Séronet
Une étude américaine, présentée à la Croi (Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections), a évalué le « risque au cours de la vie » d’être infecté par le VIH. Ces résultats mettent en exergue de sévères disparités, reflets des inégalités en fonction de l’orientation sexuelle, du genre ou des origines face à l’épidémie.
Statistiquement, un Noir américain a sept fois plus de probabilité de découvrir sa séropositivité pour le VIH au cours de sa vie. S’il est gay, le risque d’être diagnostiqué positif au VIH atteint 50 %. Les chiffres du Centre des contrôles des maladies américain, présentés le 23 février dernier, sont accablants à propos de cette double peine. Dans son exposé, la chercheure Kristen Hess a détaillé les écarts abyssaux selon les communautés vivant aux États-Unis. Elle s’est fondée sur la méthode du « risque au cours de la vie » (lifetime risk, en anglais), qui additionne les probabilités d’acquisition d’une maladie, à partir de différentes sources de données. Cette technique de calcul est régulièrement utilisée pour le cancer, mais jusqu’alors assez peu usitée en épidémiologie du VIH. Un logiciel a combiné les chiffres très récents du système de surveillance des diagnostics VIH/sida des États-Unis, mais aussi des donnés sur la mortalité et des données du recensement des différentes populations, datant de 2009 à 2013. En découle une évaluation mathématique du risque de « 1 sur » au cours de la vie, qui peut aussi se découper par la suite en décennies. «Cet outil est utile pour les chercheurs, mais aussi pour les acteurs de terrain et les politiques, car facilement compréhensible pour le quidam», a expliqué Kristen Hess.
Et il permet d’illustrer assez simplement la violence des inégalités en matière de prévention et de risque de contamination dans les cinquante états américains. Alors que des études ont montré que les Noirs américains n’avaient pas plus de prises de risques sexuels que d’autres minorités aux États-Unis, ils sont le groupe le plus fortement vulnérable au VIH sur le long cours. Un homme noir américain sur vingt va devenir séropositif au cours de sa vie, contre un sur 138 chez les Américains blancs, soit sept fois plus. Les hommes hispaniques ont, eux, trois fois plus de risque de devenir séropositifs que leurs comparses blancs.
C’est aussi l’autre chiffre terrifiant à propos de la géométrie variable du risque de contamination chez les gays et bisexuels, qui, déjà eux-mêmes, sont une population 79 fois plus exposée que les hommes hétérosexuels. Si rien ne change, la moitié des gays noirs américains va être diagnostiquée séropositive au VIH au cours de leur vie.
C’est cinq fois plus que pour un homosexuel blanc, deux fois plus que les gays d’origine hispanique.
La couleur de peau et l’origine sont donc des marqueurs déterminants du niveau de l’exposition au risque chez les gays et bisexuels et viennent s’ajouter d’autres facteurs tels que l’homophobie, la forte prévalence et l’absence ou le manque d’accès aux outils de prévention. Plus étonnamment, l’impact de la géographie joue. Les chercheurs ont montré que le risque au cours de la vie était notablement plus élevé dans les états du sud et de la côte Est que dans les états du nord et du midwest. Mais les experts notent malgré tout une amélioration de la situation générale aux États-Unis. Par rapport à la dernière évaluation se fondant sur des données de 2004 et 2005, le risque d’acquisition du VIH au cours de la vie dans la population générale a reculé de 1 sur 78 à 1 sur 99.