
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Je vais traiter aujourd’hui d’un sujet dont on ne parle jamais, ni dans les médias gays ni dans les médias généralistes. D’une part parce qu’il implique des parties de l’anatomie dont on n’est guère à l’aise de parler, d’autre part parce qu’il constitue, pour beaucoup de personnes, un élément de stigmatisation que les homophobes et les haineux propagent largement sur les réseaux sociaux, même si les faits qu’ils avancent sont trop souvent faux.
Il s’agit de la fissure anale, un accident qui survient plus souvent qu’on ne le pense, autant chez les hommes que chez les femmes qui apprécient cette partie de leur anatomie dans le cadre de leurs relations intimes. Avouez que c’est bien dit, quand même !
Certaines personnes, hommes ou femmes, qu’elles soient homosexuelles ou hétérosexuelles, découvrent dans cette région de leur anatomie des sensations sensiblement différentes de la sensualité habituelle. Cette dernière passe généralement par les organes génitaux, les caresses, les baisers, les massages, les câlins et les autres formes de relation intime.
Pourtant, même si certains homophobes et individus haineux se présentant comme hétérosexuels affirment, dans des termes vulgaires que je m’abstiendrai de reproduire ici, que tous les hommes gays utilisent systématiquement leur « numéro 2 » dans le cadre de leurs relations intimes, la réalité est tout autre.
Rapports anaux chez les hommes gays : que disent vraiment les chiffres ?
Quand on aborde la question des fissures anales, on se heurte rapidement à un autre sujet dont on parle encore moins clairement : la place réelle de la pénétration anale dans la sexualité des hommes gays. Pendant longtemps, j’ai entendu les mêmes affirmations grossières, souvent véhiculées par des gens qui n’y connaissent rien ou qui cherchent simplement à mépriser. « Tous les gays le font. » « La plupart sont passifs. » Des phrases qui circulent encore trop facilement, comme si elles relevaient de l’évidence.
Pourtant, dès qu’on regarde les études sérieuses, le tableau est bien plus nuancé.
D’abord, une précision essentielle : tous les hommes gays ne pratiquent pas (ni n’apprécient) les rapports anaux. Selon plusieurs enquêtes, environ 15 à 20 % d’entre eux déclarent ne jamais ou très rarement avoir de pénétration anale. Ils privilégient d’autres formes de sexualité : sexe oral, caresses, masturbation mutuelle, etc. La pénétration anale n’est donc pas une pratique universelle au sein de la communauté.
Parmi ceux qui en ont l’expérience, les préférences se répartissent de façon bien plus complexe que ne le laissent croire les clichés. Les études distinguent généralement trois grandes catégories : les tops (actifs), les bottoms (passifs) et les versatiles (ceux qui aiment les deux rôles).
Les chiffres varient selon les pays et les époques, mais plusieurs tendances se dégagent :
- Les tops exclusifs ou majoritaires représentent généralement entre 15 et 25 % des hommes gays.
- Les bottoms exclusifs ou majoritaires se situent le plus souvent entre 25 et 40 %.
- Les versatiles constituent le groupe le plus important, souvent entre 35 et 55 %.
En France, une enquête IFOP réalisée en 2018 auprès d’hommes attirés par les hommes apporte un éclairage intéressant. Parmi ceux déjà initiés sexuellement, 75 % avaient déjà été à la fois actifs et passifs au cours de leur vie. Au moment de l’enquête, environ 41 % se disaient majoritairement passifs, 28 % majoritairement actifs et 31 % strictement versatiles.
Ces données contredisent frontalement l’idée selon laquelle la quasi-totalité des hommes gays serait passifs. Elles montrent au contraire une grande diversité de préférences, et surtout une forte présence de la versatilité. Beaucoup d’hommes qui se définissent comme tops ou bottoms ont déjà expérimenté l’autre rôle, et certains le pratiquent occasionnellement selon le partenaire ou le contexte.
Il faut aussi rappeler que les préférences peuvent évoluer avec l’âge, l’expérience et la nature de la relation. Ce qui apparaît comme une identité sexuelle figée est souvent, dans les faits, plus souple qu’on ne le croit.
Malgré le plaisir, des accidents peuvent se produire
Même si une partie des personnes qui pratiquent cette forme de sexualité le font sans le moindre problème, un accident peut survenir. Le plus fréquent est la fissure anale, qui est non seulement extrêmement douloureuse, mais aussi souvent très longue à guérir. Une fois apparue, même après guérison, elle peut récidiver en raison de la fragilité de la muqueuse atteinte.
Qu’est-ce qu’une fissure anale, au juste ?
Une fissure anale, c’est une petite déchirure de la muqueuse qui tapisse l’anus. Rien de plus, rien de moins. Imagine une coupure fine, comme un papier qui se déchire, juste à l’intérieur du canal anal.
Le problème, c’est que cette zone est extrêmement sensible. Dès qu’elle se déchire, chaque selle (et parfois chaque rapport) devient douloureuse, souvent de façon intense. La douleur peut durer plusieurs heures après le passage. On peut aussi voir un peu de sang rouge vif sur le papier ou dans la cuvette.
La plupart des fissures se situent à l’arrière de l’anus (ligne médiane postérieure). Elles peuvent rester aiguës et cicatriser en quelques semaines… ou devenir chroniques, s’installer pendant des mois, et revenir facilement parce que la muqueuse reste fragilisée.
Ce n’est pas une maladie grave en soi, mais c’est l’une des causes les plus fréquentes de douleur anale chez les hommes qui ont des rapports anaux. Et quand elle s’installe, elle peut sérieusement gâcher la vie sexuelle et le quotidien.
Fissure anale : comprendre les traitements et savoir quand consulter
Une fissure anale peut sembler être un problème de santé relativement banal. Pourtant, cette petite déchirure de la muqueuse située à l’entrée de l’anus peut provoquer des douleurs particulièrement importantes, notamment au moment des selles et parfois pendant plusieurs heures après leur passage. Heureusement, plusieurs traitements permettent généralement d’en venir à bout sans avoir recours à la chirurgie.
La première étape consiste à favoriser la cicatrisation tout en évitant que la plaie ne se rouvre à chaque évacuation intestinale. Pour y parvenir, les médecins recommandent avant tout de régulariser le transit intestinal.
Des mesures simples qui peuvent faire une grande différence
L’alimentation joue un rôle essentiel dans le traitement. Une consommation suffisante de fibres, notamment par les fruits, les légumes et les céréales complètes, contribue à obtenir des selles plus souples et plus faciles à évacuer. Il est également important de boire suffisamment d’eau, généralement entre 1,5 et 2 litres par jour, selon les besoins et les restrictions médicales de chacun.
Lorsque l’alimentation ne suffit pas, des laxatifs doux peuvent être prescrits ou recommandés. Le macrogol, le lactulose et certains produits à base de fibres permettent notamment de faciliter le transit et de réduire les efforts de poussée. Ces mesures doivent parfois être maintenues pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, même après la disparition des symptômes, afin de limiter les récidives.
Le soulagement de la douleur constitue un autre aspect important du traitement. Le paracétamol peut être utilisé pour atténuer l’inconfort et certains anti-inflammatoires peuvent être envisagés lorsqu’ils ne présentent pas de contre-indications. Les bains de siège dans une eau tiède, pendant une dizaine à une quinzaine de minutes, plusieurs fois par jour et particulièrement après les selles, peuvent également apporter un soulagement appréciable.
Des crèmes anesthésiantes locales ou des produits lubrifiants peuvent aussi être proposés par un professionnel de la santé. Enfin, l’hygiène de la région anale doit rester douce : il est préférable d’éviter les savons irritants, les frottements vigoureux et les produits parfumés. Le séchage devrait se faire délicatement, en tamponnant plutôt qu’en frottant.
Dans le cas d’une fissure récente, ces seules mesures peuvent suffire à permettre une guérison en quelques semaines. Les taux de cicatrisation rapportés varient selon les études et les situations cliniques.
Lorsque la fissure persiste, des médicaments spécifiques existent
Certaines fissures deviennent chroniques ou provoquent des douleurs particulièrement intenses. Dans ces situations, le problème peut être entretenu par une contraction excessive du sphincter anal interne. Cette contracture réduit la circulation sanguine dans la région touchée et peut empêcher la plaie de cicatriser normalement.
Des traitements locaux peuvent alors être prescrits pendant une période généralement comprise entre six et huit semaines.
Parmi eux, on retrouve les pommades contenant des dérivés nitrés, comme le trinitrate de glycéryle. Elles contribuent à relâcher le sphincter et à améliorer la circulation sanguine locale. Leur efficacité est reconnue, mais elles peuvent provoquer des effets secondaires, notamment des maux de tête parfois suffisamment importants pour entraîner l’arrêt du traitement.
Le diltiazem et la nifédipine, deux médicaments appartenant à la famille des inhibiteurs calciques, peuvent également être utilisés sous forme de préparations locales. Ils offrent une efficacité comparable dans plusieurs situations et sont souvent mieux tolérés.
Une autre possibilité consiste à injecter de la toxine botulique dans le sphincter anal. Cette intervention provoque un relâchement musculaire temporaire, généralement pendant deux à trois mois, ce qui peut donner à la fissure le temps nécessaire pour cicatriser.
La chirurgie : une solution lorsque les autres traitements échouent
La chirurgie n’est généralement pas envisagée en première intention. Elle peut toutefois devenir nécessaire lorsqu’une fissure persiste malgré un traitement médical bien suivi pendant six à huit semaines ou davantage, ou lorsque les douleurs demeurent difficiles à contrôler.
L’une des interventions les plus connues est la sphinctérotomie latérale interne. Elle consiste à sectionner partiellement le sphincter interne afin de réduire sa tension et de favoriser la cicatrisation. Cette technique présente un taux de guérison élevé, souvent supérieur à 90 %. Elle comporte néanmoins un risque de troubles de la continence, généralement mineurs, mais qui doivent être discutés avec le chirurgien avant l’intervention.
La fissurectomie constitue une autre possibilité. Elle consiste à retirer les tissus de la fissure afin de permettre une nouvelle cicatrisation. Dans certains cas, cette intervention est accompagnée d’une anoplastie, une technique visant à reconstruire ou à améliorer les tissus de la région concernée.
Le choix de l’intervention dépend notamment de la situation clinique, de l’état du sphincter et des antécédents du patient.
Prévenir les récidives demeure essentiel
Même lorsque la douleur disparaît et que la fissure semble complètement guérie, il reste important de maintenir de bonnes habitudes intestinales. Une constipation persistante, des selles trop dures ou des efforts répétés à la toilette peuvent provoquer une nouvelle déchirure.
Il faut également éviter de banaliser une douleur anale persistante ou des saignements. Toutes les lésions de cette région ne sont pas nécessairement des fissures anales. Un examen médical permet de confirmer le diagnostic et d’écarter d’autres problèmes pouvant nécessiter une prise en charge différente.
La fissure anale est donc une affection généralement traitable, souvent sans chirurgie. La régularisation du transit, les soins locaux et, lorsque nécessaire, les médicaments adaptés permettent à une grande majorité de patients de retrouver un meilleur confort. L’essentiel est de ne pas laisser la douleur s’installer et de consulter lorsque les symptômes persistent.
Comprendre les risques
Lors des relations intimes impliquant une pénétration anale, les tissus doivent pouvoir s’adapter progressivement. Une préparation insuffisante, un manque de lubrification ou des mouvements trop brusques peuvent provoquer des microtraumatismes de la muqueuse.
Ces petites lésions ne sont pas toujours immédiatement douloureuses, mais elles peuvent évoluer vers une fissure plus importante lorsque les tissus sont soumis à de nouvelles contraintes avant leur récupération.
Il faut donc retenir un principe essentiel : aucune douleur ne devrait être considérée comme normale ou nécessaire au déroulement d’une relation intime.
La lubrification : une précaution fondamentale
Contrairement à d’autres régions du corps, la muqueuse anale ne produit pas naturellement une lubrification suffisante pour faciliter une pénétration. L’utilisation d’un lubrifiant adapté est donc particulièrement importante.
Il est préférable d’en utiliser une quantité généreuse et d’en remettre au besoin pendant la relation. Les produits à base d’eau ou de silicone peuvent convenir, en tenant compte de leur compatibilité avec les préservatifs utilisés. Les produits huileux peuvent notamment endommager certains préservatifs en latex.
Il faut également éviter les produits parfumés, chauffants ou anesthésiants qui pourraient irriter les tissus ou masquer une douleur signalant un traumatisme.
Prendre son temps et respecter les limites du corps
La progression doit être graduelle. Une pénétration trop rapide ou une intensité qui ne respecte pas les capacités d’adaptation des tissus peut provoquer des blessures.
La communication entre partenaires joue ici un rôle essentiel. Il faut pouvoir signaler immédiatement un inconfort, ralentir ou interrompre la relation sans pression ni gêne.
Un saignement, une douleur persistante ou une sensation de déchirure doivent être pris au sérieux. Il est préférable de suspendre les activités susceptibles de solliciter la région jusqu’à la disparition des symptômes et, si nécessaire, après une évaluation médicale.
La prévention ne se limite pas aux relations sexuelles. Une constipation chronique, des selles trop dures ou des diarrhées répétées peuvent fragiliser la muqueuse anale et augmenter les risques de fissure.
Une alimentation riche en fibres, une hydratation suffisante et une activité physique régulière contribuent à maintenir un transit intestinal équilibré.
L’hygiène intime doit également rester douce. Les savons agressifs, les produits parfumés et les frottements excessifs peuvent provoquer des irritations inutiles.
Que faire lorsqu’une fissure apparaît?
Lorsqu’une fissure est suspectée, il est important de ne pas poursuivre les activités intimes susceptibles d’aggraver la blessure. Même si la douleur semble diminuer rapidement, les tissus peuvent nécessiter davantage de temps pour cicatriser complètement.
Une consultation médicale permet de confirmer le diagnostic et de déterminer si des soins particuliers sont nécessaires. Il ne faut pas confondre une fissure anale avec d’autres affections pouvant provoquer des douleurs ou des saignements, notamment certaines infections ou maladies inflammatoires.
Les relations intimes entre hommes peuvent être pleinement satisfaisantes tout en accordant une place importante à la prévention et au respect du corps. La lubrification, la progression graduelle, la communication entre partenaires et l’attention portée aux premiers signes d’irritation sont des habitudes simples qui peuvent éviter bien des problèmes.
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