
Roger-Luc Chayer (Image : Nuzolvence)
Résistance de la gonorrhée aux antibiotiques : un phénomène mondial en progression
Depuis plusieurs années, on observe d’importantes résistances de la gonorrhée à la plupart des antibiotiques traditionnellement utilisés pour traiter cette infection transmissible sexuellement, pourtant très répandue à l’échelle mondiale.
Qu’est-ce qu’une résistance à un antibiotique ?
La résistance de la gonorrhée aux antibiotiques ne provoque pas de symptômes spécifiques distincts de ceux d’une infection « classique », ce qui constitue justement l’un des principaux enjeux cliniques. En pratique, elle se manifeste surtout par la persistance ou la réapparition des symptômes malgré un traitement adéquatement prescrit et suivi.
Une personne peut continuer à ressentir des écoulements urétraux, des brûlures à l’urine, des douleurs pelviennes ou testiculaires, des saignements anormaux ou des douleurs rectales et à la gorge lorsque ces sites sont infectés, alors que ces manifestations auraient normalement dû disparaître quelques jours après le début du traitement.
Complications possibles d’une gonorrhée résistante
Dans certains cas, les symptômes peuvent même s’aggraver ou évoluer vers des complications importantes, comme une inflammation plus marquée des organes génitaux ou une épididymite (infection des canaux autour des testicules) chez les hommes, traduisant l’échec du traitement initial.
Il arrive également que l’infection demeure sans symptômes tout en persistant, ce qui favorise la transmission et retarde le diagnostic de la résistance. C’est pourquoi, en présence de symptômes qui ne régressent pas ou qui réapparaissent rapidement après un traitement, les médecins suspectent une possible résistance, procèdent à des cultures avec antibiogramme lorsque cela est possible et ajustent la prise en charge en conséquence.
Gonorrhée résistante et risque de septicémie
Malheureusement, la résistance à la gonorrhée peut aussi évoluer vers une septicémie. Une gonorrhée résistante aux antibiotiques peut persister dans l’organisme lorsque le traitement est inefficace, ce qui permet à la bactérie de se multiplier et de se disséminer. Dans certains cas, l’infection peut alors évoluer vers une gonococcie disséminée, une forme invasive où la bactérie passe dans la circulation sanguine. Cette dissémination peut entraîner une bactériémie, communément assimilée à une septicémie, avec des manifestations systémiques telles que fièvre, frissons, douleurs articulaires importantes, lésions cutanées ou atteintes articulaires infectieuses.
La septicémie au sens strict, c’est-à-dire une réponse inflammatoire généralisée potentiellement grave liée à la présence de la bactérie dans le sang, reste exceptionnelle, mais elle constitue une complication reconnue lorsque la gonorrhée n’est pas traitée efficacement.
La recherche perpétuelle d’un nouvel agent évitant les résistances
Depuis plus de quarante ans, les laboratoires médicaux, avec l’aide de nombreuses subventions gouvernementales et de centres de recherche universitaires, tentent de trouver une solution au problème de la résistance aux antibiotiques, alors même que les cas de gonorrhée se multiplient chaque année et atteignent des records, particulièrement au sein des populations plus jeunes.
Cette forte augmentation résulte de deux facteurs concomitants, soit la diminution des pratiques de protection et le refus de porter le condom, combinés à la propagation de souches de gonorrhée résistantes et souvent asymptomatiques, c’est-à-dire sans symptômes apparents.
Arrive la zoliflodacine
La zoliflodacine est un nouvel antibiotique en développement conçu spécifiquement pour traiter la gonorrhée résistante, notamment les formes devenues résistantes aux traitements habituels. Elle agit en bloquant un mécanisme essentiel à la survie de la bactérie responsable de la gonorrhée, ce qui empêche celle-ci de se multiplier et permet à l’organisme de l’éliminer. Son mode d’action est différent de celui des antibiotiques actuellement utilisés, ce qui explique l’intérêt qu’elle suscite dans un contexte où les résistances se multiplient.
Cet antibiotique a été évalué dans des études cliniques montrant des résultats prometteurs, en particulier pour les infections génitales et rectales, avec l’avantage potentiel d’un traitement par voie orale.
Zoliflodacine et recommandations de Santé Canada
Même si la zoliflodacine vient d’être approuvée aux États-Unis et en Europe, elle ne l’est pas encore au Canada. Le médicament est actuellement à l’étude par Santé Canada, qui devrait rendre sa décision en cohérence avec celles des autres autorités réglementaires dans les mois à venir.
Entre-temps, Santé Canada recommande toujours le dépistage régulier, idéalement tous les trois mois pour les personnes sexuellement actives, le port du condom lors de toutes les relations sexuelles, y compris les relations buccales, avec ou sans pénétration, même en cas de simple frottement, ainsi qu’un traitement rapide dès l’apparition des premiers symptômes.
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