
To read the English version, click on the word « ENGLISH » or « TOP MENU » at the top of the page.
Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)
Un sujet délicat et local à Montréal
Je vais traiter d’un sujet très délicat et local à Montréal, car les lois de chaque pays sont différentes en matière d’escortes masculines et de prostitution masculine. Je vais donc m’en tenir à ce que je peux traiter localement.
Préjugés autour des escortes masculines
Quand on parle d’escortes masculines ou de prostitués masculins, de nombreux préjugés émergent, tant sur ceux qui exercent ce métier que sur les clients. J’ai pensé qu’il serait préférable d’aborder la question de façon humaine, sans embellir ce métier, mais en en parlant pour contribuer à le faire sortir de la honte qui accompagne souvent ceux qui le pratiquent.
Pour m’aider à mieux comprendre les prostitués eux-mêmes, j’ai visité de nombreux sites sur le web, dont RentMen Montréal, RentMen Vancouver, Leolist et quelques autres, pour découvrir que l’offre de services d’escorte est réellement très abondante. Peu importe le site consulté, ce sont des centaines d’hommes de tous âges, de toutes apparences et de toutes origines qui offrent leurs services.
Il y en a pour tous les goûts, en passant par les minets, les grands, les hommes corpulents et même des “daddies” assez âgés, ce qui m’a surpris, car je croyais que dans le domaine de la vente de son corps il fallait être physiquement parfait. Mais la perfection a plusieurs visages, et c’est ce que j’ai pu constater. Il y en a pour tous les goûts.
Le premier réflexe du public, c’est souvent de penser que ces hommes sont forcément en difficulté, voire “forcés” à faire ce travail. Cette vision est réductrice, parce qu’elle efface les parcours très différents qui existent. Certains vivent des situations de précarité, d’autres font ce choix de manière plus assumée, parfois temporairement, parfois non.
Un autre cliché très présent, c’est de croire que leur vie est uniquement centrée sur le travail du sexe, comme si leur identité personnelle disparaissait derrière leur activité. En réalité, comme dans n’importe quel travail, il y a une séparation entre ce qui est professionnel et la vie privée.
On entend aussi souvent qu’ils seraient incapables d’avoir des relations amoureuses “normales” ou stables. Là encore, c’est une généralisation qui ne tient pas : beaucoup ont des vies affectives en dehors de leur activité, avec leurs propres limites et équilibres.
Il y a aussi un jugement moral assez fort, parfois plus dur encore pour les hommes, surtout quand cela touche des clients masculins. On mélange alors travail du sexe, sexualité et identité, ce qui crée des raccourcis assez injustes.
Témoignage : Jeannot, 18 ans
Jeannot a 18 ans, il est bisexuel, mesure 1m75 pour 75 kg, et mène une vie organisée entre ses études la semaine et son activité d’escorte la fin de semaine. Il explique qu’il a choisi de travailler uniquement les week-ends afin de pouvoir continuer l’école sans compromettre son parcours scolaire. Il annonce uniquement sur RentMen Montréal.
Dans son activité d’escorte masculine, il insiste sur un point : il choisit ses clients et refuse de prendre n’importe quelle demande. Cette sélection fait partie, selon lui, de sa manière de garder le contrôle sur ce qu’il fait et sur les conditions dans lesquelles il accepte des rencontres.
Sa présence en ligne est importante dans son activité. Sa page de services cumule 367 054 visiteurs, un niveau de visibilité qu’il considère comme un élément qui justifie en partie les tarifs plus élevés qu’il demande. Pour lui, cette popularité joue directement sur la valeur qu’il accorde à son temps et à ses disponibilités.
Il explique aussi qu’il travaille avec une certaine prudence constante. Même s’il dit aimer ce qu’il fait et se sentir libre dans ses choix, il reconnaît qu’il a souvent peur de se faire agresser. Cette inquiétude influence sa manière de gérer les rencontres et de sélectionner les personnes avec qui il accepte de travailler.
Témoignage : Lane, 21 ans
Lane a 21 ans. Il est noir, mesure environ 5’10 et pèse 150 livres, avec une silhouette très musclée et annonce principalement sur Leolist. Il travaille à temps plein comme escorte et décrit cette activité comme quelque chose qu’il aime réellement, autant pour la liberté que pour le mode de vie qu’elle lui permet.
Il explique qu’il a rapidement réussi à générer des revenus importants dans le milieu de l’escorte masculine, parfois plus élevés que ce qu’il avait anticipé au départ. Cette aisance financière lui a donné un rythme de vie qu’il reconnaît comme difficile à encadrer. Il admet qu’il dépense facilement son argent dans des achats impulsifs et des plaisirs qu’il qualifie lui-même de “frivolités”, sans toujours planifier à long terme.
Sur sa manière de travailler, Lane adopte une position très ouverte. Il dit ne pas refuser les hommes qui le contactent, parce qu’il considère son activité comme un service. Selon lui, chacun a le droit de vivre des moments de sexualité ou de sensualité qui peuvent apporter du bien-être, et il voit son rôle comme une façon d’y contribuer.
Il n’a jamais été impliqué dans des situations de violence, mais il a connu un jeune homme qui faisait de l’escorte pour financer sa consommation de drogues, et qui a été victime d’un viol particulièrement violent, dont il est resté profondément traumatisé.
Sécurité dans le travail du sexe
Pour une escorte, la sécurité repose surtout sur des réflexes simples, constants et difficiles à improviser sur le moment. L’idée générale est de réduire l’imprévisible, sans jamais pouvoir l’éliminer complètement. Il ne faut pas oublier qu’il y a des fous partout dans la société…
Avant toute rencontre, vérifier autant que possible l’identité et les informations de la personne est essentiel. Beaucoup de travailleurs du sexe utilisent des échanges préalables par messages, parfois avec des éléments vérifiables (numéro, réseaux, références d’autres clients connus dans le milieu). L’important n’est pas d’avoir une certitude absolue, mais de repérer les incohérences.
Informer quelqu’un de confiance de ses rendez-vous est aussi une base de sécurité souvent sous-estimée. Donner l’heure, le lieu et un point de contact permet à quelqu’un de réagir en cas de problème ou d’absence de nouvelles.
Le choix du lieu compte beaucoup. Les endroits connus, accessibles et faciles à quitter rapidement sont généralement privilégiés, surtout au début d’une relation avec un client. La possibilité de partir librement doit toujours être préservée.
Pendant la rencontre, garder une attention constante à son environnement et à son ressenti est crucial. Beaucoup d’escortes expérimentés insistent sur l’importance de ne pas ignorer les signaux d’inconfort, même subtils, et de se donner le droit d’interrompre une situation à tout moment.
Cadre légal de la prostitution au Canada
Au Canada, la loi sur la prostitution au Canada est assez particulière et souvent mal comprise.
Depuis 2014, avec la loi appelée Protection des collectivités et des personnes exploitées (PCEPA), le cadre juridique repose sur ce qu’on appelle souvent le “modèle nordique”.
En pratique, cela veut dire que le fait de vendre ses propres services sexuels n’est pas criminalisé, donc une personne qui se prostitue ne peut pas être poursuivie simplement pour cela.
Par contre, acheter des services sexuels est illégal, et peut entraîner des accusations criminelles.
Au Canada, la loi considère que le simple fait de communiquer en public ou en lieu public pour acheter des services sexuels peut être une infraction, même si aucune rencontre n’a finalement lieu et même si aucun acte sexuel ne se produit.
Concrètement, cela vise les situations où un client potentiel tente de négocier ou d’organiser une prestation sexuelle dans un espace accessible au public (par exemple une rue, une voiture stationnée dans un lieu public, ou certains types de communication visibles dans un lieu public).
L’idée du législateur est d’éviter la sollicitation en espace public, pour réduire ce qu’on appelle les “nuisances publiques” et limiter l’exposition de l’achat de services sexuels dans les lieux fréquentés par la population.
En revanche, les échanges privés en amont (par exemple par téléphone ou messagerie privée) ne sont pas automatiquement visés de la même manière, même si le contexte global peut toujours être évalué par les tribunaux selon les circonstances.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI