
Carle Jasmin (Image : Pixabay)
Demandez aux Canadiens ce que signifie le titre de Ville-Reine attribué à Toronto et quelle est l’origine de cette appellation. Je vous parie que 99 % d’entre eux vous répondront qu’il s’agit de l’ancien surnom de la ville, à l’époque où elle était la deuxième ville la plus peuplée du Canada. Pourtant, la réalité est loin de correspondre à ce que l’on imagine.
Lorsqu’on pose la question sur les réseaux sociaux LGBTQ+, plusieurs répondent à la blague que c’est certainement parce que Toronto abrite le plus grand nombre de drag queens : queen signifie reine en anglais. Mais même si ces réponses sont rigolotes, ce n’est pas la véritable explication.
Pourquoi Montréal porte-t-elle le titre de Métropole, tandis que Toronto est surnommée la Ville-Reine?
L’explication remonte au XIXe siècle, à une époque où Toronto cherchait encore à affirmer son identité et sa place parmi les grandes villes du Canada. Le surnom anglais Queen City s’est imposé dans un contexte où la monarchie britannique occupait une place importante dans la vie politique et symbolique du Haut-Canada. La reine Victoria était alors sur le trône britannique. Son long règne, de 1837 à 1901, a marqué toute une époque, au cours de laquelle les références à la monarchie et à la culture britannique occupaient une place importante dans la société canadienne. C’est dans ce contexte que le surnom de Queen City, ou Ville-Reine, s’est imposé pour Toronto. Il témoigne de l’influence britannique de l’époque, même si rien ne permet d’affirmer que l’appellation a été créée directement en l’honneur de Victoria.
Le surnom rend hommage à l’attachement des habitants de l’époque à la culture britannique et à la monarchie. Il faut toutefois éviter de lui attribuer une date de naissance trop précise : les sources historiques consultées ne permettent pas d’établir avec certitude quand le surnom est apparu pour la première fois. À la fin du XIXe siècle, en revanche, l’expression Queen City of Canada était bien implantée, au point de figurer dans des publications consacrées à la ville.
La petite ironie de l’histoire, c’est que Toronto n’a pas toujours été Toronto. Jusqu’en 1834, la ville s’appelait York. Alors, la prochaine fois que vous entendrez parler de la Ville-Reine, vous pourrez laisser les drag queens tranquilles : le titre vient plutôt de l’héritage britannique de Toronto. Même si, reconnaissons-le, la communauté LGBTQ+ a su donner au mot queen une tout autre visibilité!
Et pourquoi Montréal est la Métropole ?
Contrairement à Toronto et à son surnom de Ville-Reine, Montréal doit son titre de métropole à son poids économique, commercial et culturel, et non à une référence à la monarchie.
Pour comprendre ce titre, il faut remonter au XIXe siècle. Grâce à sa position stratégique sur le fleuve Saint-Laurent, Montréal devient une porte d’entrée majeure pour les marchandises et les voyageurs en provenance d’Europe. Son port, puis le développement du chemin de fer, favorisent le commerce, l’industrialisation et l’installation de grandes entreprises. La ville devient ainsi un centre économique incontournable au Canada.
À cette époque, être une métropole ne signifiait pas simplement être une grande ville : il fallait concentrer les banques, les sièges sociaux, les industries et les réseaux de transport qui faisaient tourner l’économie.
Mais le titre n’était pas éternel. Après la Seconde Guerre mondiale, Toronto a progressivement pris l’avantage. Le déplacement de sièges sociaux, le développement économique de l’Ontario et de l’Ouest canadien, ainsi que les changements dans les transports ont contribué à faire perdre à Montréal son statut de principale métropole économique du pays. À partir des années 1960, Montréal s’est affirmée davantage comme la métropole du Québec, avec un rôle central dans la vie culturelle, économique et politique francophone.
En somme, Toronto est la Ville-Reine par héritage historique et culturel, tandis que Montréal est la Métropole en raison du rôle qu’elle a joué dans le développement économique du Canada, puis de celui qu’elle continue de jouer au Québec. Deux surnoms, deux histoires — et une rivalité entre les deux villes qui ne date certainement pas d’hier.
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