Magazine Gay Globe 114

Couverture Anderson Cooper 114

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MAGAZINE GAY GLOBE — ÉDITION #114

Anderson Cooper : journaliste numéro 1 à CNN et ouvertement gai

Édition #114 — 2016 — 32 pages

Le Magazine Gay Globe #114 est un numéro profondément marqué par les événements tragiques de l’été 2016, notamment la tuerie du Pulse à Orlando et l’attentat de Nice. En couverture, Gay Globe choisit Anderson Cooper, journaliste vedette de CNN et ouvertement gai, dont la couverture journalistique d’Orlando avait particulièrement retenu l’attention de Roger-Luc Chayer.

Dans son éditorial, Chayer explique que Cooper avait été envoyé à Orlando immédiatement après la tuerie et qu’il avait choisi de donner une dimension profondément humaine à son reportage. Le journaliste avait notamment été filmé en larmes pendant une entrevue avec la mère d’une victime. Pour Gay Globe, cette réaction n’était pas une faiblesse journalistique, mais l’expression de la réalité humaine de la tragédie. Cooper est donc présenté comme un journaliste capable de conserver sa rigueur tout en assumant son émotion.

Le numéro est également important pour plusieurs autres raisons. Il contient une réflexion sur la nécessité des marches de la Fierté, une importante controverse autour de Mike Ward et Jérémy Gabriel, une dénonciation d’un message homophobe publié à Rouyn-Noranda après Orlando, plusieurs dossiers sur le VIH, une critique très dure de Justin Trudeau, un hommage à Claude Lussier, un dossier historique sur Alexander von Humboldt, une chronique consacrée au prince Harry et au VIH, ainsi que la suite et la fin d’un feuilleton littéraire.

Le #114 est également le numéro où Jean-Philippe Bernié devient officiellement rédacteur en chef adjoint. Son mandat consiste notamment à assurer la finition stylistique des textes de Roger-Luc Chayer, sans intervenir sur leur contenu journalistique.


Table des matières détaillée

PageTitreSujet traité
3Pourquoi Anderson Cooper?Éditorial de Roger-Luc Chayer expliquant le choix d’Anderson Cooper comme personnalité de couverture. Chayer revient sur sa carrière à CNN, ses reportages dans des zones de guerre ou de catastrophe et surtout sa couverture de la tuerie d’Orlando. Cooper est présenté comme un journaliste ouvertement gai qui, devant la douleur des familles, a laissé apparaître ses propres émotions. Gay Globe considère cette couverture comme suffisamment exceptionnelle pour lui consacrer la une.
4Pourquoi la fierté gaie?Roger-Luc Chayer défend la pertinence des marches de la Fierté en 2016 malgré les progrès juridiques réalisés dans plusieurs pays. Il rappelle que l’homosexualité demeure criminalisée ou violemment réprimée dans plusieurs régions du monde et insiste sur la fonction éducative des Fiertés. Il présente également ces événements comme des références positives nécessaires pour les jeunes qui découvrent leur orientation sexuelle.
5Une image vaut mille motsSérie photographique présentant plusieurs lieux montréalais : Schwartz’s, les fameuses boules roses de la rue Sainte-Catherine Est, le nouvel Observatoire de la Place Ville-Marie et la Promenade Saint-Denis. La page propose une vision touristique de Montréal destinée notamment aux visiteurs de la Fierté.
6Brèves internationalesActualités LGBT internationales et annonce de la nomination officielle de Jean-Philippe Bernié au poste de rédacteur en chef adjoint. La page rapporte également une entrevue d’Ellen DeGeneres sur la réaction de son père à son homosexualité et une victoire judiciaire en Chine concernant des contenus universitaires homophobes.
7Dur retour à la réalité — Mike WardRoger-Luc Chayer réagit très durement à la décision concernant Mike Ward et Jérémy Gabriel. Il soutient que la liberté d’expression n’est pas absolue et doit être exercée dans le cadre des lois québécoises. Il reproche à Ward d’avoir utilisé comme cible humoristique un mineur handicapé et affirme que la Charte des droits protège notamment l’honneur et la dignité des personnes.
8Haine homophobe à Rouyn!Après Orlando, Gay Globe dénonce le message Facebook publié par Claire Bergeron, de Rouyn-Noranda, qui justifiait en partie la tuerie et tenait des propos extrêmement hostiles envers les homosexuels. Chayer annonce que Gay Globe a décidé de porter plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, considérant le message comme une déclaration haineuse plutôt qu’une simple opinion.
9Le tueur de Nice était bi!Article consacré à des informations publiées après l’attentat de Nice concernant la vie sexuelle de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Le texte examine les hypothèses de certains psychanalystes concernant une éventuelle homosexualité refoulée ou honteuse et son hypothétique rôle dans le parcours de certains djihadistes. Le dossier rapporte également les informations alors publiées concernant Omar Mateen et Salah Abdeslam. Ces hypothèses sont présentées comme des analyses psychanalytiques et ne constituent pas une démonstration causale entre homosexualité et terrorisme.
10Quels espoirs pour le VIH?Grand dossier sur l’évolution mondiale de l’épidémie. Le texte souligne l’augmentation massive de l’accès aux traitements antirétroviraux, la baisse de la transmission mère-enfant et l’amélioration spectaculaire de l’espérance de vie. Il insiste toutefois sur le dépistage insuffisant, la progression des infections en Europe de l’Est et en Asie centrale et la nécessité de maintenir les investissements internationaux.
1114 juillet : qui a tué Nice?Analyse de l’attentat de Nice et du parcours de son auteur. Le dossier cherche notamment à comprendre le contexte psychologique, social et idéologique entourant l’attentat du 14 juillet 2016.
12Chronique autoConseils destinés aux automobilistes pour choisir un véhicule adapté à leurs besoins : transmission manuelle ou automatique, traction, propulsion ou quatre roues motrices, consommation, remorquage, espace intérieur et utilisation quotidienne. Le texte insiste sur la nécessité de choisir une automobile en fonction de ses besoins réels plutôt que de son apparence.
14Arrêtez les abdos, ça urge!Article affirmant que les exercices abdominaux classiques pourraient provoquer des blessures au dos et que certains professionnels du fitness et de l’entraînement militaire s’en éloignent. Le dossier explique notamment la différence entre les muscles superficiels de la « plaquette de chocolat » et le muscle transverse de l’abdomen.
15Claude Lussier n’est plusHommage à Claude Lussier, conseiller aux finances de Gay Globe Média et personnalité très proche de Roger-Luc Chayer. La disparition de Lussier est présentée comme une perte importante pour l’organisation et pour l’éditeur personnellement.
16Origines du VIHDossier historique et scientifique consacré aux origines de l’épidémie de VIH et à l’évolution des connaissances sur la transmission du virus. Le texte replace l’épidémie dans son contexte historique et scientifique.
17Punaise de lit décryptéeArticle scientifique consacré à la punaise de lit, à son développement et aux recherches sur les bactéries qui vivent en association avec elle. Les chercheurs étudient notamment les premiers stades de développement de l’insecte afin d’identifier d’éventuelles nouvelles cibles pour les insecticides.
18Les gais plus fragilesPrésentation d’une étude américaine publiée dans JAMA Internal Medicine comparant la santé de personnes lesbiennes, gaies et bisexuelles à celle des personnes hétérosexuelles. L’étude rapporte notamment davantage de détresse psychologique, de tabagisme et de consommation excessive d’alcool dans certains groupes LGBT. Les chercheurs attribuent une partie de ces disparités au stress lié à la marginalisation et à la discrimination.
19Relations Trudeau vs gaisCritique de Justin Trudeau par Roger-Luc Chayer. Le texte lui reproche notamment d’avoir longtemps refusé, selon Gay Globe, de répondre aux questions du magazine sur les enjeux LGBT avant de devenir plus visible auprès de la communauté après son arrivée au pouvoir. Chayer accuse Trudeau d’avoir adopté une attitude opportuniste envers l’électorat LGBT.
20La Meth qui tue!Dossier consacré aux dangers de la méthamphétamine et à ses conséquences particulièrement préoccupantes dans certaines communautés homosexuelles. Le texte aborde la consommation, la dépendance et les risques associés aux comportements sexuels sous l’influence de cette drogue.
21George Takei furieux!Article consacré à George Takei, qui intervient publiquement sur les questions LGBT et notamment sur les débats entourant les droits homosexuels et les politiques américaines.
22Brèves VIH/SIDAPlusieurs nouvelles internationales sur le VIH, notamment la réussite de la Thaïlande dans l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH et de la syphilis, l’hommage de Carla Bruni à son frère Virginio mort du SIDA et les contributions françaises au Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.
24Ces grands LGBT du passéPortrait historique d’Alexander von Humboldt, naturaliste, géographe et explorateur allemand. Le dossier examine les témoignages historiques et les recherches sexologiques qui ont amené certains auteurs à considérer Humboldt comme homosexuel. Il évoque notamment ses relations ou amitiés avec plusieurs hommes, dont Aimé Bonpland, Louis Joseph Gay-Lussac et François Arago.
26Prince Harry contre le VIHDossier sur l’engagement du prince Harry dans la lutte contre le VIH/SIDA. Le texte rappelle l’engagement historique de sa mère, Diana, auprès des personnes vivant avec le SIDA et présente Harry comme poursuivant cette tradition. Il évoque notamment ses visites dans des établissements de soins, son travail avec Sentebale et sa participation annoncée à la Conférence internationale sur le SIDA de Durban en 2016.
26Lyon : un agresseur ciblait uniquement les homosexuelsBrève consacrée à l’arrestation à Lyon d’un jeune homme accusé d’avoir séduit puis agressé et volé plusieurs hommes homosexuels rencontrés dans des établissements nocturnes. Le texte rapporte qu’il avait reconnu les faits et avait été identifié par plusieurs victimes.
26La place des homosexuels dans le judaïsme français en débatArticle sur le débat provoqué par des propos de l’ancien grand rabbin de France Joseph Sitruk et sur la conférence annoncée du grand rabbin Haïm Korsia avec le groupe juif gay et lesbien Beit Haverim. Le dossier présente cet événement comme une ouverture importante du dialogue entre judaïsme institutionnel et personnes homosexuelles.
26USA : un juge fédéral bloque une des pires lois anti-gaysArticle sur la loi HB 1523 du Mississippi, destinée à permettre à certaines personnes d’invoquer leurs convictions religieuses pour refuser des services liés notamment au mariage homosexuel. Le magazine rapporte la décision d’un juge fédéral qui avait bloqué l’entrée en vigueur de la loi, estimant qu’elle accordait une préférence à certaines croyances religieuses et portait atteinte à la protection égale.
28-29À la française — suite et finFin du récit de Jean-Philippe Bernié autour de l’automate Louis. Le narrateur parvient à donner vie à sa création mécanique grâce aux pièces offertes par un comte, mais Louis disparaît mystérieusement. Il est finalement retrouvé dans les bois du château, ses mécanismes détruits par la pluie et le froid. Le narrateur comprend alors que l’automate avait été attiré par le château et semble conclure à une forme d’amour mécanique.
28-29Quand j’en aurai fini avec toiSuite du feuilleton romanesque mettant notamment en scène Claire Lanriel. Le récit développe sa relation conflictuelle avec Nathalie, veuve de son frère Hughes, qui possède une part du chalet familial. Claire souhaite se débarrasser de cette présence qu’elle considère comme encombrante.
30Courrier des lecteursLes lecteurs commentent la nouvelle formule du magazine, les dossiers historiques, les alertes santé et les nouvelles internationales. Un autre lecteur demande pourquoi les films diffusés par Gay Globe TV ne restent pas accessibles indéfiniment. La rédaction explique les limites de stockage du serveur et précise que les films sont généralement conservés au moins 30 jours, puis retirés pour faire place aux nouveautés.
30Les relations entre médias gaisRéponse à un lecteur qui demande comment les différents médias LGBT québécois collaborent entre eux. Gay Globe affirme qu’il existe alors peu de médias LGBT professionnels au Québec et présente le magazine comme le seul magazine professionnel du secteur. La réponse décrit les relations entre médias comme relativement limitées.
31VIH : 4 jours sur 7, c’est OK!Dossier consacré à une étude présentée à la conférence internationale sur le SIDA de Durban en 2016 concernant l’allègement des traitements antirétroviraux. Le texte examine l’hypothèse d’une prise médicamenteuse quatre jours par semaine plutôt que sept, dans le cadre d’une stratégie de maintenance. Il rappelle que les personnes sous traitement efficace peuvent devenir indétectables tout en conservant des réservoirs viraux.

Les grands dossiers de cette édition

Anderson Cooper : pourquoi cette couverture?

Le choix d’Anderson Cooper est particulièrement significatif.

Gay Globe ne choisit pas simplement une célébrité gaie pour vendre une couverture. Roger-Luc Chayer veut mettre de l’avant un journaliste.

Cooper représente donc deux éléments fondamentaux de l’identité éditoriale de Gay Globe : l’homosexualité assumée et le journalisme.

Le contexte de la couverture est évidemment celui d’Orlando. La tuerie du Pulse venait de frapper directement une communauté LGBT et Cooper s’était retrouvé au centre de la couverture médiatique.

Chayer insiste particulièrement sur le moment où Cooper pleure en direct devant une mère qui parle de son fils assassiné. Pour l’éditeur, ce moment illustre une conception humaine du journalisme : le journaliste ne doit pas nécessairement devenir une machine froide qui rapporte les événements sans ressentir leur portée.

Le choix est donc très cohérent avec le positionnement historique de Gay Globe : un média LGBT qui veut aussi être reconnu comme un véritable média journalistique.

Pourquoi la Fierté demeure nécessaire

L’éditorial de la page 4 répond directement à une question qui revient encore aujourd’hui : pourquoi organiser des marches de la Fierté alors que les droits LGBT ont déjà progressé dans plusieurs sociétés occidentales?

Chayer donne plusieurs réponses.

Il rappelle d’abord que les droits ne sont pas universels. En 2016, plusieurs pays criminalisent encore l’homosexualité et certains appliquent des sanctions extrêmement sévères.

Mais il donne une autre raison, plus importante à ses yeux : la visibilité.

Les jeunes qui découvrent leur homosexualité ont besoin de voir des adultes LGBT vivant ouvertement et positivement leur identité.

La Fierté devient donc une forme de représentation collective.

L’auteur affirme également que les personnes homosexuelles ne revendiquent pas seulement des droits particuliers : elles revendiquent les mêmes droits fondamentaux que tout le monde, notamment le droit de vivre, de travailler, d’étudier et d’aimer.

Mike Ward : liberté d’expression contre dignité

La page 7 est l’une des plus combatives du numéro.

Roger-Luc Chayer prend position contre Mike Ward dans l’affaire qui l’opposait à Jérémy Gabriel devant le Tribunal des droits de la personne.

Il rejette l’argument selon lequel la liberté d’expression permettrait de dire absolument n’importe quoi.

Son raisonnement est que la liberté d’expression existe dans un cadre juridique et qu’elle doit être conciliée avec d’autres droits protégés par la Charte.

Le dossier est particulièrement intéressant historiquement parce qu’il montre la position de Gay Globe avant les développements judiciaires ultérieurs de l’affaire Ward-Gabriel. Il faut donc le conserver comme témoignage de la position éditoriale de 2016 et non comme résumé du droit canadien actuel.

Rouyn-Noranda : quand la haine arrive sur Facebook

La page 8 constitue un autre exemple de l’engagement très direct de Gay Globe contre les discours homophobes.

Après Orlando, une publication Facebook attribuée à Claire Bergeron devient virale. Le texte tente de justifier partiellement le massacre et accuse les homosexuels d’avoir eux-mêmes provoqué la haine dirigée contre eux.

Gay Globe considère que la publication dépasse largement le cadre d’une opinion et constitue un message haineux.

Roger-Luc Chayer annonce alors une démarche officielle auprès de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Ce passage est particulièrement intéressant pour l’histoire du média parce que Gay Globe ne se limite pas à rapporter l’existence du message : l’organisation décide d’agir directement.

Le dossier controversé sur le tueur de Nice

Le titre « Le tueur de Nice était bi! » est aujourd’hui l’un des éléments du numéro qui nécessitent le plus de recul.

Le texte rapporte des informations de presse selon lesquelles Mohamed Lahouaiej-Bouhlel aurait eu des relations avec des hommes et aurait utilisé Grindr.

Il présente ensuite des théories psychanalytiques selon lesquelles une homosexualité refoulée pourrait, chez certains individus, participer à un parcours de radicalisation.

Il est important de distinguer ici les faits rapportés sur la vie privée du terroriste et les hypothèses psychologiques.

Le texte lui-même rapporte qu’un psychiatre, Thierry Vincent, nuance fortement cette interprétation et rappelle que le phénomène djihadiste est beaucoup plus complexe qu’une simple défense contre l’homosexualité.

Ce dossier doit donc être lu aujourd’hui comme un document journalistique de 2016 sur les hypothèses alors discutées, et non comme une preuve que l’homosexualité refoulée expliquerait le terrorisme.

Les espoirs pour le VIH

Le dossier de la page 10 est particulièrement représentatif du changement de perception du VIH.

Le magazine souligne que les personnes vivant avec le VIH disposent désormais de traitements permettant de vivre beaucoup plus longtemps.

Les chiffres rapportés sont spectaculaires : le nombre de personnes ayant accès aux traitements antirétroviraux avait atteint environ 17 millions à l’époque, soit près de la moitié des personnes infectées.

La transmission mère-enfant était également en forte diminution et la Thaïlande venait d’atteindre un objectif historique.

Mais Gay Globe ne tombe pas dans l’optimisme absolu.

Le magazine souligne que le principal problème demeure le dépistage : une grande proportion des personnes vivant avec le VIH ignorait encore leur statut.

Le dossier souligne aussi la progression des nouvelles infections en Europe de l’Est et en Asie centrale ainsi que la nécessité de maintenir les investissements internationaux.

Le VIH et la question du dépistage

Le numéro met donc en évidence une transformation majeure du combat contre le VIH.

En 2016, le problème n’est plus uniquement :

« Comment empêcher les personnes séropositives de mourir? »

Il devient également :

« Comment faire en sorte que toutes les personnes infectées soient diagnostiquées et traitées? »

Cette évolution est fondamentale.

Le traitement antirétroviral devient progressivement un outil de prévention à part entière, alors que les progrès scientifiques permettent aux personnes traitées d’avoir une espérance de vie beaucoup plus longue.

Le #114 montre donc une communauté médiatique qui commence à traiter le VIH comme une maladie chronique contrôlable, tout en rappelant que l’épidémie mondiale est loin d’être terminée.

Claude Lussier : une disparition majeure

La page 15 doit être considérée comme l’un des documents les plus importants du numéro pour l’histoire interne de Gay Globe.

Claude Lussier est identifié dans les crédits comme conseiller aux finances, « In Memoriam ».

Sa disparition est donc survenue suffisamment récemment pour que son nom demeure dans la structure officielle de la revue.

Cette perte est d’autant plus importante qu’elle intervient dans une période où Gay Globe traverse plusieurs transformations : développement de Gay Globe TV, évolution de la formule éditoriale, multiplication des chroniques et arrivée officielle de Jean-Philippe Bernié dans l’équipe de direction éditoriale.

Le #114 constitue ainsi un document permettant de suivre la transition humaine et organisationnelle de Gay Globe Média en 2016.

Les gais sont-ils plus fragiles?

La page 18 présente une étude américaine particulièrement intéressante.

Les chercheurs ont comparé les données de 68 814 personnes, dont des lesbiennes, des hommes gais et des personnes bisexuelles, avec celles de personnes hétérosexuelles.

Le dossier rapporte notamment davantage de détresse psychologique dans plusieurs groupes LGBT, ainsi que des différences importantes en matière de tabagisme et de consommation d’alcool.

Les chercheurs associent ces écarts au stress minoritaire, c’est-à-dire aux effets psychologiques et sociaux de la marginalisation et de la discrimination.

Cette page est importante parce qu’elle montre que Gay Globe ne traite pas seulement les enjeux LGBT sous l’angle des droits et de la sexualité : le magazine s’intéresse aussi aux déterminants sociaux de la santé.

Justin Trudeau : une critique qui s’intensifie

Le texte « Relations Trudeau vs gais » est particulièrement important lorsqu’on le compare aux numéros suivants.

Roger-Luc Chayer affirme que Justin Trudeau avait longtemps refusé de parler aux médias LGBT et notamment à Gay Globe.

Il présente ensuite sa participation à la Fierté comme un changement de stratégie politique survenu après son accession au pouvoir.

Chayer va jusqu’à accuser Trudeau d’avoir commencé à accorder davantage d’attention aux communautés LGBT lorsque les sondages lui ont indiqué que cette clientèle électorale était importante.

Le ton est donc extrêmement critique et personnel.

Ce dossier est particulièrement intéressant parce qu’il constitue l’un des premiers jalons documentaires de la relation conflictuelle entre Gay Globe et Justin Trudeau qui sera développée dans les numéros suivants.

Alexander von Humboldt : un grand scientifique possiblement homosexuel

La rubrique « Ces grands LGBT du passé » présente cette fois Alexander von Humboldt.

Le dossier reconnaît immédiatement une difficulté historique : Humboldt a détruit une partie importante de sa correspondance privée.

Il n’est donc pas possible d’établir avec certitude l’ensemble de sa vie intime.

Cependant, Gay Globe rapporte les travaux de plusieurs sexologues et historiens, notamment Magnus Hirschfeld, qui ont recueilli des témoignages laissant penser que Humboldt fréquentait une subculture homosexuelle.

Le magazine mentionne également plusieurs hommes auxquels des relations amoureuses avec Humboldt ont été attribuées, notamment Reinhard von Haeften, Carl von Steuben, Louis Joseph Gay-Lussac et François Arago.

Le dossier est donc particulièrement intéressant parce qu’il ne prétend pas disposer d’une preuve absolue : il montre plutôt comment les historiens peuvent tenter de reconstruire la vie intime d’une personnalité lorsque les documents personnels ont disparu.

Le prince Harry reprend le combat de Diana

Le dossier de la page 26 établit un lien direct entre Diana et son fils Harry.

Gay Globe rappelle l’image historique de Diana serrant la main puis embrassant un homme atteint du SIDA en 1989.

À une époque où une partie du public croyait encore que le simple contact avec une personne séropositive pouvait être dangereux, le geste avait une énorme portée symbolique.

Le magazine présente ensuite Harry comme le prolongement de cet engagement.

Il avait visité le Mildmay HIV Hospital, travaillé avec Sentebale auprès de jeunes vivant avec le VIH au Lesotho et devait participer à la conférence internationale sur le SIDA de Durban en 2016.

Le message est très clair : combattre le VIH signifie également combattre la stigmatisation.

Le débat sur l’homosexualité dans le judaïsme

La page 26 contient également un dossier particulièrement intéressant sur la relation entre homosexualité et judaïsme en France.

L’article rappelle la controverse provoquée par les propos de l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk et présente l’initiative du grand rabbin Haïm Korsia de participer à une conférence organisée avec Beit Haverim, groupe juif gay et lesbien.

Le magazine présente cet événement comme une étape importante puisqu’il s’agissait, selon l’article, de la première fois qu’un grand rabbin de France en exercice acceptait une invitation de cette organisation.

Le Mississippi et la liberté religieuse

Le dossier américain est consacré à la loi HB 1523 du Mississippi, adoptée dans le contexte des débats entourant le mariage homosexuel.

La loi visait notamment à protéger certaines personnes souhaitant refuser des services en raison de convictions religieuses concernant le mariage et les rôles sexuels.

Un juge fédéral avait bloqué son application, estimant notamment que la loi accordait des privilèges particuliers à certaines croyances.

Gay Globe replace cette décision dans une tendance plus large : après la légalisation du mariage homosexuel aux États-Unis, de nombreux États avaient commencé à examiner des textes permettant de créer des exemptions fondées sur la religion.

Le feuilleton de Jean-Philippe Bernié

Le #114 contient aussi une partie importante de la production littéraire de Jean-Philippe Bernié.

Dans « À la française », le personnage principal crée un automate nommé Louis.

Après avoir finalement réussi à donner vie à sa création mécanique, il découvre que Louis disparaît.

L’automate est finalement retrouvé dans les bois, endommagé par les intempéries.

Le narrateur comprend alors que Louis semble avoir été attiré vers le château et formule une conclusion étonnante : l’automate serait tombé amoureux.

Le récit mêle ainsi science, mécanique, imagination et émotion.

La seconde intrigue, « Quand j’en aurai fini avec toi », poursuit l’histoire de Claire Lanriel.

Claire apparaît comme une femme ambitieuse et calculatrice, confrontée ici à Nathalie, la veuve de son frère.

La question du chalet familial devient le centre d’un conflit qui pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves.

Le courrier des lecteurs : Gay Globe comme média indépendant

La page 30 est également très intéressante pour comprendre le fonctionnement du magazine.

Un lecteur félicite Gay Globe pour son mélange de chroniques, de dossiers et de séries.

Un autre lecteur demande pourquoi les films de Gay Globe TV ne sont pas conservés indéfiniment en ligne.

La rédaction explique que le serveur dispose alors d’un espace limité à 25 Go et que les films sont généralement retirés après quelques mois afin de faire de la place aux nouveautés.

Cette réponse permet de documenter un aspect aujourd’hui disparu de l’histoire de Gay Globe : la gestion physique du stockage des contenus vidéo, à une époque où l’espace serveur représentait encore une contrainte importante.

La page contient aussi une question sur les relations entre médias LGBT.

Gay Globe répond qu’il existe peu de médias LGBT professionnels au Québec et affirme être alors le seul magazine professionnel du secteur.

Cette déclaration est évidemment une position éditoriale de la rédaction, mais elle est historiquement précieuse puisqu’elle documente la manière dont Gay Globe se définissait lui-même au milieu des années 2010.

VIH : quatre jours sur sept

La dernière page du magazine porte sur une question scientifique particulièrement intéressante : peut-on alléger les traitements antirétroviraux?

Le dossier rapporte les résultats présentés à la conférence internationale sur le SIDA de Durban en 2016.

L’idée étudiée était de prendre le traitement quatre jours par semaine plutôt que sept, dans le cadre d’une stratégie de maintenance.

Le texte rappelle que les traitements permettent à plus de 90 % des personnes qui les reçoivent d’atteindre un état indétectable, tout en soulignant que le virus peut persister dans des réservoirs.

Le dossier constitue donc un excellent document historique sur la recherche en 2016, alors que les chercheurs cherchaient déjà à rendre les traitements plus simples, moins lourds et plus faciles à maintenir à long terme.

Un numéro profondément marqué par Orlando

Le Magazine Gay Globe #114 doit être considéré comme un numéro de transition dans l’histoire éditoriale du magazine.

Le fil conducteur est clairement la réaction de la communauté LGBT à Orlando.

La couverture d’Anderson Cooper, l’éditorial sur la Fierté, la dénonciation de l’homophobie à Rouyn-Noranda et les réflexions sur les motivations possibles du terroriste de Nice sont tous liés à une même question : comment les personnes homosexuelles peuvent-elles continuer à vivre ouvertement dans un monde où l’homophobie et la violence demeurent présentes?

Mais le numéro ne se limite pas à l’actualité tragique.

Il documente également une période extrêmement importante pour Gay Globe Média.

L’arrivée officielle de Jean-Philippe Bernié comme rédacteur en chef adjoint, la présence de Claude Lussier dans les crédits « In Memoriam », le développement de Gay Globe TV, la gestion du contenu vidéo, les chroniques régulières et les séries littéraires montrent un média qui s’est déjà transformé en véritable groupe de contenu.

Le #114 est également un numéro important pour comprendre l’évolution de la relation entre Gay Globe et Justin Trudeau. La page 19 contient déjà les éléments d’une critique qui prendra davantage d’ampleur dans les numéros suivants.

Enfin, les dossiers VIH occupent une place considérable : espoir thérapeutique, accès aux traitements, dépistage, transmission mère-enfant, stigmatisation et recherche sur l’allègement des traitements. Le magazine montre ainsi une communauté qui est passée progressivement de la lutte contre une maladie presque toujours mortelle à une époque où l’objectif devient de vivre longtemps avec le VIH, prévenir sa transmission et éventuellement réduire le poids des traitements.

Le #114 constitue donc un document particulièrement riche pour les archives de Gay Globe : Anderson Cooper, Orlando, la Fierté, Mike Ward, l’homophobie à Rouyn-Noranda, Nice, le VIH, Claude Lussier, Justin Trudeau, Alexander von Humboldt et le prince Harry sont autant de sujets qui permettent de reconstruire l’atmosphère politique, sociale et communautaire de l’été 2016.

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