
Opinion par Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Il y a des gens qui ne semblent exister que pour propager la haine sur le Web, notamment en utilisant les avis Google pour tenter de détruire des entreprises, d’entacher la réputation de certains secteurs commerciaux ou, tout simplement, de propager leurs préjugés et de susciter, par leurs actes, une véritable haine.
C’est le cas d’un individu que je ne nommerai pas ici, mais dont les initiales sont M.R. et qui, drapé dans un chandail aux couleurs de l’arc-en-ciel, publie des messages profondément haineux et remplis de faussetés au sujet des saunas gais de Montréal, et plus particulièrement de certains établissements.
Dans deux messages datés d’hier le 12 août, il déclare à propos d’un premier sauna : » Je ne comprends pas pourquoi autant de gens y vont… Le proprio se vante d’avoir (phrase masquée par Gay Globe pour ne pas identifier le sauna), mais l’endroit n’est pas exploité à 100 %. Il y a des chambres, mais beaucoup trop pour être un « sauna » : il n’y a pratiquement pas de sauna, justement. En tout et partout, il y a plus de chambres que de places dans les saunas et les jacuzzis. Ça ressemble plutôt à un hôtel à l’heure avec quelques installations qu’à un réel sauna. Ce n’est d’ailleurs pas super propre, raison pour laquelle aucune chambre n’est mise en valeur sur le site Web ou Google. On ne voit rien en ligne pour se faire une idée, contrairement à leur compétiteur (Nom masqué par Gay Globe pour ne pas identifier le sauna). Rien de plus : les deux sont seulement des endroits sombres et lugubres où se faire prendre par surprise. Ce sont des endroits comme cela qui font diminuer l’estime des personnes gaies envers les autres et qui contribuent à toute la haine que l’on reçoit ensuite. Vous devriez avoir honte. » Et il lui attribue évidemment qu’une seule étoile.
Dans un second message publié une heure plus tard, il déclare à propos d’un autre sauna : « J’ai cherché des photos de l’intérieur sur le Web, sans succès. Je ne savais aucunement à quoi m’attendre en entrant à l’intérieur et je trouve ça extrêmement dommage, mais je comprends mieux. Les lieux ne sont pas présentables. C’est très sale, les chambres sont vieilles, maganées et « cringe ». Les installations sont étroites et malpropres. On peut constater des rénovations récentes qui ne sont en fait que du camouflage des problèmes. Rien pour nettoyer le derrière de façon propre n’est possible, la clientèle semble aussi malpropre que les lieux, plusieurs préservatifs remplis jonchent le sol, il n’y a pas beaucoup de poubelles, l’odeur est plus que douteuse, et aucun moyen de réserver une chambre en ligne sur aucun site Web en 2026, donc advienne que pourra. Je vous recommande de fuir les lieux : cet établissement est propice à la transmission de maladies transmissibles et constitue un véritable foyer à infections généralisées. » Et il attribue à nouveau à ce sauna une seule étoile.
Je retiens donc deux éléments de ce qu’il déclare : l’état des lieux et l’idée selon laquelle les saunas seraient des vecteurs de maladies transmissibles. Je vais d’abord m’attarder à son préjugé, qu’il propage allègrement en affirmant que les saunas pour hommes favoriseraient la transmission d’ITSS comme la gonorrhée, la chlamydia ou le VIH, par exemple.
Alors qu’il prétend que les saunas sont des vecteurs de maladies, il affirme avoir vu des condoms usagés joncher le sol. Il ne semble toutefois pas avoir fait le parallèle entre la prévention des infections et le fait que l’utilisation de condoms démontre justement que des mesures de prévention sont mises en pratique.
Le préjugé vient surtout d’une confusion entre le lieu et les comportements sexuels qui peuvent parfois s’y produire.
Dans les années 1980 et 1990, pendant la crise du VIH/sida, les saunas gais ont été fortement associés dans les médias et dans le discours public à la sexualité entre hommes. Comme certains hommes y avaient des relations sexuelles avec plusieurs partenaires, ces établissements sont devenus des symboles de la « promiscuité » aux yeux de certaines personnes. L’expression « sidatorium », particulièrement péjorative, est née dans ce contexte de peur et de stigmatisation du VIH.
Mais un sauna ne transmet pas une ITSS en lui-même. Ce sont certains comportements qui peuvent entraîner une transmission : une relation sexuelle non protégée, le partage de matériel contaminé par du sang, etc. Le simple fait d’entrer dans un sauna, de s’asseoir dans un jacuzzi ou de fréquenter un établissement gai ne constitue pas un mode de transmission du VIH.
Le préjugé repose donc sur un raisonnement assez simple, mais faux : « plusieurs relations sexuelles ont lieu dans cet endroit, donc l’endroit est un vecteur de maladies ». On attribue au lieu un risque qui dépend en réalité des pratiques individuelles, de la prévention, du dépistage et, dans le cas du VIH, de moyens très efficaces comme le condom, la PrEP et les traitements antirétroviraux.
Il faut aussi rappeler qu’un condom usagé trouvé sur le sol ne constitue pas une preuve que l’établissement est un « foyer d’infection ». Il peut plutôt témoigner que des personnes utilisent effectivement une méthode de prévention, même si le fait de laisser des condoms au sol pose évidemment un problème d’hygiène et de propreté.
Le véritable problème n’est pas de savoir si un établissement est fréquenté par des hommes ayant des relations sexuelles, mais si les conditions d’hygiène, l’information, l’accès aux moyens de prévention et les comportements sexuels permettent de réduire les risques.
Quand ce monsieur affirme que les saunas gais ou pour hommes véhiculent une mauvaise image des homosexuels auprès de la population en général, ce sont plutôt des propos comme les siens, bourrés de préjugés et à la limite du mensonge, qui causent le plus de tort.
Maintenant, parlons de l’état des lieux, que monsieur décrit comme sale, avec des chambres délabrées, des odeurs affreuses et j’en passe. Peu importe quel sauna est visé par ses propos, monsieur est loin de la vérité, et il faut se questionner sur les motifs qui poussent cette personne à tenir de tels propos.
Pour avoir personnellement visité certains saunas pour hommes du Québec ou en connaître les descriptions de la part d’amis de confiance, je peux vous dire que, comme dans n’importe quel commerce, ce n’est pas nécessairement l’établissement qui pose problème, mais parfois certains clients. Et cela arrive partout : dans les saunas, les restaurants, les bars ou encore les boutiques de vêtements.
Quant aux deux saunas en question, et même aux autres établissements du Québec, tous sauf un ont effectué d’importants travaux d’entretien ou de rénovation au cours des dernières années. Affirmer que ces lieux sont délabrés est donc faux. Les établissements de ce type ont fait beaucoup d’efforts depuis la pandémie, notamment pour améliorer leurs installations et offrir des lieux plus propres, mieux entretenus et plus accueillants que jamais.
Pourquoi alors propager de telles faussetés ?
Il peut d’abord s’agir d’une réelle mauvaise expérience personnelle, amplifiée par une perception extrêmement négative des établissements. Cette personne a peut-être fréquenté certains saunas, a été déçue par l’état des lieux ou par certains aspects de son expérience et a ensuite généralisé son opinion à l’ensemble des saunas pour hommes du Québec. Une mauvaise expérience peut arriver partout et il est parfaitement légitime de la raconter et de critiquer un commerce lorsqu’on estime que le service ou les installations ne correspondent pas à ce qui est attendu.
Mais dans le cas qui nous intéresse, les propos vont beaucoup plus loin que la simple critique de la propreté ou de l’état des installations. On retrouve également, dans ses commentaires, un préjugé évident envers les établissements fréquentés par des hommes gais et envers certaines pratiques sexuelles qui y ont lieu. Il établit notamment un lien direct entre les saunas, les relations sexuelles, les ITSS et ce qu’il présente comme une mauvaise image des homosexuels auprès de la population.
À partir de ce moment, on ne parle plus simplement d’un client insatisfait qui critique un établissement. On entre dans un discours beaucoup plus large, qui risque de renforcer des préjugés déjà profondément ancrés envers les hommes gais et les lieux qui leur sont destinés.
Une autre possibilité serait qu’il existe une volonté de discréditer certains établissements. C’est d’ailleurs là que le problème devient particulièrement intéressant. La répétition d’affirmations associant les saunas gais à la transmission des ITSS dépasse largement la critique commerciale d’un établissement. Elle contribue à entretenir une perception négative de ces lieux et, par extension, des hommes qui les fréquentent.
Enfin, et il faut aussi en parler : est-ce que sa grande frustration et sa colère publique contre les saunas pour hommes pourraient venir du fait qu’il n’y a pas obtenu ce qu’il souhaitait, qu’il n’a pas « pris son pied », comme on le dit? Je n’en serais pas surpris.
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