
Opinion par: Roger-Luc Chayer (Image: Générée électroniquement ©Gay Globe)
L’un des logiciels les plus invasifs et dangereux s’apprête à faire son retour sur les ordinateurs du grand public, des entreprises et des gouvernements. Considéré par certains comme la «Gestapo» des logiciels espions, il revient sous des traits apparemment inoffensifs et candides. Ne vous fiez pas aux apparences: une fois installé, Microsoft Recall saura tout de vous !
Pourquoi comparer cet outil informatique, aux apparences pourtant inoffensives, à la Gestapo ? Parce qu’il reproduit, dans une version numérique, les méthodes de la célèbre police du Troisième Reich. Devenue tristement célèbre d’abord en Allemagne, puis dans toute l’Europe occupée, la Gestapo a semé la terreur par ses procédés implacables. Elle incarne l’arbitraire, la surveillance totale, et l’horreur du régime nazi. Police des esprits, elle s’appuyait sur un vaste réseau d’informateurs infiltrés dans toutes les couches de la population.
Recall est une fonctionnalité de Windows 11 qui prend une capture d’écran du bureau de l’utilisateur toutes les quelques secondes, puis utilise des modèles de langage de grande taille intégrés à l’appareil pour permettre à l’utilisateur de retrouver des éléments et des informations qui avaient précédemment été affichés à l’écran. Elle a été annoncée par Microsoft en même temps que l’intégration de GPT-4o dans Copilot et une interface utilisateur améliorée pour Windows 11. Le lancement de Recall a immédiatement suscité la controverse, des experts avertissant que cette fonctionnalité pourrait représenter une véritable « catastrophe » pour la sécurité et la vie privée — d’autant plus que, dans un premier temps, Recall était activé par défaut pour les utilisateurs. Ce tollé a poussé Microsoft à reporter son déploiement. L’entreprise a ensuite modifié Recall pour qu’il soit activé uniquement sur demande (opt-in) et a fourni des instructions pour le désinstaller.
Imaginez : un logiciel prend une capture de votre écran toutes les quelques secondes, peu importe ce que vous êtes en train de faire. Que vous naviguiez sur des sites LGBTQ+, consultiez du contenu pour adultes, gériez vos comptes bancaires, fassiez votre comptabilité, écriviez un chef-d’œuvre littéraire, ou soyez sur le point de découvrir un remède universel contre le VIH ou le cancer — Microsoft, par le biais de son logiciel espion tout à fait légal, photographiera chacun de vos faits et gestes, sous prétexte de vous aider à retrouver vos actions passées sur votre ordinateur. Il en va de même pour les systèmes informatiques des entreprises et des gouvernements, qui seront eux aussi photographiés à la seconde, 24 heures sur 24, sous des prétextes aussi fallacieux qu’odieux. N’est-ce pas là le Grand Frère ultime du roman 1984 de George Orwell, publié en 1949 ?
Pour protéger sa vie privée face à Recall, il faut d’abord comprendre l’ampleur de la menace: un outil qui capture l’écran à intervalles réguliers constitue une intrusion sans précédent. Désactiver la fonctionnalité dès son activation, limiter les connexions à un compte Microsoft et privilégier des systèmes d’exploitation alternatifs deviennent des gestes essentiels. Les utilisateurs doivent également renforcer le chiffrement de leurs données locales et surveiller les mises à jour logicielles susceptibles de réactiver Recall à leur insu. Dans un monde où la surveillance numérique progresse à visage souriant, la vigilance devient le dernier rempart de la vie privée et de sa réputation, sans parler des prédateurs et des fraudeurs.
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