Les assassins de Matthew Shepard, vingt-cinq ans plus tard : la justice reste inflexible

Photo de Matthew Shepard

Roger-Luc Chayer (Photo de Matthew Shepard – Matthew Shepard Foundation)

Retour sur l’histoire d’un meurtre sordide

Suite à la publication, hier, par Gay Globe Média, d’un court message annonçant la date anniversaire du décès de Matthew Shepard, victime de tortures infligées par deux meurtriers homophobes le 12 octobre 1998, des milliers de réactions ont suivi.

En seulement 24 heures, on a compté 27 118 interactions avec cette publication sur la page Facebook de Gay Globe ainsi que sur le groupe Village Montréal Officiel (https://www.facebook.com/groups/1503518353310314), administré aussi par Gay Globe. Les demandes d’adhésion à la page affluent désormais chaque seconde, provenant de partout dans le monde.

Du jamais vu : une telle mobilisation illustre la réaction d’une société entière face à l’horreur qu’a subie Matthew Shepard, battu, torturé, puis laissé pour mort, attaché à une clôture dans un champ du Wyoming, avant de succomber à ses blessures à l’hôpital.

Ce meurtre sordide avait été commis par deux jeunes hommes homophobes, Russell Henderson et Aaron McKinney.

Photo des accusés

Russell Henderson et Aaron McKinney à leur procès (Photographe : Ed Andrieski / AP)


Les procès

L’enquête sur le meurtre de Matthew Shepard a débuté dans un climat d’émotion et d’indignation dès la découverte du jeune homme, grièvement blessé, attaché à une clôture dans les plaines isolées du Wyoming, à la sortie de Laramie, dans la nuit du 6 au 7 octobre 1998. Les policiers, appelés sur les lieux après qu’un cycliste eut aperçu ce qu’il croyait d’abord être un épouvantail, ont très vite compris qu’ils se trouvaient devant un crime d’une rare brutalité. Matthew, étudiant de 21 ans à l’Université du Wyoming, était dans le coma, le visage tuméfié et à peine reconnaissable.

Les premières heures de l’enquête ont été cruciales. Les forces de l’ordre ont rapidement établi que Shepard avait été vu pour la dernière fois dans un bar de Laramie, le Fireside Lounge, où il avait passé la soirée à discuter avec deux hommes, Russell Henderson et Aaron McKinney. Des témoins ont confirmé que les trois avaient quitté le bar ensemble, et que Shepard avait semblé leur faire confiance. Les enquêteurs ont suivi cette piste jusqu’à retrouver le pick-up des suspects, dans lequel ils ont découvert le portefeuille et les cartes d’identité de la victime, ainsi que des traces de sang. Cette découverte a permis d’identifier formellement les deux hommes, qui vivaient alors dans un quartier modeste de la ville.

Les arrestations se sont déroulées rapidement, moins de 24 heures après les faits. Henderson et McKinney ont été appréhendés sans résistance après qu’une jeune femme, compagne de l’un d’eux, eut livré des informations déterminantes aux autorités. Les deux suspects ont d’abord tenté de minimiser leur implication, prétendant que l’agression n’était qu’un vol ayant mal tourné. Mais les preuves matérielles, la violence du passage à tabac et les propos homophobes tenus avant et après le crime ont convaincu les enquêteurs qu’il s’agissait d’un acte motivé par la haine.

Au cours des mois qui ont suivi, la petite ville de Laramie a été plongée dans un climat d’introspection et de tension. Les médias nationaux affluaient, les habitants se divisaient entre honte, colère et incompréhension, tandis que la communauté LGBT américaine faisait du drame de Shepard un symbole de la lutte contre les crimes haineux.

Lorsque les procès se sont ouverts, la stratégie de la défense a consisté à présenter les accusés comme des jeunes hommes immatures, influencés par la drogue et l’alcool, cherchant à se disculper partiellement en évoquant la « panique homosexuelle », un argument alors encore plaidé dans certaines juridictions. Le tribunal a rejeté cette thèse, considérant qu’aucune provocation ne pouvait justifier la barbarie des gestes commis.

Russell Henderson a choisi de plaider coupable afin d’éviter la peine de mort. Il a été condamné à deux peines de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Aaron McKinney, jugé séparément, a tenté de convaincre le jury de sa responsabilité amoindrie, mais les faits étaient accablants : les témoignages, les preuves forensiques et les reconstitutions ont révélé une scène d’une violence inouïe. Devant la gravité du crime, le jury a également retenu la culpabilité pleine et entière. Après des négociations avec la famille Shepard, soucieuse d’éviter une exécution qui n’aurait fait qu’entretenir la haine, le ministère public a renoncé à la peine capitale. McKinney a lui aussi été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération.

L’affaire Shepard a profondément marqué les États-Unis et transformé le débat public sur les crimes haineux. Elle a conduit, plus d’une décennie plus tard, à l’adoption du Matthew Shepard and James Byrd Jr. Hate Crimes Prevention Act, promulgué en 2009, qui étend la définition fédérale des crimes motivés par la haine à ceux fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Aujourd’hui encore, Russell Henderson et Aaron McKinney purgent leur peine dans des établissements pénitentiaires du Wyoming.


Demande de réduction de peine de Russell Henderson

En 2024, l’un des meurtriers de Matthew a demandé au Tribunal une libération anticipée. Plus de vingt-cinq ans après le drame, l’affaire continue de faire écho jusque dans les couloirs de la justice du Wyoming. Russell Henderson, l’un des deux meurtriers de Matthew Shepard, a récemment demandé une commutation de peine, espérant voir allégée sa double condamnation à perpétuité. Mais la Commission des libérations conditionnelles du Wyoming a rejeté sa requête, confirmant ainsi qu’il demeurera derrière les barreaux pour au moins cinq années supplémentaires.

Henderson, aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, a déjà purgé vingt-cinq ans de prison pour l’un des crimes les plus odieux de l’histoire récente américaine. Selon Margaret White, directrice exécutive de la Commission, l’instance a examiné la demande conformément à ses politiques avant de décider de ne pas la transmettre au gouverneur, ce qui met fin au processus.

La législation du Wyoming permet aux détenus purgeant une peine à vie de présenter une demande de commutation — c’est-à-dire une réduction de peine — tous les cinq ans, à condition d’avoir déjà purgé au moins dix années d’incarcération. On ignore si Henderson avait déjà formulé une telle requête auparavant, mais ce n’est pas la première fois qu’il cherche à obtenir un allègement de sa peine. En 2004, il avait déposé, par l’intermédiaire de son avocat, une demande de révision post-condamnation, affirmant ne pas avoir été correctement informé de ses droits d’appel au moment de son plaidoyer de culpabilité. Cette tentative, comme la plus récente, s’était également soldée par un refus.

Ainsi, plus d’un quart de siècle après le meurtre de Matthew Shepard, la justice du Wyoming reste ferme : aucune indulgence ne sera accordée à ceux qui ont commis cet acte d’une brutalité inouïe.

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Gayglobe.net

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