LGBT: L’isolation en région pèse lourd

Photo d'une rue de Trois-Rivières

Par: Roger-Luc Chayer

Photo: Trois-Rivières par Blogvoyages.fr

On parle souvent des avancées sociales et communautaires des personnes LGBT, et c’est un fait : l’accès aux services publics et communautaires n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui, même dans les régions éloignées. On peut se faire dépister pour les ITSS et le VIH/sida à peu près partout et, lorsque ce n’est pas possible, on peut recevoir gratuitement des kits de dépistage par la poste.

L’accès aux CLSC, aux travailleurs sociaux ou au soutien psychologique est également facilité grâce à des groupes communautaires sur place ou par vidéoconférence. Ces avancées sont le fruit des décisions politiques de la dernière décennie et des revendications des personnes LGBT.

Toutefois, un grand vide persiste et pèse lourd sur les personnes homosexuelles vivant en région : le manque d’espaces de socialisation. L’absence de bars et de commerces destinés à ces communautés en est un exemple frappant. Ce vide pousse de nombreuses personnes à devoir se déplacer à Montréal ou à Québec pour pouvoir vivre leur vie tout à fait normalement. C’est cette isolation sociale que les personnes LGBT souhaitent mettre en lumière auprès des décideurs.

Clément vit à Trois-Rivières et est à la retraite. Il a près de 70 ans, mais il est en excellente forme physique.

« Je n’ai aucun moyen de socialisation en tant qu’homme homosexuel à Trois-Rivières. Il n’y a aucun bar gai, et ce ne sont pas des groupes de discussion qu’il me faut, mais de l’action. J’aime être au cœur de l’action, et je dois aller à Montréal plusieurs fois par semaine pour assister à un spectacle de drag ou aller au sauna, simplement pour me retrouver avec les miens dans une ambiance animée ou pour discuter entre gais.

La distance est grande quand on fait l’aller-retour entre Trois-Rivières et Montréal deux à trois fois par semaine, alors que ce serait si simple de soutenir les salaires et l’emploi au sein de commerces gais en région, comme on le fait pour d’autres entreprises », explique-t-il. Il avoue que, avec l’âge, il devient plus difficile de se déplacer continuellement sur de longues distances. Il craint de se retrouver isolé et songe à vendre son condo pour s’établir à Montréal, mais il hésite beaucoup en raison de la crise du logement actuelle.

Manuel vit une situation similaire. À 78 ans, installé à Joliette, Manu s’ennuie beaucoup dans sa petite ville totalement hétéronormée. Il prend le bus trois à cinq fois par semaine pour se rendre dans le Village gai, manger une frite ici, prendre une bière là, et retrouver des amis au sauna.

« Chu tanné, comprends-tu ? J’m’ennuie là-bas. Je viens à Montréal, ça me remonte le moral. À Joliette, il y a toutes sortes d’activités pour les jeunes, les femmes, les associations, mais rien du tout pour les gais et les lesbiennes. Des fois, je regarde pour un petit logement dans le Village gai, mais je n’ai pas les moyens de me payer ces loyers », raconte, un peu impatient, l’homme qui dit qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps pour profiter de sa vie.

La plupart des gais vivant en région à qui nous avons parlé déplorent le manque d’activités de socialisation et de rencontres, alors que de telles initiatives existent pour d’autres groupes de la population. Pourtant, les élus disposent des budgets nécessaires pour les mettre en place. Il suffirait de les sensibiliser à cette réalité, et c’est ce que j’ai souhaité faire avec cet article. Merci à Clément et à Manu pour leur participation.

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