FERMETURE DE SITES WEB

Roger-Luc Chayer

Il est de notoriété publique que l’Internet est devenu, depuis des années, la principale vitrine permettant aux escortes, aux souteneurs et aux agences d’offrir leurs services de prostitution et cela, en toute impunité.

Si je dis en toute impunité, c’est que la loi canadienne, comme celle des États-Unis, considère que la prostitution en général est une forme d’exploitation humaine et elle réprime sévèrement les personnes qui en font la promotion, de même que celles qui en tirent des revenus, notamment les souteneurs. Le Canada ne criminalise toutefois plus la prostitution comme telle, les autorités ne cherchent donc plus à arrêter les escortes, masseurs ou autres prostitués, tant qu’ils n’en font pas la promotion selon certains critères qui visent essentiellement à protéger les plus jeunes et les enfants ou les lieux publics.

Toutefois, c’est aux sites Internet que les autorités, particulièrement aux États-Unis, s’en prennent avec énergie et effectifs policiers importants. Pensons à l’exemple du propriétaire du site Rentboy.com, Jeffrey Hurant, qui a écopé d’une peine de 6 mois de prison en 2017 après avoir plaidé coupable à une accusation de faire la promotion de la prostitution en ligne. Son site a d’ailleurs été fermé depuis. Rentmen.com opère quant à lui à partir de Grande-Bretagne et utilise aussi un .eu (Union Européenne) pour se soustraire à la loi américaine. Pensons aussi au site Backstage qui a été fermé par le FBI récemment parce qu’en plus de vendre des autos et des meubles, il proposait la plus importante section de «rencontres thérapeutiques» ou carrément de services d’escortes déguisés en massage avec «options» +++ au monde.

Suite à ces interventions qui criminalisent directement les opérateurs de tels sites aux États-Unis, le populaire site Craigslist a décidé de suspendre volontairement tous ses services de rencontres, constatant le volume d’annonces consacrées aux services de prostitution. Craigslist souhaitant probablement ainsi éviter des accusations criminelles et sauver le reste de son site Web.

Au Canada, les autorités policières semblent vouloir s’activer aussi sur la question et certaines personnes liées de près ou de loin à des sites comme Gay411 ou le «chat» de Priape commencent à être nerveuses. Il y a de quoi! En inspectant les deux sites en question dans le cadre de la préparation de cet article, il a été facile d’y dénombrer, soit en temps réel, ou grâce à l’outil de recherche sur Gay411, des centaines de profils ou de connections offrant des services de «massages naturistes» ou carrément d’escortes! Pire, dans quelques cas, les personnes étaient carrément mineures et ne cachaient même pas leur âge entre 15 et 17 ans.

Est-ce que les responsables de ces sites Web savent ce qui s’y passe? Possible, ce n’est pas à moi de tirer de telles conclusions, mais les faits sont là! Il n’y a pas que ces deux-là non plus. En entrant dans Google une recherche spécifique avec «Montreal male escort», 744 résultats sont apparus. Il est évident que les autorités sont sur le point d’imiter leurs homologues américains et que des interventions policières sont possibles à court ou moyen terme. N’oubliez pas que selon la nouvelle loi, ce ne sont pas les escortes qui seraient alors visés, mais bien les sites qui leur permettent de faire la promotion de leurs services, et les clients qui les sollicitent via ces sites. C’est donc une affaire à suivre!

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