Vendredi soir au Destination. Le vidéoclip de Madonna vient de céder la place à celui de Britney Spears. De nombreux jeunes hommes ont le sourire aux lèvres. Oui, il y a une vie gaie à Pékin. À 23h, la discothèque, avec ses trois bars distincts, est pleine. Comme elle l’est plus souvent qu’autrement les vendre- dis et samedis soirs. Il y a à peine sept ans, tout ce beau monde aurait été considéré comme des « malades mentaux ». C’est en effet seulement en 2001 que l’Association chinoise de psychiatrie a rayé l’homosexualité de sa liste des maladies mentales. Reculez encore de quelques décennies, et ce sont les fiers-à-bras de Mao qui, pendant la révolution culturelle, ciblaient les gais, considérés comme de « mauvais éléments » par l’auteur du petit livre rouge.
Ce sentiment de plus grande liberté sexuelle, plusieurs ho- mosexuels chinois en font état : les bars sont pleins (et pas seu- lement d’Occidentaux de pas- sage), des saunas ont vu le jour et les policiers semblent avoir trouvé d’autres chats à fouetter.
Que s’est-il passé? M. Zhang a sa petite idée là-dessus : « Avec l’arrivée d’étrangers dans la ville, les Pékinois sont plus ouverts à de nouvelles choses, à des cho- ses différentes. » Internet y est sans doute pour quelque chose, ont dit quelques-uns d’entre eux, parce qu’ils ont pu y constater, souvent à l’adolescence, qu’ils n’étaient pas seuls au monde. Un constat qu’ont également fait les auteurs d’une étude récente sur les gais de Shanghai.
Matthew, lui, s’est ouvert à sa mère, qui habite dans une pro- vince au sud de Pékin. « Ce fut un choc pour elle, dit-il, mais tout ce qu’elle souhaite, c’est mon bonheur. » Et maintenant, c’est maman qui sent la pression de ses propres frères et soeurs. Ils veulent savoir à quel moment ils seront invités aux noces de son fils parti vivre dans la grande ville.