AFP
ROME — Utiliser les antirétroviraux en prévention de l’infection au VIH serait « rentable en une dizaine d’années », a estimé dimanche Jean-Paul Moatti, professeur en économie de la santé (Inserm, Université de la Méditerranée).
En marge de la conférence scientifique internationale sur le sida, qui réunit à Rome à partir de dimanche soir quelque 5.500 experts, scientifiques et personnels de santé, le spécialiste français a indiqué que les financements pour la lutte contre le sida étaient à peu près à niveau.
« En 2010, on avait 16 milliards de dollars de financements, dont la moitié venait de l’aide internationale et l’autre moitié des gouvernements », a-t-il dit à l’AFP. Or, les estimations pour garantir l’accès universel aux antirétroviraux pour toutes les personnes atteintes, « c’est 22 milliards de dollars ».
« Avec une meilleure organisation, on peut faire des gains de productivité de 20% ». Il ne manque donc presque plus rien.
L’idée qui monte est de contrôler de mieux en mieux l’infection en utilisant le traitement comme prévention. « Cela ferait une hausse des dépenses dans des proportions contrôlables », estime le Pr Moatti.
« Selon les projections, si on fait un programme massif d’accès aux antirétroviraux, en dix ans il est rentable », souligne-t-il, puisque « le pays doit payer moins pour la santé, et perdre moins de jours de production car la personne n’est pas malade ». « Le problème économique principal du sida, dans les pays les plus touchés de l’Afrique sud-saharienne, c’est le gaspillage: on forme une génération productive, quand elle commence à rapporter, elle est malade ou elle meurt ».
Certes l’accès aux traitements risque de poser aussi « un problème comportemental : c’est le risque d’effet de désinhibition », de se croire complètement protégé et de ne plus faire attention, de ne plus utiliser de préservatif. « Mais les études nous disent que ce n’est pas le cas, et que les personnes bien prises en charge prennent moins de risques ».
Pour le Pr Moatti, il faut maintenant « passer des conditions idéales des études à la pratique à grande échelle ».
Il rappelle que c’est une session spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU qui avait, en 2001, lancé « toute la mécanique » des financements de la lutte contre le sida. En septembre, une nouvelle réunion de ce type portera sur les maladies chroniques (cancer, diabète, obésité…). « Le problème c’est comment dégager plus de financements pour les maladies chroniques sans limiter les fonds pour la lutte contre le sida? »