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Par Le National |
Pierre Klossowski, un marginal inclassable entre érotisme et sacréPARIS, 12 août (AFP) – Ecrivain, traducteur, peintre, théologien et même acteur, Pierre Klossowski, homme d’écrits et d’images décédé dimanche, six mois après son frère le peintre Balthus, a exploré, à travers tous ces arts, un univers personnel sulfureux mêlant érotisme et sacré, métaphysique et perversion. Ami de Georges Bataille, d’André Gide et d’André Breton, l’essayiste de « Sade mon prochain », l’auteur de « Roberte ce soir », cette mystérieuse Roberte inspirée par sa femme et modèle Denise, a été associé à tous les mouvements littéraires du siècle, les surréalistes, Jacques Lacan, Michel Leiris, tout en restant un auteur à part, inclassable.
Exposant encore l’an dernier dans une galerie lyonnaise, Pierre Klossowski, qui venait d’avoir 96 ans le 9 août, privilégiait depuis plusieurs années l’expression graphique. Cet artiste singulier et pluridisciplinaire a joué au cinéma dans « Au hasard Balthazar » de Robert Bresson et, avec sa femme, dans « Roberte » de Pierre Zucca, inspiré de « Roberte ce soir » et de « La Révocation de l’Edit de Nantes ». Le cinéaste franco-chilien Raul Ruiz a porté à l’écran un roman de l’écrivain (La vocation suspendue – 1977) ainsi qu’un scénario « L’Hypothèse du tableau volé ». Des textes de Pierre Klossowski figurent également dans « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pier Paolo Pasolini, un univers qui rejoint ses propres fantasmes sexuels. « Les barres parallèles » Fils aîné du peintre polonais Erich Klossowski, Pierre a grandi dans un milieu pictural – « la peinture a été une donnée première de ma sensibilité », disait-il dans une interview – d’autant que sa mère était l’élève de Bonnard qu’il a aussi connu. Et s’il a donné, d’abord, la primeur à l’écriture (l’écrivain Rainer Maria Rilke était un familier du domicile), l’adolescent illustrait déjà ses lettres à Gide, son tuteur et mentor, de dessins à l’encre aquarellée. Exégète de Sade, traducteur de Kafka, Suétone, Nietzsche (à qui il consacre l’essai « Nietzsche et le cercle vicieux »), Kierkegaard et Virgile, Pierre Klossowski est surtout connu sur le plan littéraire par sa trilogie « Les lois de l’hospitalité », où l’on voit un mari, Octave, offrir sa femme à d’autres hommes. Cette trilogie regroupe « Roberte ce soir » (1953), « La Révocation de l’Edit de Nantes » (1959) et « Le souffleur » (1960). Son roman fantastique « Le Baphomet » avait obtenu le prix des critiques en 1965. Parmi les tableaux les plus connus de l’artiste, qui passa par le séminaire et tenta l’expérience monastique chez les Dominicains, figure « Les barres parallèles » où l’on retrouve ses fantasmes avec l’image d’une femme élégante attachée par des courroies à des barres de gymnastique tandis qu’on lui enlève sa jupe. Malgré sa créativité multidisciplinaire, Pierre Klossowski affirmait dans une interview qu’il n’était « ni un romancier, ni un philosophe, ni même un artiste » mais « un pur et simple maniaque ». Décrit comme « l’écrivain de la modernité étrange », il avait obtenu en 1981 le grand prix national des lettres. |