LES FAUX PAPIERS ACADÉMIQUES

Daniel DeMontigny

Depuis quelques années, nous sommes exposés à des idées et
des concepts qui peuvent sembler loin de la réalité compréhensible
de la grande majorité des gens. Ces concepts se propagent par les
réseaux sociaux, sont ensuite récupérés par les grands médias et
les activistes, et les politiciens en parlent sur leurs plates-formes
électorales comme étant la nouvelle réalité culturelle. Mais d’où
viennent ces idées?
Au cours des années 60 et 70, l’université s’est “libéralisée”, du
moins dans certains champs d’études comme la sociologie, le
féminisme et les “études gaies”. Aujourd’hui, la recherche dans
ces domaines remet en lumière, réinvente même, l’oppression des
femmes, des minorités sexuelles et raciales. Le tout baignant dans
une sauce marxiste et post-moderniste. En science, on utilise des
faits mesurables et reproductibles. La même rigueur est difficilement
applicable pour des concepts purement intellectuels, souvent
dénudés de faits mesurables. Comment s’assurer alors de la véracité
et de la pertinence d’un concept?
C’est ce que trois académiciens, James Lindsay, Peter Boghossian
et Helen Pluckrose, ont tenté de mettre à l’épreuve en soumettant
des hypothèses bidons, pour publication dans des journaux académiques
réputés, relativement à ce qu’ils appellent les “études de
griefs”. Selon le magazine digital Areo, les auteurs relatent que sur
vingt papiers soumis en une année, six ont été rejetés, sept avaient
été acceptés, dont quatre publiés en ligne, et sept autres étaient en
voie d’être publiés quand, finalement, un journaliste du Wall Street
Journal a tout dévoilé et mis fin à leur expérience. Les thèmes de
leurs articles fascinent : «Bodybuilding obèse», car les normes sociales
oppressives nous font vénérer l’entraînement des muscles au détriment des personnes obèses; «Féministe Mein Kampf», où
les auteurs auraient utilisé des passages du fameux livre d’Adolf
Hitler et changé quelques mots pour formuler une théorie féministe;
«Parc à chien», dans lequel il est exposé que les parcs pour
chiens sont des espaces qui supportent la “culture du viol”, ainsi
que l’oppression systémique des “chiens oppressés” par des
chiens mâles. Il est suggéré de “dresser” les hommes comme des
chiens pour supprimer leurs tendances naturelles envers la violence
sexuelle et l’intolérance. Ce dernier article aurait été choisi
par le journal comme étant un des douze articles phares pour
son 25e anniversaire! Il faut lire les commentaires positifs et les
conseils de rédaction des éditeurs et réviseurs pour comprendre
l’ampleur de l’arnaque.
Ces canulars ne font pas exception: un groupe de jeunes conservateurs,
Young America’s Foundation, produit chaque année une
liste informative, le “rapport de la comédie et de la tragédie” qui
compile, pour 2018-2019, une liste de 250 cours offerts dans les
50 universités les mieux cotées aux États-Unis. En regardant cette
liste, on apprécie le titre donné à ce rapport: la comédie représente
les titres et descriptions de ces cours, et la tragédie, c’est qu’il en
coûte de 20,000 à 80,000 dollars par année pour fréquenter ces
universités à temps plein!
Les auteurs ont démarré ce projet pour comprendre et exposer la
réalité de ces théories de la victime qui, selon eux, empoisonnent
la recherche académique et la société. Mais surtout, ils espèrent
que cette histoire permettra à ceux qui s’intéressent à une vraie
justice sociale de se lever et dire «Non, je n’accepterai pas ça!
Vous ne parlez pas pour moi!»

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