Roger-Luc Chayer
Afin de respecter le guide de déontologie du Conseil de Presse du Québec, je déclare que je suis personnellement en conflit d’intérêt avec le sujet, mais que l’information légitime du
public passe avant tout.
Depuis des années, je me tais devant le comportement répétitif du patron de la chaîne de pharmacies Jean Coutu, parce que j’essaie toujours de permettre à ce fleuron économique québécois de faire une entrée sérieuse et crédible au sein de la communauté gaie. Peine perdue, non seulement je me heurte à un échec constant, mais en plus, Jean Coutu n’est présent dans notre communauté que parce qu’il y a été forcé. Je m’explique…
Gay Globe Magazine est le seul magazine gai professionnel et familial au Québec. Il est également présent dans la francophonie entière grâce à sa solide expertise des médias sociaux.
Depuis des années, notre publication fait des propositions publicitaires au bureau chef de Jean Coutu, à Longueuil, et n’a jamais reçu la moindre réponse. Pourtant, la chaîne domine le Québec au niveau pharmaceutique, elle vend énormément de traitements concernant les troubles de santé des hommes, elle vend aussi beaucoup de médicaments contre le VIH et ses maladies associées, et certainement des millions de comprimés de Viagra, très populaire chez les hommes gais jeunes et moins jeunes. Jean Coutu a décidé de faire son apparition comme annonceur chez les gais uniquement après avoir été menacé d’un boycott suite au retrait d’un guide gai un peu trop sexuellement explicite par succursale d’Anjou. C’est sur ce point que je pense que Jean Coutu devrait avoir honte.
Si Jean Coutu ne respecte notre existence collective que par la peur, la menace et l’intimidation, ce n’est pas un authentique ami des LGBT, convenons-en!
Ce qui me dérange aussi, et sur un aspect plus personnel, c’est que mon papa adoptif et conseiller de longue date de Gay Globe, Claude Lussier, est décédé le 5 juin dernier et que même s’il a été l’inventeur du fameux slogan «Chez Jean Coutu, on trouve de tout, même un ami!», même s’il a travaillé pour Jean Coutu pratiquement toute sa vie et qu’il lui aura été très fidèle, monsieur Coutu n’a pas daigné faire parvenir ne serait-ce qu’une fleur, un message d’encouragement pour la famille, ou simplement déléguer un représentant au salon funéraire. Rien! On comprendra que malgré les apparences que cherche à se donner le bonze des pharmacies d’Amérique du Nord, monsieur Coutu n’est pas grand chose à mes yeux d’éditeur de média gai et de fils. Jean Coutu n’est pas et ne sera jamais mon ami, et je suis fier de le dire haut et fort.
Pour l’ensemble de ces raisons, et en connaissant maintenant les dessous de la présence de Jean Coutu dans un guide gai qui lui a fait peur, je persiste à croire que ce commerce devrait être boycotté par l’ensemble des personnes de la communauté LGBT et par leurs familles et amis, car, avouons-le, faire vivre une telle entreprise avec notre argent est honteux et irrespectueux envers les nôtres. Avec ses pubs, il pourrait combattre le VIH dans notre communauté, mieux éduquer sur les troubles de santé chez l’homme et faire bien plus encore, mais non, avec Jean Coutu, le débat est clos. Il n’a plus aucune crédibilité à mes yeux et il est plus que temps que nous nous révoltions contre l’utilisation commerciale de notre image LGBT.