Roger-Luc Chayer
Depuis quelques mois se déroulent sur les réseaux sociaux de la communauté gaie des débats intéressants, qui reviennent essentiellement avec les mêmes questions: qui décide d’ajouter toutes ces lettres à LGBTQA+? Pourquoi tant de lettres? Pourquoi ne pas simplement utiliser LGB comme à l’origine du mouvement?
Sur la page Web du Spectrum Center de l’Université du Michigan, on trouve un document très bien fait et détaillé sur les diversités sexuelles. On y lit aussi une excellente définition du terme LGB qui signifie généralement que ces populations partagent une forme ou une autre de sexisme et d’oppression. En ajoutant d’autres lettres, on commettrait donc une erreur car on s’écarterait de la diversité sexuelle qui, d’office, devrait inclure le H de hétérosexualité.
Le centre a recensé plus de 20 lettres souvent associées aux LGBT en expliquant leur signification. Par exemple, on voit souvent le Q suivant LGBT, il signifierait Queer. Or, ce terme est souvent mal utilisé pour définir l’ensemble des gais et lesbiennes sans distinction, alors qu’il signifiait à l’origine que les personnes queer étaient déviantes, malades et des pervers sexuels. Nous ne sommes clairement pas des déviants!
Même chose pour la lettre A, de plus en plus associée à nous. Elle aurait deux significations possibles: 1- Asexuel qui veut dire que la personne ne se considère ni hétérosexuelle ni homosexuelle mais simplement qu’elle ne pratique aucune forme de sexualité que ce soit et 2- Que la personne est une alliée des LGBT, nonobstant son orientation sexuelle. Que fait donc ce A dans LGBTQA vous me demanderez? C’est illogique.
La question se pose aussi avec les trans qui se sont retrouvés inclus depuis une dizaine d’années aux LGB alors que les personnes trans se battent pour des traitements médicaux afin de corriger une aberration de la nature. Les trans peuvent être homos ou hétéros, mais inclure le T alors que les LGB ne résultent pas de conditions médicales soulève de plus en plus de questions au sein des communautés.
Tous ne semblent pas d’accord avec le fait d’inclure le plus de minorités possible sous une même appellation du genre LGBTQACP+. Il y a même une certaine hypocrisie à vouloir mettre tout le monde dans le même bateau ainsi qu’un danger de ne plus s’y retrouver face à nos besoins et revendications essentiels. Bien qu’au sein du communautaire gai on limite généralement l’appellation à LGBT, les plus longues versions sont souvent utilisées en politique, où des politiciens méconnaissants, pensant faire plaisir à tout le monde d’un seul coup, incluent toutes les lettres de l’alphabet et même quelques chiffres, pour scorer fort. Ben ça marche pas comme ça!
S’il devait y avoir consensus, je proposerais de nous en tenir uniquement aux faits qui nous unissent comme minorités sexuelles: l’homosexualité, la bisexualité et la culture que ces conditions engendrent. Nous pourrions ainsi nous focaliser sur nos véritables besoins comme le traitement du VIH, le combat contre l’homophobie, etc.
Je ne me vois pas revendiquer un changement de sexe, pas plus que des droits égaux pour le P des pédophiles qui, oui vous avez bien lu, revendiquent eux aussi officiellement leur inclusion au sein des LGB. Là on peut vraiment parler de Q!