Élections Québec 2026 : La CAQ s’effondre, le Québec se recompose

Roger-Luc Chayer Journaliste et éditeur de Gay Globe Média. Actif depuis plus de 30 ans, il s’est imposé par une pratique journalistique rigoureuse, entre enquêtes, analyse et couverture de l’actualité LGBTQ+. Ancien président de l’Association canadienne des journalistes (section Montréal) et récipiendaire de la médaille du Jubilé de la Reine, il privilégie une information exacte, accessible et ancrée dans les enjeux de société.
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Roger-Luc Chayer (Image : Wikipédia)

Hier, le Québec est allé voter après 39 jours de campagne. Et, disons-le franchement, il était temps que ça se termine. Au fil des semaines, on a entendu beaucoup de promesses, beaucoup de déclarations et parfois franchement un peu n’importe quoi, particulièrement de la part de la Première ministre Fréchette.

Mais au bout du compte, les sondages n’étaient pas si loin de la réalité. Le Parti québécois formera le prochain gouvernement, même s’il devra gouverner en situation minoritaire.

Ce qui frappe surtout au lendemain du scrutin, c’est l’ampleur du coup de balai. Les cartes politiques ont complètement été rebrassées. Le Parti libéral du Québec devient l’opposition officielle et la CAQ, qui détenait encore une majorité à l’Assemblée nationale la veille, se retrouve sans aucun député élu. En quelques heures, un parti qui contrôlait le gouvernement disparaît pratiquement du paysage parlementaire québécois.

Il faut évidemment se demander comment on en est arrivé là.

Les dernières années n’ont pas été faciles pour le Québec. La gestion des finances publiques a suscité de nombreuses critiques, tout comme certains investissements et certaines décisions gouvernementales. Des sommes importantes ont été engagées dans différents projets, alors que des entreprises ayant reçu de l’aide de l’État ont aussi connu de graves difficultés financières.

Pendant ce temps, dans la vie de tous les jours, les problèmes sont toujours là. Se loger coûte cher. Le réseau de la santé demeure sous pression. L’éducation accumule les difficultés et les aînés continuent de réclamer davantage de soutien.

C’est probablement là que se trouve une partie de l’explication du résultat d’hier. Les électeurs ne votent pas seulement en fonction des grands discours politiques. Ils regardent aussi leur portefeuille, leur logement, leur accès aux soins et la qualité des services qu’ils reçoivent.

Le Parti québécois hérite maintenant d’un Québec qui attend des résultats. Gouverner en minoritaire ne facilitera évidemment pas les choses. Le nouveau gouvernement devra rapidement démontrer que le changement de parti au pouvoir peut aussi signifier un changement concret dans la vie quotidienne des Québécois.

Après 39 jours de campagne, le vrai travail commence maintenant.

Qui sont donc les joueurs actuels sur l’échiquier politique québécois?

Le Parti québécois formera le prochain gouvernement avec 59 députés élus, alors qu’il lui aurait fallu 64 sièges pour obtenir une majorité. Son statut de gouvernement minoritaire l’obligera à composer avec les autres partis qui comptent plus de cinq élus afin de faire avancer son programme, ce qui risque de rendre sa tâche particulièrement difficile. Paul St-Pierre Plamondon deviendra le nouveau premier ministre du Québec.

Le Parti libéral du Québec, dirigé par Charles Milliard, deviendra l’opposition officielle avec 40 députés, une nette progression pour la formation libérale. Il détiendra ainsi, par défaut, une position déterminante à l’Assemblée nationale dans le contexte d’un gouvernement minoritaire.

L’une des grandes surprises de cette élection est sans aucun doute l’entrée fracassante du Parti conservateur du Québec à l’Assemblée nationale. Son chef, Éric Duhaime, fait enfin son entrée au Parlement après plusieurs tentatives, et il n’arrive pas seul. Avec 19 députés élus, le Parti conservateur obtient le statut de parti politique officiel, une première dans son histoire. Cela lui donne accès à des ressources parlementaires, à des budgets et aux privilèges associés à ce statut. Avec une telle députation, le parti de Duhaime devient désormais un joueur incontournable dans le nouvel échiquier politique québécois. Dans un Parlement où aucun parti ne détient la majorité, ses 19 députés pourraient rapidement peser lourd dans les décisions du nouveau gouvernement.

Québec solidaire sort de cette élection sans le gain espéré. Avec neuf députés, la formation recule par rapport à la précédente législature, mais elle conserve tout de même une présence à l’Assemblée nationale. Ruba Ghazal reste aux commandes d’un parti qui devra maintenant retrouver son souffle dans un paysage politique complètement bouleversé. Avec un gouvernement minoritaire devant lui et plusieurs forces politiques désormais représentées au Parlement, Québec solidaire devra trouver sa place dans ce nouvel échiquier et démontrer qu’il peut encore mobiliser son électorat.

La Coalition avenir Québec est, de loin, la grande perdante de cette élection. Le parti de François Legault et de Christine Fréchette vient de subir une chute spectaculaire : aucun député élu, plus de groupe parlementaire et une disparition complète de l’Assemblée nationale. En l’espace d’un seul scrutin, la CAQ passe du gouvernement majoritaire à zéro député. Un effondrement politique aussi brutal change complètement la donne.

Il y a à peine quelques années, la CAQ dominait l’Assemblée nationale avec une majorité confortable. Aujourd’hui, elle n’y compte plus un seul représentant. C’est plus qu’une défaite électorale : c’est une véritable implosion politique. La question n’est donc plus de savoir quand la CAQ reprendra le pouvoir, mais si elle réussira simplement à se reconstruire et à redevenir une force crédible dans le paysage politique québécois.

Le Parti vert du Québec n’aura pas réussi à faire son entrée à l’Assemblée nationale. Avec à peine 0,28 % des voix, il termine l’élection sans aucun député et demeure largement en marge du nouveau paysage politique québécois.

Quelques résultats importants !

Dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, qui comprend notamment le Village gai de Montréal, c’est Roxane Milot, de Québec solidaire, qui a remporté l’élection, devant la candidate du Parti libéral du Québec. Philippe Schnobb, du Parti québécois, qui avait été présenté avant le scrutin comme l’un des candidats pouvant prétendre à la victoire, termine pour sa part loin derrière.

La campagne dans cette circonscription aura aussi été marquée par une présence particulièrement active sur les réseaux sociaux de Daniel Matte, un électeur du secteur qui a publiquement exprimé son appui à Philippe Schnobb. Cette activité a retenu mon attention comme journaliste et observateur de la scène politique locale. Il est légitime de se demander quelle portée réelle peuvent avoir de telles interventions dans une campagne électorale, mais il serait prématuré d’en tirer des conclusions quant à leur influence sur le résultat ou sur la campagne du candidat péquiste. Il s’agit donc d’un élément qui mérite d’être documenté et analysé davantage. Nous y reviendrons.

Dans Rosemont, Québec solidaire confirme sa présence avec l’élection de Gisèle Pouhe Njall, qui remporte la circonscription avec une avance confortable sur Pierre-Luc Brillant, du Parti québécois.

Mais c’est dans Gouin que le scénario est particulièrement intéressant. Alexandre Boulerice avait quitté la politique fédérale et le NPD pour tenter un nouveau départ sur la scène québécoise avec Québec solidaire. Il a joué le tout pour le tout et son pari est réussi : il fait son entrée à l’Assemblée nationale. Après des années à Ottawa, Boulerice amorce donc un tout nouveau chapitre de sa carrière politique, cette fois sur la scène québécoise.

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