Université de Montréal
Des études par imagerie menées au Centre de recherche du
CHUM tendent à démontrer que les personnes infectées par le VIH
seraient plus à risque d’être atteintes de troubles cardiovasculaires.
Grâce à la nouvelle génération de médicaments antirétroviraux, les
personnes atteintes par le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH) ont désormais une espérance de vie prolongée, sans que leur
état évolue vers le syndrome d’immunodéficience acquise (sida).
Toutefois, des études en cours effectuées au Centre de recherche du
Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) au moyen
de différentes méthodes d’imagerie tendent à montrer que certains
problèmes médicaux liés au vieillissement – dont l’athérosclérose
– apparaissent plus tôt et seraient plus graves chez les individus
infectés par le VIH. Au sein de diverses équipes multidisciplinaires,
des chercheurs et spécialistes du CRCHUM s’affairent à découvrir
les mécanismes à l’origine de ces troubles cardiovasculaires chez
ces patients afin de trouver de nouvelles avenues de traitement.
Ensemble, ils contribuent à une étude de cohorte prospective dirigée
par les Dres Madeleine Durand, interniste et épidémiologiste,
et Cécile Tremblay, microbiologiste et spécialiste du VIH. Amorcée
en 2011, cette large étude clinique menée à travers le pays s’intitule
«Cohorte canadienne VIH et vieillissement = Canadian HIV
and Aging Cohort Study» ou CHACS. Elle regroupe 850 participants
qui vivent avec le VIH et 250 sujets témoins.
Chargés d’analyser des images obtenues par tomodensitométrie
dans une sous-cohorte de la CHACS composée de 265 participants,
le Dr Carl Chartrand-Lefebvre et son équipe ont constaté que
le volume des dépôts de substance graisseuse (ou plaques athérosclérotiques) semble plus important dans les parois des artères
coronariennes chez les personnes touchées par le VIH en comparaison
de celles non infectées par le virus. «Il semble que le volume
de plaques athérosclérotiques exemptes de calcium visible à l’imagerie
est plus grand chez les individus contaminés par le VIH que
chez ceux qui ne le sont pas», précise le radiologiste et chercheur
du CRCHUM.
L’étude d’imagerie qu’il dirige à l’intérieur de la CHACS s’est déroulée
au cours des cinq dernières années au moyen d’un tomodensitomètre
multidétecteur synchronisé à l’électrocardiogramme
obtenu chez les participants. L’équipe de recherche, dont fait aussi
partie le Dr Samer Mansour, cardiologue au CHUM et chercheur
au CRCHUM, évalue également la portée clinique immédiate et à
plus long terme de ces données d’imagerie. Une analyse réalisée
par les étudiantes Irina Boldeanu et Manel Sadouni montre que les
plaques non calcifiées ont un volume significativement plus important
chez les individus vivant avec le VIH et soumis à la thérapie
antirétrovirale par comparaison avec les sujets témoins. Selon le
Dr Chartrand-Lefebvre, la plaque coronarienne non calcifiée pourrait
donc représenter «un substrat anatomique pouvant expliquer
l’incidence accrue d’infarctus du myocarde dans la population des
personnes infectées par le virus».
«Un objectif à moyen terme sera d’évaluer, dans une seconde série
d’examens par tomodensitométrie, de quelle façon vont évoluer les
plaques calcifiées et non calcifiées après quelques années de suivi
chez les participants atteints du VIH comparativement aux participants
sains», mentionne le chercheur. Quatre autres études par
imagerie sont menées simultanément à l’intérieur de la CHACS.