Roger-Luc Chayer
Un site Internet de rencontres gai montréalais publiait fin janvier un message plutôt inusité, en, anglais, qui disait: «J’ai acheté trop de PrEP et j’en aurais à vendre pour un mois si vous en voulez, hit me up»! Voilà un message extrêmement inquiétant qui nécessite qu’on explique exactement ce qu’est la PrEP et les conséquences pour ceux qui désirent en consommer sur le marché noir.
La PrEP, de son nom complet «prophylaxie pré-exposition» est un traitement préventif, en comprimés, contre le VIH. Il ne peut être utilisé que sous une stricte supervision d’un médecin spécialisé et n’est efficace que si tous les critères sont réunis comme la prise régulière et les analyses sanguines périodiques.
Il est à peu près impossible de se procurer trop de PrEP, comme le disait l’individu dans son annonce, puisque le médicament est très contrôlé tant par le médecin, le pharmacien et la Régie de l’Assurance-Maladie du Québec. Si cet individu s’est retrouvé avec un surplus d’un mois de comprimés, c’est soit qu’il a effectivement une prescription qu’il ne consomme pas pour faire de la contrebande, soit qu’il s’agit de fausse PrEP, de pilules fabriquées avec on ne sait quoi!
Dans tous les cas, le pire scénario peut être envisagé quand on assiste à un trafic de comprimés aussi puissants et aux conséquences aussi graves que vitales. Le vendeur passait son annonce dans un environnement de jeunes. Imaginez un jeune, qui a déjà entendu parler de la PrEP contre le VIH et qui décide d’en acheter quelques comprimés pour se protéger avant une relation sexuelle.
Évidemment, le vendeur ne lui dira pas, s’il s’agit du vrai médicament, que pour être efficace, il faut le prendre sous surveillance médicale pendant une certaine durée et non la veille d’une relation non protégée!!! Selon le site de la Clinique l’Actuel de Montréal, avant de prendre la PrEP, il faut subir un test de dépistage du VIH car en présence du virus, le médicament est inutile. On peut prendre le médicament pour une courte durée. Il faut alors prendre deux comprimés entre 2 et 24 heures avant une relation sexuelle à risque, puis 1 comprimé 24h et 48h après, on ne fait pas ça n’importe comment. Le jeune qui prendrait un comprimé avant une relation et qui se croirait protégé ferait une grave erreur, car même en suivant le traitement adéquatement, il n’est efficace qu’à 92%, dans les meilleures conditions.
Mais si ce même jeune s’approvisionne avec un faux médicament qui ne contiendrait que peu ou pas de molécules actives, il serait alors à risque de contracter un VIH très rapidement. Même chose pour celui qui deviendrait porteur du VIH sans le savoir, qui consommerait une fausse PrEp ou de la mauvaise façon. Ce dernier pourrait non seulement transmettre à des tas de gens son VIH, il pourrait aussi développer des résistances à la trithérapie une fois détecté.
Vendre de la PrEP de contrebande est un des actes les plus inconscient qui puisse exister. Quand on me dit «c’est pas pire que vendre du Fentanyl qui tue…». Oui c’est pire parce que si le jeune acquiert le VIH, il pourra le transmettre à de nombreuses personnes et briser des tas de vies, dont la sienne. Une telle contrebande doit être dénoncée à la police et surtout, il faut éviter de consommer le moindre médicament sans la supervision d’un médecin.