
Arnaud Pontin (Photo : https://www.tclf.org/)
On a beau aimer l’art et la culture, et se réjouir qu’un artiste adoré des Québécois puisse exposer une œuvre permanente à San Francisco — notamment une fontaine du nom de « Québec Libre » de l’artiste Armand Vaillancourt —, on ne peut tout de même pas affirmer fièrement que cette œuvre soit d’une grande beauté. En fait, selon les autorités municipales de San Francisco, il s’agirait plutôt d’une horreur dont il faudrait se débarrasser au plus vite.
Qui est Armand Vaillancourt ?
Armand Vaillancourt est un sculpteur, peintre et performeur québécois né en 1929 à Black Lake, reconnu pour son œuvre monumentale et son engagement farouche envers la liberté d’expression. Figure marquante de l’art contemporain au Québec, il s’est imposé par une approche militante et viscérale de la création, où chaque geste artistique devient un acte politique. Son œuvre la plus célèbre justement, Vaillancourt Fountain — aussi appelée Québec libre! —, installée à San Francisco en 1971, incarne sa volonté de lier art et message social en revendiquant l’émancipation des peuples et la résistance à toute forme d’oppression. Rebelle dans l’âme, il a souvent confronté le pouvoir et les institutions, refusant tout compromis avec les normes esthétiques ou morales. Son style, à la fois brutal et poétique, mêle matériaux industriels, gestes spontanés et inscriptions percutantes.
Une œuvre qui perturbe les San-Franciscains
Selon Philippe Granger de Radio-Canada, la célèbre fontaine Québec libre! d’Armand Vaillancourt, installée à l’Embarcadero Plaza de San Francisco depuis 1971, sera retirée à la suite d’un vote majoritaire de la Commission des arts de la ville. Considérée par plusieurs résidents comme une œuvre laide, dangereuse et coûteuse à entretenir, la sculpture suscite depuis longtemps le mécontentement. Les autorités municipales évoquent la présence d’amiante et de plomb, des risques sismiques et un non-respect des normes d’accessibilité. Le coût de la restauration, estimé à près de 29 millions de dollars américains, a convaincu plusieurs décideurs qu’il valait mieux la démonter et l’entreposer, un choix que le département des parcs et loisirs juge nécessaire pour des raisons de sécurité publique.
Malgré les protestations de la famille Vaillancourt et de plusieurs organisations artistiques qui voient dans l’œuvre un symbole de liberté et d’audace, la ville demeure ferme. Les opposants dénoncent une décision précipitée, influencée par des intérêts privés et un manque d’entretien volontaire ayant aggravé la détérioration de la fontaine. Pour les autorités, il s’agit avant tout d’une question de sécurité et de salubrité. Ainsi, Québec libre! est désormais perçue non plus comme un monument artistique, mais comme une structure encombrante, coûteuse et potentiellement dangereuse dont San Francisco préfère se défaire.
Engagement social et ouverture aux homosexuels
Il n’existe pas de trace documentée d’un engagement spécifique et constant d’Armand Vaillancourt sur la question homosexuelle, comme on en trouve chez d’autres artistes ou militants québécois des années 1970 et 1980. Cependant, plusieurs éléments de son parcours permettent de comprendre qu’il s’inscrivait dans une vision profondément libertaire et inclusive, qui rejoignait les luttes LGBTQ+ par affinité idéologique.
Vaillancourt a toujours prôné la liberté totale de l’être humain face aux normes sociales, religieuses ou politiques. Dans ses interventions publiques, il a souvent dénoncé la répression morale et le conservatisme de l’Église et de l’État, ce qui incluait implicitement le rejet des préjugés envers les homosexuels. Son œuvre, souvent marquée par l’exubérance, la sensualité et la révolte contre toute forme d’oppression, a aussi été interprétée comme une célébration de la différence et de la pluralité des désirs humains.
Il a également participé à plusieurs événements artistiques ou militants où la cause homosexuelle était présente, notamment dans le Montréal des années 1980 et 1990, où les milieux d’art contemporain et d’activisme social se croisaient fréquemment. Ses prises de parole publiques sur la liberté d’aimer et de créer sans censure ont souvent été citées par des artistes gais comme un écho à leurs propres luttes, même s’il n’en faisait pas directement un cheval de bataille.
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