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Roger-Luc Chayer (Photo : Maxppp – GEORGES ROBERT)
Une publication virale autour de Didier Raoult et de la cyprine
Une nouvelle surprenante circulait à nouveau sur les réseaux sociaux cette semaine et impliquait le célèbre professeur Didier Raoult de Marseille, celui qui avait été impliqué dans plusieurs controverses et informations douteuses durant la pandémie de 2020 liée à la COVID-19.
Dans cette publication, on pouvait lire, accompagnée de sa photo : « Boire de la cyprine en grande quantité serait le secret ultime pour éviter la calvitie chez les hommes. Les preuves scientifiques sont formelles. Arrêtez de réfléchir, faites-le ! »
C’est quand même tout un titre. Mais comme cette affirmation provient des réseaux sociaux, une vérification approfondie s’impose.
Qu’est-ce que la cyprine ?
La cyprine est un liquide naturel produit par le vagin lors de l’excitation sexuelle chez certaines femmes. Il s’agit essentiellement d’un fluide de lubrification composé principalement d’eau, de sécrétions vaginales et cervicales, ainsi que de différentes substances biologiques naturelles.
Le terme est relativement peu utilisé dans le langage médical courant et apparaît davantage dans des contextes sexuels, littéraires ou sur les réseaux sociaux. Il ne faut pas le confondre avec d’autres fluides corporels ou avec des termes populaires parfois employés de manière incorrecte.
La cyprine est-elle efficace contre la calvitie ?
Il n’existe aucune preuve scientifique crédible démontrant que la cyprine aurait un effet contre la calvitie. Cette idée semble surtout provenir de rumeurs, de blagues virales ou de désinformation sur les réseaux sociaux.
Certaines publications pseudo-scientifiques tentent parfois de justifier ce genre d’affirmation en évoquant la présence d’hormones, de protéines ou de minéraux dans les fluides corporels. Or, même si la cyprine contient effectivement diverses substances biologiques naturelles, rien ne démontre qu’elles pourraient stimuler la repousse des cheveux ou bloquer la calvitie androgénétique.
La calvitie masculine est principalement liée à des facteurs génétiques et hormonaux, notamment à l’action de la dihydrotestostérone (DHT) sur les follicules pileux. Les traitements reconnus médicalement sont plutôt des médicaments comme Minoxidil ou Finastéride, ainsi que certaines greffes capillaires.
Le message attribué à Didier Raoult utilise probablement le choc et le sensationnalisme pour attirer l’attention ou générer des partages.
Qui est Didier Raoult ?
Didier Raoult est un médecin, microbiologiste et professeur français né en 1952, surtout connu pour ses travaux sur les maladies infectieuses. Il a longtemps dirigé l’IHU Méditerranée Infection à Marseille et a publié un très grand nombre d’articles scientifiques au cours de sa carrière.
Il est devenu une figure mondiale très médiatisée pendant la pandémie de COVID-19 en 2020, principalement en raison de sa promotion de l’Hydroxychloroquine comme traitement potentiel contre le virus, souvent combinée à l’Azithromycine. Dès les premiers mois de la pandémie, il affirmait que ce traitement pouvait réduire fortement la charge virale chez les patients atteints de la COVID-19.
Les controverses liées à Didier Raoult
Cette position a rapidement provoqué une importante controverse scientifique et politique. Plusieurs critiques reprochaient notamment à ses études :
- des groupes de patients trop petits ;
- l’absence de méthodologie rigoureuse ;
- des essais non randomisés ;
- des conclusions jugées prématurées.
Par la suite, de nombreuses études internationales et plusieurs organismes de santé ont conclu que l’hydroxychloroquine n’avait pas démontré d’efficacité claire contre la COVID-19 et pouvait entraîner certains risques cardiaques chez certains patients.
L’Ordre des médecins a aussi examiné certaines de ses déclarations publiques durant la pandémie. En 2024, il a été sanctionné d’une interdiction temporaire d’exercer la médecine pour des manquements au code de déontologie liés notamment à la promotion insuffisamment prudente de traitements contre la COVID-19.
D’autres controverses ont également touché l’IHU Méditerranée Infection, notamment des enquêtes sur certaines pratiques de recherche, la gestion interne de l’institut et des publications scientifiques contestées.
Malgré cela, Didier Raoult conserve encore aujourd’hui des partisans (plusieurs négationnistes et conspirationnistes évidemment) qui estiment qu’il a été injustement attaqué par les autorités sanitaires et une partie du monde scientifique.
Pourquoi les fausses nouvelles nuisent à la crédibilité des réseaux sociaux
Ce type de fausse nouvelle nuit fortement à la crédibilité des réseaux sociaux parce qu’il mélange volontairement des éléments réels — ici la notoriété de Didier Raoult — avec une affirmation absurde ou non vérifiée afin de provoquer une réaction émotionnelle immédiate. Plus une publication choque, amuse ou scandalise, plus elle risque d’être partagée rapidement sans vérification.
Le problème est que ce mécanisme brouille la frontière entre satire, désinformation et information réelle. Plusieurs internautes voient simplement une photo connue accompagnée d’une citation et supposent automatiquement que l’information est authentique. À force d’être exposé à ce genre de contenus, le public peut finir par :
- douter de toutes les informations circulant en ligne ;
- perdre confiance envers les médias et les experts ;
- développer une fatigue informationnelle où tout semble faux ou manipulé.
Les algorithmes des plateformes favorisent aussi souvent les contenus qui génèrent de fortes réactions, ce qui peut donner davantage de visibilité à des publications sensationnalistes qu’à des vérifications factuelles plus nuancées.
Dans certains cas, ces fausses nouvelles peuvent sembler inoffensives ou humoristiques, mais elles contribuent à normaliser un environnement où les citations inventées, les montages et les affirmations pseudo-scientifiques circulent presque au même niveau que les vraies informations. Cela fragilise progressivement la confiance du public envers l’écosystème numérique dans son ensemble.
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