
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Bon, voilà que la machine à rumeurs et à l’homophobie vient de reprendre du service avec un article du Journal de Montréal, publié la semaine dernière, qui annonce en grand titre : « « Ça m’inquiète parce que les jeunes se protègent moins » : un record de cas de VIH en 20 ans au Québec. »
L’article circule maintenant sur les réseaux sociaux avec une version plus courte : « Un record de cas de VIH en 20 ans au Québec », ce qui a pour effet, évidemment, de faire surgir des commentaires haineux et conspirationnistes sur une page du nom de Petit Petit Québec, qui ne se donne même pas la peine de signer sa publication.
Commençons par le début : qu’en est-il réellement de la situation du VIH au Québec et pourquoi attaque-t-on encore les homosexuels en les présentant comme des vecteurs de transmission, alors que les données scientifiques démontrent que le VIH n’e se transmet pas en fonction de l’orientation sexuelle d’une personne’impliquent même pas leshommes gays?
En 2023, on a recensé 1 110 nouveaux cas de VIH, alors qu’en 2024, dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles, on en a recensé 1 122 nouveaux cas dans tout le Québec. Il s’agit effectivement d’un nombre record de nouveaux cas, mais il est important d’expliquer ce chiffre et de le remettre dans son contexte.
Selon le rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les causes sont multiples et la première, la plus importante est que les jeunes se protègent moins et utilisent moins le préservatif. Il faut d’abord reconnaître que la prévention du VIH a profondément changé. Pour une génération qui n’a pas connu les années les plus sombres de l’épidémie, le VIH est aujourd’hui associé à une maladie qui peut être contrôlée efficacement grâce aux traitements. La PrEP, le dépistage et les traitements antirétroviraux ont également transformé la manière dont on évalue et gère le risque.
Cette évolution a toutefois un effet paradoxal : plus la médecine progresse, moins le VIH peut sembler menaçant. Le condom, qui a longtemps été présenté comme le principal rempart contre le VIH, est désormais un outil parmi plusieurs stratégies de prévention. Certains jeunes peuvent donc être moins enclins à l’utiliser systématiquement, particulièrement lorsqu’ils savent qu’ils disposent d’autres moyens de réduire leur risque de VIH.
Mais il serait beaucoup trop facile d’en conclure que les jeunes ont simplement cessé de se protéger. Le condom demeure important puisqu’il protège également contre plusieurs autres infections transmissibles sexuellement et par le sang, contre lesquelles la PrEP n’offre aucune protection.
Surtout, il faut éviter un raccourci qui pourrait alimenter inutilement la stigmatisation : une diminution de l’utilisation du condom chez certains jeunes ne signifie pas que les homosexuels seraient responsables de la hausse des diagnostics de VIH au Québec. Le VIH n’est pas une maladie homosexuelle. Il s’agit d’une infection qui peut toucher toute personne exposée au virus, indépendamment de son orientation sexuelle.
Une seconde raison importante est que le dépistage du VIH a fortement diminué pendant la pandémie, donnant l’impression que le taux de transmission reculait, alors qu’en réalité, les nouveaux cas étaient simplement moins détectés et moins comptabilisés qu’avant ou après la pandémie. Le confinement et la réduction des contacts sociaux et sexuels ont également pu donner la fausse impression que le VIH était en recul, alors qu’une partie de la diminution observée dans les statistiques s’expliquait plutôt par la baisse du dépistage et de la détection des infections.
Quant aux personnes touchées, plutôt que d’attaquer à nouveau les hommes gais face à l’augmentation record des cas de VIH au Québec, il faut regarder les données de plus près. Dans son rapport, l’INSPQ mentionne que 62 % des nouveaux diagnostics concernaient des personnes arrivées au Canada depuis moins de six ans.
Qu’est-ce que cela signifie réellement ?
D’abord, il faut éviter une confusion fondamentale : un nouveau diagnostic de VIH n’est pas nécessairement une nouvelle infection. Une personne peut avoir contracté le VIH avant son arrivée au Canada et n’être diagnostiquée qu’après son installation au Québec. Le fait qu’elle apparaisse dans les statistiques québécoises signifie donc qu’elle a reçu son diagnostic ici, et non nécessairement qu’elle a été infectée ici.
C’est un élément essentiel lorsqu’on analyse l’augmentation récente des cas. L’INSPQ constate que la hausse des nouveaux diagnostics depuis 2019 est principalement observée chez les personnes nées à l’extérieur du Canada et arrivées au pays au cours des cinq dernières années. À l’inverse, chez les personnes nées au Canada ou chez celles nées à l’étranger mais établies au Canada depuis six ans ou plus, le nombre de nouveaux diagnostics a plutôt diminué.
Cela signifie donc que l’immigration récente constitue un facteur important dans l’évolution actuelle des statistiques québécoises du VIH. Mais cela ne signifie absolument pas que les personnes immigrantes seraient responsables de la transmission du VIH au Québec. Le lieu et le moment du diagnostic ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer où et quand l’infection a été contractée.
Il faut aussi tenir compte du fait que certaines personnes peuvent arriver au Canada avec une infection déjà présente et être diagnostiquées à leur arrivée ou au cours des années suivantes. En 2022, l’INSPQ observait notamment une forte augmentation des diagnostics chez les personnes originaires de pays où le VIH est endémique, et soulignait l’importance de l’accroissement migratoire dans l’interprétation des données.
Voilà pourquoi les statistiques doivent être lues avec beaucoup plus de prudence que ne le suggère un simple titre annonçant un record de cas de VIH. Un diagnostic n’est pas une preuve de transmission récente, et l’origine d’une personne n’est pas une cause de transmission.
La réalité est donc beaucoup plus complexe que les commentaires haineux qui circulent sur les réseaux sociaux. Pour comprendre la hausse du VIH au Québec, il faut regarder les parcours migratoires, le dépistage, le moment du diagnostic, l’accès aux soins, les comportements sexuels, la prévention et les différents groupes exposés au virus. C’est seulement en réunissant toutes ces données que l’on peut comprendre ce qui se passe réellement.
Pour les femmes hétérosexuelles et les jeunes hommes gais ?
Les statistiques démontrent également que le nombre de nouveaux diagnostics de VIH chez les femmes est à son plus haut niveau depuis 20 ans et que, dans la grande majorité des cas, la transmission se fait par des contacts sexuels hétérosexuels.
Viennent ensuite, dans les statistiques, les jeunes hommes gais et les personnes qui utilisent des drogues injectables.
Et les réseaux sociaux qui s’enflamment !
Les gens qui utilisent les réseaux sociaux pour s’alimenter en nouvelles et s’informer ne se donnent souvent pas la peine de lire les articles complets publiés par des médias sérieux et professionnels. Cela conduit parfois à des commentaires qu’il me fait plaisir de partager ici, dans un but éducatif.
On remarquera que, dans le cadre de cet article, j’ai volontairement mentionné le nom des personnes et leurs commentaires, puisque ceux-ci ont été publiés publiquement. Il faut donc s’assumer! À noter que les commentaires sont publiés tels quels, fautes incluses…
Guy Gravel: Le professeur Montagnier l’avait pourtant bien dit que dans le vacc covide il y avait une souche du VIH et malheureusement décédé pas longtemps après . (Luc Montagnier, qui avait participé à la découverte du VIH et reçu le prix Nobel de médecine en 2008, a bien affirmé en 2020 que le VIRUS SARS-CoV-2 contenait, selon lui, des séquences du VIH. Cette affirmation a été contestée par la communauté scientifique. Il n’a toutefois jamais été démontré que les vaccins contre la COVID-19 contenaient, EUX, une souche du VIH).
Richard Ayotte: Coïncidence
(Encore une fois, l’association entre le VIH et la communauté gaie est fausse et ne trouve aucun écho dans le raport de l’INSPQ).
B’lette Langlais: Professeur Montagnier l’avait dit. (Faux, voir l’explication plus haut).
Normand Whissell: Tien un autre cadeau du Tiers-Monde. (Commentaire raciste, le rapport de l’INSPQ mentionne l’immigration sans mentionner l’origine des gens)
Patrick Hamel: Direct dans le vaccin. (Faux, voir l’explication plus haut).
Sylvain Vilandré: Amenez-en des bazanés d’outremer en gougounes avec toutes leurs maladies de marde, jusqu’a temps qu’il y en ai un pas propre qui nous fait donc de l’ébola. (Aucun commentaire)
John Johnny: Sommes nous surpris?
Soffy TheWhite: J’avais lu quelque part à l’époque que dans le 2e vaccin il avait le vih dedans. (Faux)
Eric Brien: Pas que on rentre des millions d’individus sans aucun test médical. (Faux. Les résidents permanents doivent subir des examens et des tests médicaux avant d’entrer au pays. Pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, ils doivent se soumettre à un examen médical dans les 30 jours suivant leur demande. Très souvent, ils ont déjà contracté le VIH avant leur arrivée au Canada et le découvrent une fois au pays. Cela ne signifie donc pas qu’ils ont contracté le VIH ici..)
Marc Morisette: Le nombre de déchet du tier monde qu’on va devoir soigner à nos frais. (Racisme)
Emma VB Foxwolf: Il l avais dit Dr montanier que leur soupe magique de spike étais couper avec du vih comme gain de fonction … ses une marde crée en laboratoire le k-vide. (Faux, il n’a jamais déclaré cela, voir plus haut).
Yannick Forget: En même temps, s’il y a un afflux d’immigrants d’Afrique, fallait s’y attendre. (Le rapport de l’INSPQ ne fait pas mention de ça).
Franco De Martino: Le SIDA est une arnaque des psychopathes eugénistes… Comme la covid! Un GRAND mensonge ![]()
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Normand Michaud: s etait leur but ,,reduire la population, vous avez eu la marque de la bete en vous
L’exemple de la communauté gaie
Plutôt que de chercher une fois de plus un bouc émissaire, peut-être devrait-on regarder du côté de ceux qui, depuis des années, ont appris à vivre avec le VIH et à développer des stratégies de prévention efficaces. Chez les hommes gais, la PrEP, le dépistage régulier, l’utilisation du condom lorsque nécessaire et une meilleure connaissance du traitement du VIH font désormais partie des outils disponibles pour réduire les nouvelles infections. Ce n’est pas l’orientation sexuelle qui protège : c’est l’information, la prévention, le dépistage et l’accès aux soins. La réponse à l’augmentation actuelle des diagnostics ne devrait donc pas être de montrer du doigt les hommes gais, mais plutôt de s’inspirer des stratégies de prévention qui ont fait leurs preuves et de les rendre accessibles à toutes les personnes qui peuvent en bénéficier. Le VIH n’a pas d’orientation sexuelle et, surtout, la prévention ne devrait pas avoir de préjugés.
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