QUAND LE MÉDIA EST COMPLICE

Roger-Luc Chayer

AVERTISSEMENT: Le contenu de l’article qui suit peut blesser certaines personnes, minorités et communautés. Sa publication a été décidée afin d’attirer l’attention des lecteurs sur l’importance de l’éthique journalistique.

Le 20 avril 2020, le site Médiapart publiait un texte signé de l’écrivain français Bruno Painvin, dans lequel des propos absolument ahurissants étaient diffusés. En voici quelques extraits: «Une étude très sérieuse réalisée par un scientifique, le docteur Bruce Bagemihl, biologiste, sexologue et linguiste canadien né en 1962, démontre que les comportements homosexuels – des comportements déviants ou pathologiques, en tout cas moralement répréhensibles – concernent près de 1500 espèces d’animaux», «Comme si le Cov-Sars-2 ne lui suffisait pas, c’est la chauve-souris qui a le taux le plus élevé d’homosexualité!», «La girafe arrive en deuxième position (mais on la voit venir de très loin), suivent dans l’ordre les lions, les buffles, les ours, les renards, les gorilles et les zèbres…on remarquera dans cette liste d’animaux dont les mœurs décidément laissent à désirer que la plupart vivent sur le continent africain, une vaste région sauvage où se reproduisent une effrayante (sur)population de noirs. Musulmans, est-il bien nécessaire de le préciser?», et, parlant des chauves-souris, «Nous sommes donc en présence d’un animal dangereux, voire belliqueux, agile, capable de voler à très basse altitude, de nuit, en rase-motte pour éviter la détection radar ou surprendre la lutte antiaérienne au sol, un mammifère furtif. Noir, est-il besoin le rappeler ? Et homosexuel, ne l’oublions pas. Une bête sournoise par excellence. Et rancunière comme nous le verrons.». Et le texte se poursuivait ainsi pendant plusieurs autres paragraphes, pour se conclure avec une recommandation d’aller voir le film « Las Vegas parano ».

Évidemment, nul ne peut rester insensible à de tels propos qui sont non seulement haineux, homophobes et racistes, ils sont proscrits par les lois criminelles tant en France qu’au Canada. Peu importe l’explication de son auteur, aucune mention expliquant un éventuel cynisme n’était faite par son auteur ou le média, autrement que de dire qu’il s’agissait de «l’édition de la mi-journée».

Il n’en fallait pas plus pour que l’ex-Président de l’Association Canadienne des Journalistes du chapitre de Montréal et fervent d’éthique journalistique en moi ne contacte rapidement Médiapart pour dénoncer cette publication. Plutôt que de s’offusquer aussi des propos publiés sous sa bannière commerciale, la rédaction m’envoyait un bel exposé sur la liberté d’expression dont voici un extrait: «L’auteur a retiré son billet. Ce billet de blog ne provient pas de la rédaction de Médiapart. C’est un billet de blogue d’un·e abonné·e de Médiapart. Chaque auteur.e est entièrement responsable des contenus qu’il·elle publie. La modération s’effectue exclusivement a posteriori, le principe de base restant la liberté d’expression d’abord.» Alors là, elle est forte celle-là!

Tous les médias ont la responsabilité civile, criminelle et professionnelle de ce qu’ils publient, surtout si la publication enfreint les lois. Est-ce qu’il serait acceptable d’appeler au meurtre contre une minorité culturelle, si le message était publié en invoquant la liberté d’expression? Bien sûr que non. Médiapart a lamentablement failli dans son rôle de professionnel de l’information et n’importe quel fou pourrait conclure que le journaliste a raison et s’en prendre physiquement aux homos, aux noirs ou aux musulmans! Cette affaire ne doit pas en rester là… Et en passant, non, l’auteur n’avait pas retiré son billet suite à la réception du courriel de Médiapart!

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