
Roger-Luc Chayer (Photo : Québec Solidaire (Ruba Ghazal) – Marche des Fiertés de Montréal 2026)
Hier se tenait à Montréal le défilé de Fierté Montréal 2026, point culminant de dix jours de festivités qui ont attiré environ 12 000 participants et un nombre encore plus important de spectateurs. Une édition particulièrement spectaculaire, qui s’est déroulée sans incident majeur et qui aura une fois de plus démontré la capacité de Fierté Montréal à mobiliser la population autour des réalités et des revendications LGBTQ+.
Mais au milieu de cette célébration, une image a rapidement retenu l’attention et suscité de nombreux commentaires critiques sur les réseaux sociaux : celle de membres de Québec solidaire, accompagnés d’Alexandre Boulerice, candidat du parti dans Gouin et ancien député fédéral du Nouveau Parti démocratique.
Poing levé, bracelet aux couleurs LGBTQ+ au poignet, M. Boulerice affiche tous les codes visuels d’une solidarité militante avec les communautés LGBTQ+. Pourtant, cette image soulève une question qui mérite d’être posée : au-delà des symboles et des apparitions publiques, quelle place concrète cette solidarité a-t-elle réellement occupée dans son parcours politique?
C’est précisément là que le malaise exprimé par certains internautes semble prendre racine. Pour plusieurs observateurs, le simple fait d’arborer les couleurs LGBTQ+ ou de lever le poing dans un défilé ne constitue pas, à lui seul, un bilan d’engagement LGBTQ+ envers les communautés concernées. La question devient alors celle des gestes posés, des interventions publiques, des prises de position et des actions personnelles concrètement menées au fil des années.
La présence d’un politicien à un défilé de la Fierté n’est évidemment pas condamnable en soi. Elle devient toutefois légitimement matière à discussion lorsque les symboles affichés paraissent plus visibles que le bilan que certains lui attribuent.
C’est peut-être ce décalage entre l’image projetée et le bilan que certains citoyens estiment pouvoir observer qui explique pourquoi cette photographie, pourtant banale en apparence, a provoqué autant de réactions.
À l’heure où les communautés LGBTQ+ font encore face à des enjeux bien réels, la question demeure entière : la solidarité politique se mesure-t-elle au nombre de bracelets portés et de poings levés, ou aux actions concrètes posées lorsque les caméras ne sont plus là?
Je tiens néanmoins à préciser que ce n’est pas tant la présence de M. Boulerice qui m’interpelle, ni même l’utilisation de nos symboles collectifs pour composer, à l’approche d’une élection, une image soigneusement calibrée de proximité avec les communautés LGBTQ+. Ce qui dérange davantage, c’est son association avec un parti que plusieurs Québécois jugent aujourd’hui déconnecté des réalités, des préoccupations et des sensibilités de la société québécoise.
Une question qui mérite d’être examinée de plus près, car derrière les images de circonstance et les slogans politiques, il y a les positions, les décisions et les actions concrètes. Et sur cette question, nous y reviendrons dans un prochain article.
Avant de vous livrer le résultat de mes recherches sur les actions concrètes menées par M. Boulerice, tant à titre de membre du NPD que sur le plan personnel, je tiens à souligner un élément qui me paraît particulièrement révélateur : Alexandre Boulerice a toujours refusé d’accorder une entrevue à Gay Globe. Je le mentionnais d’ailleurs déjà dans un article publié dans le magazine il y a environ treize ans (Édition #89).
Dans le Gay Globe Magazine no 89, publié il y a environ 13 ans, j’avais moi-même écrit qu’Alexandre Boulerice, alors député NPD de Rosemont, refusait d’accorder une entrevue à Gay Globe, que le média avait tenté d’obtenir une entrevue pendant plusieurs mois, et qu’il ne faisait pas non plus de mention de la Journée mondiale du sida depuis son élection. Le texte exprimait alors l’interprétation éditoriale selon laquelle cela démontrait un « inconfort possible » envers la question homosexuelle.
Plus largement, après avoir consulté les archives disponibles de 2011 à août 2026, je n’ai retrouvé aucune entrevue accordée par Alexandre Boulerice au magazine Fugues, malgré la présence importante de cette publication dans l’actualité politique LGBTQ+ montréalaise et malgré les nombreuses mentions de M. Boulerice dans ses pages.
Alexandre Boulerice a accepté au cours de sa carrière de nombreuses entrevues avec les grands médias québécois et canadiens, mais Gay Globe documente dès le début de son mandat une difficulté persistante à obtenir une entrevue avec lui. Malgré une présence ponctuelle de Boulerice dans Fugues, je n’ai jusqu’ici retrouvé aucune entrevue individuelle de celui-ci dans ce magazine.
Cette absence mérite d’être relevée, particulièrement lorsqu’on s’interroge sur la nature et la constance de ses relations avec les médias LGBTQ+ québécois.
Alexandre Boulerice : quelles ont été ses interventions politiques sur les questions LGBTQ+ au NPD?
Depuis son arrivée à la Chambre des communes en 2011, Alexandre Boulerice a pris position à plusieurs reprises sur des enjeux touchant les communautés LGBTQ+. Son bilan parlementaire montre toutefois une réalité plus nuancée que l’image d’un député ayant consacré l’ensemble de son action politique aux droits LGBTQ+. Ses interventions se concentrent surtout sur quelques dossiers précis : la discrimination envers les hommes gais et bisexuels, les thérapies de conversion, les droits des personnes transgenres et la santé des communautés LGBTQ2+.
Si on retire complètement le rôle parlementaire, les votes et les positions officielles du NPD, et qu’on cherche uniquement ce qu’Alexandre Boulerice a fait personnellement et concrètement auprès des personnes et organismes LGBTQ+, le bilan que je peux documenter est beaucoup plus limité.
Le geste personnel le mieux documenté est sa participation à des activités de Fierté Montréal.
En août 2021, Fugues rapporte qu’Alexandre Boulerice a participé à la marche de Fierté Montréal aux côtés de Jagmeet Singh. Le magazine le situe à la fin du cortège avec le chef du NPD.
Il existe également des traces de sa participation à la Fierté dans les années précédentes, notamment dans les communications entourant les défilés de Montréal. Mais il faut faire attention à ne pas transformer une présence à un défilé en militantisme personnel : être présent dans une marche politique constitue un geste de soutien et de visibilité, mais ne démontre pas à lui seul une implication soutenue auprès des organismes LGBTQ+.
Après cette recherche ciblée, je ne trouve pas de documentation comparable à celle que Fugues publie, par exemple, au sujet de Réal Ménard ou d’André Boulerice. Et cette comparaison est particulièrement instructive.
Fugues décrit pour Réal Ménard une implication personnelle dans la Coalition des minorités sexuelles du Grand Montréal et le Groupe de discussion pour hommes gais, puis une longue série d’actions politiques directement liées aux revendications gaies. Pour André Boulerice, Fugues documente notamment son implication ayant mené à l’union civile québécoise des couples de même sexe et son propre mariage avec son conjoint en 2004.
Je ne trouve rien d’équivalent pour Alexandre Boulerice.
Alexandre Boulerice a-t-il une véritable implication personnelle auprès des communautés LGBTQ+, au-delà de ses positions parlementaires? Il existe des gestes publics de soutien, notamment sa présence à la Fierté, mais je ne retrouve pas de parcours communautaire LGBTQ+ personnel comparable à celui d’autres politiciens québécois.
En voyant la photo du haut circuler hier, j’ai d’abord ressenti une profonde tristesse de voir nos symboles ainsi utilisés dans un contexte politique. Je me suis immédiatement demandé s’il ne pouvait pas s’agir d’une forme de pinkwashing politique (stratégie consistant à afficher publiquement son soutien aux communautés LGBTQ+ afin de projeter une image favorable, sans que cette démonstration corresponde nécessairement à un engagement concret et durable auprès de ces communautés).
La question est légitime, particulièrement lorsqu’on constate la présence relativement discrète d’Alexandre Boulerice, à titre personnel, au sein des communautés LGBTQ+ et l’absence, à ma connaissance, d’entrevues qu’il aurait accordées aux médias gais, notamment à Fugues et à Gay Globe. Mais les faits dont je dispose ne me permettent pas, pour l’instant, de franchir cette ligne et de conclure à du pinkwashing.
Il reste néanmoins une question qui mérite d’être posée : quelle place réelle Alexandre Boulerice accorde-t-il aux communautés LGBTQ+ lorsqu’il ne se trouve pas devant les caméras ou dans un contexte politique?
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