature de Jean-Philippe Bernié.

Dans « Les Tours de combat (2) », le lecteur se retrouve dans un monde désertique dominé par des machines autonomes.

Les tours de combat sont programmées pour survivre et se ravitailler en récupérant les ressources d’autres machines.

Le récit se termine lorsqu’une tour géante utilise une fausse station de ravitaillement comme piège pour attirer et détruire une tour plus petite.

Le second texte, « À la française », adopte une forme totalement différente.

Il s’agit du journal intime d’un inventeur du XIXe siècle travaillant sur un automate humanoïde.

La présence d’un comte passionné par les machines introduit une inquiétude : l’inventeur craint d’avoir dévoilé trop rapidement ses secrets techniques.

La suite est annoncée pour l’édition suivante.

Le courrier des lecteurs : un document exceptionnel sur les archives de Gay Globe

La page 30 est probablement l’une des plus précieuses de toute l’édition pour l’histoire du magazine.

Un lecteur demande pourquoi il ne trouve pas les anciennes éditions de Gay Globe avant 2007.

La réponse de la rédaction apporte une information historique capitale :

Gay Globe Magazine est le nouveau nom de la Revue Le Point, fondée en 1998.

Le changement de nom aurait eu lieu autour de 2007.

La rédaction recommande donc aux chercheurs qui souhaitent remonter avant 2007 de rechercher les anciens numéros sous le nom Le Point.

Cette information est essentielle pour toute recherche historique sur Gay Globe Média.

Elle signifie que l’histoire du média ne commence pas avec le numéro 1 de Gay Globe Magazine, mais qu’il faut remonter à la Revue Le Point de 1998.

La distribution et les archives papier

La même page contient un autre passage extrêmement intéressant.

La rédaction explique recevoir des demandes de copies papier provenant du Québec, des États-Unis et de France.

Elle précise alors les coûts postaux : 4,50 $ au Canada, 10 $ aux États-Unis et 14 $ en Europe par revue.

La rédaction explique qu’elle ne peut pas assumer ces frais pour chaque demande et recommande donc la consultation des PDF en ligne.

Elle précise aussi que certaines éditions antérieures à l’édition 32 ne peuvent être consultées qu’à la Bibliothèque nationale du Québec ou à la Bibliothèque du Canada.

Pour les archives de Gay Globe, cette information est extrêmement importante.

Elle indique que le magazine avait déjà conscience en 2016 de la nécessité de préserver ses anciennes éditions et de la difficulté de conserver des stocks papier complets.

Un numéro qui annonce déjà les débats actuels sur le Village

Le #113 est probablement l’un des numéros les plus prémonitoires de cette série.

Les problèmes identifiés en 2016 sont très précis :

insécurité, itinérance, consommation de drogues, bâtiments désaffectés, manque de diversité commerciale, hausse des loyers, disparition des commerces, transformation des habitudes de rencontre et concurrence du numérique.

Le témoignage du lecteur sur les téléphones intelligents est particulièrement révélateur.

En 2016, Grindr et les applications de rencontres existaient déjà depuis plusieurs années, mais Gay Globe identifie déjà leur effet potentiel sur la fonction historique du Village : les hommes gais n’ont plus nécessairement besoin de se rendre dans un quartier gai pour faire des rencontres.

C’est une observation qui mérite d’être conservée dans les archives parce qu’elle permet de comprendre pourquoi la crise du Village ne peut pas être expliquée uniquement par les problèmes sociaux.

Le modèle économique traditionnel du quartier avait lui-même changé.

Un document majeur sur la philosophie éditoriale de Gay Globe

Le #113 révèle également une caractéristique importante du journalisme de Gay Globe : le magazine ne se limite pas à reproduire des nouvelles.

Il prend position.

Sur les condoms, il interpelle les fabricants.

Sur le VPH, il soutient la vaccination.

Sur le VIH, il s’intéresse aux innovations scientifiques.

Sur Tony Anatrella, il attaque directement les théories religieuses et psychanalytiques sur l’homosexualité.

Sur la Russie, il dénonce la législation anti-LGBT.

Sur Brigitte Bardot, il défend son propre choix éditorial.

Sur le Village, il tente de réunir des personnalités afin de chercher des solutions.

Cette combinaison entre journalisme, opinion, enquête, santé publique, histoire LGBT et culture constitue une caractéristique centrale du Magazine Gay Globe en 2016.

Le #113 dans l’histoire de Gay Globe

Le Magazine Gay Globe #113 doit être conservé comme un document particulièrement important pour comprendre l’évolution du média et celle du Village gai de Montréal.

C’est d’abord un numéro sur Montréal.

Mais c’est aussi un numéro sur la transformation de la communauté gaie.

Le Village traditionnel, fondé sur la proximité géographique, les bars, les commerces et les rencontres entre hommes, est confronté à une nouvelle réalité : Internet, les téléphones intelligents, les applications de rencontres, la transformation des habitudes commerciales et la concentration de problèmes sociaux.

Gay Globe tente alors de répondre à une question qui reste centrale :

Un quartier gai doit-il simplement survivre comme territoire historique ou doit-il se transformer pour redevenir économiquement et socialement pertinent?

Les réponses publiées dans ce numéro sont très diverses, mais elles ont un point commun : presque tous les participants considèrent que le statu quo n’est plus acceptable.

Le numéro est également exceptionnel pour l’histoire du VIH.

En quelques pages, on passe de la prévention des ITS à la vaccination contre le VPH, de la gonorrhée résistante au Mycoplasma genitalium et de la prévention auprès des jeunes à l’utilisation de CRISPR pour tenter d’éliminer le VIH du génome.

C’est donc un véritable instantané de la médecine LGBT et VIH de 2016.

Enfin, le #113 contient une information capitale pour les archives de Gay Globe : il confirme noir sur blanc que Gay Globe Magazine est issu de la Revue Le Point, fondée en 1998.

Cette précision change complètement la façon d’aborder la recherche historique sur la publication.

Pour retrouver l’ensemble de l’histoire éditoriale de Roger-Luc Chayer et de son média, il faut désormais considérer deux périodes :

Revue Le Point — à partir de 1998

puis

Magazine Gay Globe — à partir d’environ 2007.

Le #113 est donc non seulement un numéro sur le Village gai, le VIH et les droits LGBT, mais aussi un document d’archives qui permet de comprendre la continuité historique entre Le Point et Gay Globe Magazine.

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