Roger-Luc Chayer
Il y a de ces drames historiques qui n’ont de cesse que quand on en parle pour les dénoncer, même 74 ans après. Le drame de la déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre mondiale est aussi teinté par une immense tristesse, d’autant qu’elle était considérée nécessaire par les nazis, vu l’immense danger que représentaient les homosexuels pour la race allemande.
Voici ce que disait d’ailleurs le chef nazi Himmler dans un discours le 18 février 1937: « Si j’admets qu’il y a 1 à 2 millions d’homosexuels, cela signifie que 7 à 8% ou 10% des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. À long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel… Un peuple de race noble qui a très peu d’enfants possède un billet pour l’au-delà : il n’aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et dans deux cents ou cinq cents ans, il sera mort… L’homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement; elle détruit l’État dans ses fondements. À cela s’ajoute le fait que l’homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs… Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique.» « II faut abattre cette peste par la mort.» Voilà pourquoi les guerres sont parfois nécessaires pour mettre fin à des idéologies extrêmes! Les hommes homosexuels, ou ceux que l’on considérait comme homosexuels du simple fait de leurs manières ou de comportements suspects, étaient arrêtés par la police des pays occupés et déportés vers des camps de concentration en Allemagne. Les Allemands eux-mêmes n’échappaient pas à ces arrestations. De 1935 à 1945, on estime qu’environ 10,000 hommes ont ainsi été enfermés, torturés et exécutés, jusqu’à ce que les armées alliées arrivent, libèrent l’Europe des nazis et provoquent la capitulation de l’Allemagne.
Les camps de concentration furent alors ouverts et les prisonniers, pris en charge par la Croix-Rouge ou des organisations civiles afin de leur permettre une réintégration dans leurs pays, mais aussi pour les soigner et leur redonner un peu de dignité. Oui, mais sauf pour les prisonniers homosexuels, car voyez-vous, l’homosexualité est restée un crime en Allemagne post-guerre et ce n’est qu’en 1969 que cet article du Code criminel nazi a été aboli en Allemagne de l’Ouest.
À la libération en 1945, il s’est donc produit un autre crime contre l’humanité, cette fois de la part des alliés. Les personnes ouvertement homosexuelles, plutôt que d’être traitées comme les autres prisonniers juifs ou tziganes, ont été transférés dans d’autres prisons, pour y purger une peine criminelle cette fois! Non seulement cette situation a été inhumaine pour les personnes homosexuelles d’Europe, longtemps après la guerre, elle démontrait un extrémisme qui n’existait même plus du côté du bloc soviétique. L’Allemagne de l’Est, sous contrôle de Moscou, avait aboli le crime d’homosexualité dès 1949. Ce n’est que bien plus tard que plusieurs états ont été amenés à statuer sur la reconnaissance de cette injustice et ont ouvert le droit d’obtenir réparation pour les dommages subis. Il est important d’en parler parce que les plus jeunes ne connaissent parfois pas l’origine de leurs droits actuels, qui résultent de terribles souffrances humaines que l’on peut encore observer au Brunei ou dans les pays envahis par les activités de Daesh, en 2019!