Bepirovirsen : un nouvel espoir majeur dans la lutte contre l’hépatite B chronique

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Roger-Luc Chayer ( Image : Explode / Shutterstock)

Hépatite B : une infection virale du foie souvent silencieuse

L’hépatite B est une infection du foie causée par un virus très répandu dans le monde, souvent méconnu parce qu’il peut évoluer de façon silencieuse pendant longtemps. Ce virus s’attaque au foie, un organe essentiel chargé notamment de filtrer le sang, de stocker l’énergie et d’aider à la digestion. Lorsqu’il est infecté, le foie peut s’enflammer, parfois sans provoquer de symptômes immédiats, ce qui explique pourquoi de nombreuses personnes ignorent qu’elles en sont porteuses.

Transmission de l’hépatite B : comment le virus se propage

La transmission de l’hépatite B se fait principalement par contact avec du sang ou des liquides biologiques contaminés. Elle peut survenir lors de relations sexuelles non protégées, du partage de matériel d’injection ou lors de soins médicaux non sécurisés. Contrairement à certaines idées reçues, elle ne se transmet pas par les gestes de la vie quotidienne comme se serrer la main, s’embrasser ou partager un repas.

Hépatite B aiguë et hépatite B chronique

Dans certains cas, l’organisme parvient à éliminer le virus naturellement après quelques mois. Mais lorsque l’infection persiste, on parle d’hépatite B chronique. Cette forme peut, avec le temps, entraîner des complications graves comme la cirrhose ou le cancer du foie, d’où l’importance du dépistage, même en l’absence de signes visibles. Fatigue persistante, jaunisse ou douleurs abdominales peuvent apparaître, mais ils ne sont ni constants ni systématiques.

Pourquoi les hommes gays sont davantage touchés

Si les hommes gays sont statistiquement plus touchés par l’hépatite B, ce n’est ni une question d’orientation sexuelle en soi ni une fatalité biologique, mais le résultat de plusieurs facteurs sociaux, médicaux et historiques qui se sont combinés au fil du temps. Le virus de l’hépatite B se transmet très efficacement par voie sexuelle, et certaines pratiques, notamment les rapports anaux non protégés, exposent davantage aux micro-lésions qui facilitent son passage dans l’organisme. Cela augmente mécaniquement le risque de transmission lorsque le virus circule dans un réseau donné.

À cela s’ajoute une réalité épidémiologique bien connue en santé publique : lorsqu’une infection est plus présente dans un groupe précis, chaque nouvelle exposition à l’intérieur de ce groupe comporte un risque plus élevé. Pendant des décennies, les hommes gays ont été insuffisamment ciblés par les campagnes de prévention hors VIH, et beaucoup ont découvert leur statut pour l’hépatite B tardivement, parfois par hasard, lors de bilans médicaux. Cette invisibilisation a contribué à maintenir une circulation silencieuse du virus.

Il faut aussi rappeler que les générations plus âgées d’hommes gays n’ont pas toujours bénéficié du vaccin, généralisé seulement à partir des années 1990 dans de nombreux pays. Avant cela, l’hépatite B était fréquente dans les communautés gays urbaines, souvent associée à d’autres infections sexuellement transmissibles, dans un contexte où l’accès à l’information et aux soins était parfois limité ou teinté de discrimination.

Vaccination contre l’hépatite B : une stratégie efficace

Dans les pays occidentaux, la vaccination contre l’hépatite B a été offerte dès les années 1990, souvent gratuitement, en ciblant notamment les hommes gays afin d’endiguer la propagation du virus, et cette stratégie a très bien fonctionné. La protection conférée par le vaccin est de longue durée. Dans mon cas, par exemple, j’ai été vacciné en 1997 et, lors d’une prise de sang de contrôle et de dépistage effectuée en 2020, une bonne présence d’anticorps était toujours détectable, signe que ma protection était encore assurée.

Quand l’hépatite B devient chronique

L’hépatite B n’est pas systématiquement chronique, mais elle peut le devenir dans certains cas. Lorsqu’une personne est infectée à l’âge adulte, le système immunitaire parvient le plus souvent à éliminer le virus spontanément en quelques mois. L’infection est alors dite aiguë et se résout sans laisser de séquelles durables, avec une immunité acquise par la suite.

En revanche, lorsque le virus persiste au-delà de six mois, on parle d’hépatite B chronique. Cette situation est plus fréquente chez les personnes infectées très tôt dans la vie, notamment à la naissance ou durant la petite enfance, car leur système immunitaire est moins apte à contrôler le virus. La forme chronique peut évoluer lentement et rester longtemps asymptomatique, tout en entraînant progressivement des atteintes du foie.

Recherche médicale : un nouvel espoir contre l’hépatite B

Bonne nouvelle : la recherche médicale avance plus vite que jamais sur de nombreux fronts et, en ce qui concerne l’hépatite B, un nouveau médicament expérimental montre d’excellents signes préliminaires.

Le bepirovirsen, un traitement expérimental prometteur

Selon GSK, une entreprise pharmaceutique internationale, l’hépatite B chronique constitue aujourd’hui un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Elle touche plus de 250 millions de personnes et représente la principale cause de cancer du foie dans le monde. Les traitements actuellement utilisés reposent essentiellement sur les analogues nucléos(t)idiques, qui permettent de contrôler la réplication du virus mais nécessitent le plus souvent une prise à vie. Malgré leur efficacité pour freiner la maladie, ces traitements conduisent rarement à ce que l’on appelle une guérison fonctionnelle, dont le taux ne dépasse généralement pas 1 %. La guérison fonctionnelle correspond à une situation où le virus n’est plus détectable dans le sang, avec une disparition durable de l’antigène de surface de l’hépatite B et une charge virale indétectable pendant au moins 24 semaines après l’arrêt d’un traitement de durée limitée. Cette situation permet au système immunitaire de contrôler seul l’infection, sans recours continu à des médicaments, et réduit fortement le risque de complications hépatiques et de mortalité.

C’est dans ce cadre que les essais cliniques B-Well ont suscité un intérêt majeur. Ces études ont montré que le bepirovirsen permettait d’obtenir des taux de guérison fonctionnelle statistiquement significatifs et cliniquement pertinents, nettement supérieurs au traitement standard seul. Les résultats sont particulièrement marqués chez les patients présentant un taux plus faible d’antigène de surface au départ. Le profil de sécurité et de tolérance observé est jugé acceptable et cohérent avec les études précédentes.

Selon Tony Wood, directeur scientifique de GSK, le bepirovirsen pourrait transformer les objectifs thérapeutiques pour les personnes vivant avec une hépatite B chronique. Pour la première fois, un traitement démontre la capacité d’induire une guérison fonctionnelle significative. En cas d’approbation par les autorités réglementaires, le bepirovirsen pourrait devenir le premier traitement de durée limitée, administré sur six mois, ouvrant la voie à une nouvelle ère dans la prise en charge de l’hépatite B chronique.

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