
Arnaud Pontin (Image : Adobe Stock)
Une alerte lancée par l’Ordre national des pharmaciens de France et l’Ordre des pharmaciens du Québec met en garde contre la circulation de faux comprimés qui imitent des analgésiques ou des benzodiazépines sur le marché des drogues contrefaites et illicites.
Le danger est particulièrement sérieux : derrière l’apparence familière d’un médicament sur prescription peuvent se cacher des nitazènes, des opioïdes de synthèse extrêmement puissants. Certains peuvent être jusqu’à 500 fois plus puissants que la morphine et encore plus puissants que le fentanyl.
Autrement dit, un comprimé qui semble être un médicament connu peut en réalité contenir une substance totalement différente, à une puissance impossible à déterminer pour la personne qui le consomme.
L’apparence du comprimé ne garantit donc absolument pas son contenu. Sur le marché illicite, l’erreur peut être dramatique et une simple dose peut exposer à une intoxication opioïde sévère, voire mortelle.
Nitazènes : ces opioïdes qui inquiètent les autorités
Les nitazènes sont une famille d’opioïdes de synthèse extrêmement puissants, développés à l’origine dans les années 1950 dans le cadre de recherches sur les médicaments antidouleur, mais qui n’ont pas été commercialisés comme traitements courants.
Aujourd’hui, certaines molécules de cette famille sont retrouvées dans le marché illicite des drogues et dans des comprimés contrefaits imitant des médicaments sur prescription. Leur puissance varie selon la molécule, mais certains nitazènes peuvent être beaucoup plus puissants que la morphine et dépasser la puissance du fentanyl.
Le principal danger est l’imprévisibilité : l’utilisateur peut ignorer la présence de nitazènes et ne pas connaître la quantité absorbée. Comme les autres opioïdes puissants, ils peuvent provoquer une dépression respiratoire, une perte de conscience et une surdose mortelle.
Surdose de nitazènes : les signes qui peuvent sauver une vie
Lorsqu’un comprimé contrefait contient un nitazène, une surdose peut survenir rapidement et devenir mortelle. Le danger est d’autant plus important que la personne qui consomme le comprimé peut ignorer complètement la présence de cet opioïde et sa concentration.
Le premier signe à surveiller est la respiration. Une personne en surdose peut respirer très lentement, de façon irrégulière ou cesser complètement de respirer. Elle peut également devenir extrêmement somnolente, perdre connaissance ou être impossible à réveiller. Ses lèvres ou ses ongles peuvent prendre une coloration bleue, grise ou violacée. Des pupilles très petites, une peau froide et moite, ainsi que des gargouillements, des ronflements inhabituels ou des bruits de suffocation peuvent également être observés.
Il ne faut surtout pas attendre que tous ces symptômes apparaissent. Si une surdose d’opioïdes est possible, il faut appeler immédiatement le 911, administrer de la naloxone si elle est disponible et rester auprès de la personne. La naloxone peut temporairement renverser les effets des opioïdes, mais son effet peut s’estomper avant celui de la substance consommée.
Une personne qui semble simplement dormir profondément après avoir pris un comprimé inconnu peut en réalité être en train de faire une surdose potentiellement mortelle.
Nitazènes : la naloxone peut nécessiter plusieurs doses
La naloxone peut sauver une vie lors d’une surdose d’opioïdes, mais son effet est temporaire. Elle bloque temporairement les effets des opioïdes sur le cerveau et peut rétablir la respiration. Dans le cas des nitazènes, des opioïdes particulièrement puissants, une intoxication peut toutefois être plus difficile à renverser et plusieurs doses de naloxone peuvent être nécessaires.
La naloxone agit généralement rapidement, mais son effet peut s’estomper avant que l’opioïde ait complètement cessé d’agir. La personne peut alors recommencer à respirer très lentement ou cesser de respirer. Il ne faut donc pas considérer une première dose comme suffisante si la personne ne récupère pas.
En cas de suspicion de surdose, il faut appeler immédiatement le 911 et administrer la naloxone si elle est disponible. Si la respiration ne revient pas normalement ou si la personne demeure inconsciente, une dose supplémentaire peut être administrée après 2 à 3 minutes, conformément aux directives de Santé Canada et aux instructions de la trousse utilisée.
Il ne faut pas hésiter à administrer plusieurs doses lorsque la situation l’exige. Une surdose est une urgence médicale. La personne doit être surveillée en permanence jusqu’à l’arrivée des secours, même si elle reprend connaissance après la naloxone.
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