54- Pékin sort du placard

Vendredi soir au Destination. Le vidéoclip de Madonna vient de céder la place à celui de Britney Spears. De nombreux jeunes hommes ont le sourire aux lèvres. Oui, il y a une vie gaie à Pékin. À 23h, la discothèque, avec ses trois bars distincts, est pleine. Comme elle l’est plus souvent qu’autrement les vendre- dis et samedis soirs. Il y a à peine sept ans, tout ce beau monde aurait été considéré comme des « malades mentaux ». C’est en effet seulement en 2001 que l’Association chinoise de psychiatrie a rayé l’homosexualité de sa liste des maladies mentales. Reculez encore de quelques décennies, et ce sont les fiers-à-bras de Mao qui, pendant la révolution culturelle, ciblaient les gais, considérés comme de « mauvais éléments » par l’auteur du petit livre rouge.
Ce sentiment de plus grande liberté sexuelle, plusieurs ho- mosexuels chinois en font état : les bars sont pleins (et pas seu- lement d’Occidentaux de pas- sage), des saunas ont vu le jour et les policiers semblent avoir trouvé d’autres chats à fouetter.
Que s’est-il passé? M. Zhang a sa petite idée là-dessus : « Avec l’arrivée d’étrangers dans la ville, les Pékinois sont plus ouverts à de nouvelles choses, à des cho- ses différentes. » Internet y est sans doute pour quelque chose, ont dit quelques-uns d’entre eux, parce qu’ils ont pu y constater, souvent à l’adolescence, qu’ils n’étaient pas seuls au monde. Un constat qu’ont également fait les auteurs d’une étude récente sur les gais de Shanghai.
Matthew, lui, s’est ouvert à sa mère, qui habite dans une pro- vince au sud de Pékin. « Ce fut un choc pour elle, dit-il, mais tout ce qu’elle souhaite, c’est mon bonheur. » Et maintenant, c’est maman qui sent la pression de ses propres frères et soeurs. Ils veulent savoir à quel moment ils seront invités aux noces de son fils parti vivre dans la grande ville.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *