70- Première arme efficace contre le virus tueur il y a plus de 20 ans… Comment le sida a sorti l’AZT de l’oubli

Par Catherine Ducruet
Les Echos
Photo Savageminds.com

Développé pour bloquer la multiplication des cellules cancéreuses, l’AZT s’est révélé à la fois inefficace et toxique. En revanche, sa capacité à bloquer un des mécanismes de réplication du VIH en a fait le premier médicament contre le sida. Vingt ans avant de devenir le pionnier des thérapies contre le sida, l’AZT avait été conçu initialement pour combattre un autre fléau, le cancer. Les premières molécules d’azidothymidine (AZT) ont été synthétisées en 1964 aux Etats-Unis par Jérôme Horowitz, à la Michigan Cancer Foundation dans le cadre d’un projet de recherche financé par les National Institutes of Health (NIH), qui financent aux Etats-Unis la recherche publique en santé. La thèse d’une origine virale des cancers était alors à l’honneur. L’AZT avait donc été conçu comme une tentative.

Ce laboratoire est l’un des rares à avoir une recherche consistante en matière de virologie, un domaine alors fort peu rentable.

Si la piste de l’origine virale des cancers s’est « dégonflée » (on a découvert qu’ils ne jouaient un rôle que dans 10 à 20 % des cas), elle a fait progresser les connaissances en matière d’anti-viraux et justifie le réexamen du cas de l’AZT. Un test sophistiqué permet de démontrer qu’il détruit l’équivalent du VIH chez la souris.

Ce premier essai, qui inclut 19 patients fin 1985, montre que l’AZT permet de faire remonter le nombre de cellules CD4. Devant ces résultats encourageants, une nouvelle étude à plus grande échelle et contre placebo est lancée en juin 1986. Elle porte sur 282 patients.

En septembre 1986, après plus de huit semaines de traitement, il y a eu un décès dans le groupe de malades traités par AZT, contre 19 sous placebo, et 24 passages au sida « déclaré » dans le groupe traité par AZT contre 45 sous placebo.

La Food and Drug Administration donne l’autorisation de mise sur le marché en mars 1987. Mais la molécule se révèle extrêmement toxique et on doit recourir à des transfusions sanguines très fréquentes, en raison de l’anémie qu’elle provoque chez les patients.

Mais, surtout, un scandale éclate quand le groupe pharmaceutique fixe le prix du traitement à 10.000 dollars par an. Cette annonce cristallise la colère des patients qui créent le mouvement militant Act Up et organisent une première manifestation devant la Bourse de New York. Lorsqu’en 1989, les résultats d’un nouvel essai conduisent à élargir les critères de prescription et donc les revenus de Burroughs-Wellcome, des militants d’Act Up mènent à nouveau une opération commando à Wall Street, interrompant les transactions boursières pour attirer l’attention des médias. Le président de Burroughs-Wellcome, T.E. Haigler, est convoqué à une audition du Congrès américain et sommé de justifier le prix du médicament. Peu de temps après, à la suite d’une réduction des doses administrées et à une baisse du coût de production, le prix du traitement est divisé par quatre.