Carle Jasmin
La nouvelle est récente, les journaux du Groupe Capitales Médias sont en faillite, ou sur le point de l’être, malgré une aide d’urgence du Gouvernement du Québec visant à assurer aux médias la possibilité de continuer leurs opérations, le temps de trouver une solution quelle qu’elle soit, à court terme du moins. Mais cette crise n’est pas simplement qu’au Québec, elle est mondiale.
Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l’Est sont les médias les plus récemment touchés par la situation. Depuis 5 ans, ce sont des dizaines de médias écrits qui ont cessé de publier faute de ressources, en invoquant souvent les réseaux sociaux, Facebook ou Google comme source de leurs tourments. Il n’y a pas que les grands agrégateurs de contenu qui font mal aux médias traditionnels, que dire de leurs dirigeants à l’esprit étroit et de certains syndicats qui revendiquent encore aujourd’hui, les mêmes privilèges que dans les années 70?
Dans une entrevue qu’il accordait au journal Le Devoir, le rédacteur en chef du guide gai «Fugues» disait en août: «N’évitant pas les pirouettes que demande la crise des médias, la publication doit aussi ajuster le tir dans son contenu journalistique. Tant qu’il y aura des lecteurs et que ce sera possible d’imprimer, on va le faire. Le corollaire du maintien du papier demeure la vitalité de la publicité, ce qui n’est pas une mince tâche pour Fugues.»
La suite est très ardue à prévoir pour Fugues, dit Yves Lafontaine. « Il y a dix ans, je pouvais me projeter deux ou trois ans en avant, mais là, c’est difficile ». Le Groupe Gay Globe ne vit pas cette crise au premier degré, loin de là «parce que le modèle de publication et de diffusion de notre groupe de presse est déjà avant-gardiste depuis au moins 20 ans», déclare l’éditeur Roger-Luc Chayer qui a mis en place bien avant les autres médias, une structure permettant la publication du contenu du magazine papier en PDF, par abonnements électroniques et sur le fil de presse trilingue, Le Point!
Et il y a la question des syndicats et des associations comme la FPJQ qui n’ont jamais été capables de s’adapter aux nouvelles réalités, en punissant les éditeurs web du début à des décisions éthiques négatives, alors qu’ils résistaient à l’arrivée de nouvelles technologies de diffusion. «Quand un syndicat qui prétend protéger ses membres et travailleurs en vient à faire des demandes d’un autre temps, tant sur le plan salarial que pour les avantages sociaux, c’est là que la crise a commencé à faire mal. Les médias ont vécu sur du temps emprunté, à crédit et avec l’espoir de voir la mode Internet s’effacer, et c’est le contraire qui est arrivé», déclare Roger-Luc Chayer qui est responsable à lui seul de la mise en page du magazine papier, des services web, du PDF et du traitement des images pour le Groupe Gay Globe. «C’est l’arrogance des patrons et des syndicats qui place ces médias en faillite, jamais l’efficacité!», conclut Chayer.