

Roger-Luc Chayer (Photos : Gay Globe Média)
L’aberration de la rue Sainte-Catherine, dans le Village gai de Montréal, met en furie des centaines d’automobilistes et de commerçants, qui ne comprennent plus rien à la stratégie de circulation de l’arrondissement de Ville-Marie.
Quelle est la situation? Il y a quelques jours, on a annoncé la réouverture de la rue Sainte-Catherine Est, permettant ainsi aux automobilistes d’y circuler et d’y stationner de nouveau, un enjeu crucial pour les commerçants de cette artère commerciale.
Comme les terrasses et la piétonnisation sont maintenant terminées, il devient plus important que jamais de pouvoir circuler facilement sur l’artère principale du Village, qui constitue également un accès important au pont Jacques-Cartier. Mais voilà! Comme on peut le voir sur les photos, il n’y a pas foule dans le Village, comme dirait le père Gédéon!
En fait, la rue Sainte-Catherine est fermée à la circulation entre la rue Alexandre-DeSève et la rue Papineau, empêchant les automobilistes de circuler normalement pour accéder au pont Jacques-Cartier.
Conséquences : des bouchons à perte de vue sur les petites rues adjacentes, qui ne devraient normalement pas supporter un trafic aussi important. Cette situation complique non seulement l’accès au pont, mais empêche surtout la circulation normale dans une grande partie du Village, nuisant du même coup à l’accès aux commerces des rues Sainte-Catherine, Atateken et Ontario.
Les bouchons sur le boulevard René-Lévesque Est sont également interminables, puisqu’une voie en direction est a été retirée pour des travaux qui ne semblent pourtant pas avancer. Un autre chantier fantôme, bref! La file de voitures pratiquement immobiles s’étend à perte de vue, jusqu’à quelque part au cœur du centre-ville.
Il faut pourtant se questionner sur les personnes qui prennent de telles décisions. Si la rue Sainte-Catherine est fermée et qu’on annonce que cette fermeture pourrait durer jusqu’à un an et demi, ce n’est pas pour y effectuer des travaux, mais simplement pour y entreposer et y stationner les outils et les véhicules nécessaires aux travaux qui, eux, se déroulent sur la rue Champlain, entre Sainte-Catherine et René-Lévesque.
Il aurait certainement été plus simple et logique d’utiliser la rue Champlain, entre De Maisonneuve et Sainte-Catherine, pour cet entreposage, ce qui aurait permis de maintenir la rue Sainte-Catherine ouverte à la circulation. Sur ce tronçon de la rue Champlain, il n’y a strictement aucun commerce, et les studios et les bureaux de TVA sont fermés depuis longtemps.
Village gai : l’économie locale doit aussi compter
À Montréal, les décisions qui touchent la circulation ne devraient jamais être prises uniquement en fonction des besoins d’un chantier. Elles doivent aussi tenir compte de leurs conséquences sur les commerces, les travailleurs et les citoyens qui fréquentent le quartier.
Dans le Village gai, cette question est particulièrement importante. La rue Sainte-Catherine Est constitue le cœur commercial du secteur, où plusieurs entreprises dépendent d’un achalandage régulier pour assurer leur survie. Or, lorsqu’un quartier devient plus difficile d’accès, les habitudes de la clientèle peuvent changer. Certains clients choisissent une autre destination, reportent leurs achats ou renoncent tout simplement à se déplacer.
Il est difficile de chiffrer les pertes économiques associées à une entrave précise sans disposer de données provenant des commerçants. Mais il serait tout aussi imprudent de supposer que ces contraintes n’ont aucune conséquence.
Le contexte commercial commande d’ailleurs une certaine prudence. En 2024, TVA Nouvelles rapportait un taux de vacance commerciale avoisinant les 20 % sur la rue Sainte-Catherine Est. Même si cette donnée ne permet pas de décrire à elle seule la situation actuelle, elle rappelle que la vitalité commerciale du Village mérite une attention particulière.
Une fermeture prolongée peut également avoir des effets indirects. Les difficultés d’accès peuvent compliquer les livraisons, les déplacements des employés et la fréquentation des établissements. Les rues voisines risquent, elles aussi, de subir une pression supplémentaire lorsque la circulation est détournée.
La Ville de Montréal et l’arrondissement de Ville-Marie ont donc intérêt à examiner les solutions disponibles avant d’imposer des contraintes qui pourraient durer plusieurs mois. Cela suppose de consulter les commerçants, d’évaluer les répercussions sur leurs activités et de vérifier si les installations temporaires nécessaires aux travaux peuvent être déplacées ailleurs.
Les commerçants ne demandent pas nécessairement que tous les travaux soient réalisés sans aucun inconvénient. Ils peuvent comprendre qu’un chantier exige des compromis. Ce qu’ils sont en droit d’attendre, en revanche, c’est que ces compromis soient raisonnables et que leur gagne-pain soit pris en considération.
Un chantier se termine un jour. Un commerce qui ferme ses portes, lui, ne rouvre pas nécessairement. C’est cette réalité que les décideurs municipaux devraient garder en tête avant de prendre des décisions dont les conséquences pourraient se prolonger bien au-delà des travaux.
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