
(English below)
Opinion par/by Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Le monstre des Carpates n’est plus
Le monstre des Carpates n’est plus : Viktor Orbán, premier ministre de la Hongrie, a été renvoyé par le peuple hongrois hier à la suite du résultat d’une élection qui ne laissait aucun doute.
Résultats
Environ 53 % des voix pour Tisza contre ~38 % pour le parti d’Orbán
Environ 138 sièges sur 199 au parlement (majorité des deux tiers)
Participation très élevée : près de 80 %
Conséquences politiques
Cela signifie qu’avec plus des deux tiers des députés, le nouveau premier ministre pourra poser les gestes nécessaires pour réparer tout le mal qu’a causé Viktor Orbán au cours des 16 dernières années.
Critiques du gouvernement Orbán
Au fil des années, Viktor Orbán a fait l’objet de nombreuses critiques, tant en Hongrie qu’à l’international, notamment de la part de l’Union européenne.
L’un des reproches les plus récurrents concerne une dérive autoritaire. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Orbán a modifié la constitution et plusieurs lois fondamentales, ce qui a été perçu comme une manière de consolider durablement son pouvoir et d’affaiblir les contre-pouvoirs.
Il a aussi été vivement critiqué pour les atteintes à l’indépendance de la justice. Des réformes ont modifié le fonctionnement des tribunaux et la nomination des juges, suscitant des inquiétudes sur la séparation des pouvoirs.
La question de la liberté des médias est centrale. Sous son gouvernement, une grande partie des médias hongrois sont passés sous le contrôle de proches du pouvoir ou d’intérêts alignés sur celui-ci, ce qui a mené à des accusations de pluralisme réduit et de propagande.
Orbán est également accusé de clientélisme et de corruption. Plusieurs enquêtes et rapports ont pointé l’utilisation de fonds publics ou européens au profit d’oligarques liés à son entourage politique.
Sa politique sur l’immigration a été fortement controversée. Il a adopté une ligne très dure, notamment lors de la crise migratoire de 2015, avec la construction de barrières frontalières et un discours très hostile envers les migrants.
Sur le plan des droits civiques, son gouvernement a été critiqué pour des mesures jugées discriminatoires envers les personnes LGBTQ+, notamment des lois limitant la visibilité ou l’éducation liée à ces questions.
Position internationale
Viktor Orbán est devenu, avec le temps, tout le contraire de ce que l’Union européenne d’aujourd’hui voulait être. Allié de Vladimir Poutine, opposé à l’aide à l’Ukraine et proche de Donald Trump, Orbán était devenu un dirigeant autoritaire au cœur de la plus grande union démocratique au monde : l’Union européenne.
Similitudes politiques
Viktor Orbán, Donald Trump et Vladimir Poutine présentent certaines similitudes dans leur style politique et leur rapport au pouvoir, même si leurs contextes et systèmes politiques diffèrent fortement.
On observe d’abord une tendance commune à la personnalisation du pouvoir. Chacun, à sa manière, a construit une image de leader fort, centralisant l’attention et incarnant directement la direction politique du pays.
Leur discours s’inscrit souvent dans une logique nationaliste, valorisant la souveraineté nationale et se montrant méfiant à l’égard des institutions internationales, qu’il s’agisse de l’Union européenne ou d’autres alliances.
Ils partagent aussi un rapport conflictuel avec les médias traditionnels, accusés de partialité ou de désinformation, ce qui leur permet de mobiliser leur base en contournant les canaux classiques de communication.
Une autre similitude réside dans une tendance à affaiblir ou contourner certains contre-pouvoirs. Cela se manifeste de façon très marquée en Russie, plus progressive en Hongrie, et de manière différente mais débattue aux États-Unis.
Leur position sur l’immigration ou les questions identitaires est également comparable, avec un discours mettant de l’avant la protection de la culture nationale et des frontières.
Ils utilisent tous une communication directe, souvent percutante ou provocatrice, qui vise à marquer l’opinion publique et à dominer le débat politique.
Impacts sur les droits LGBTQ+
Les politiques de Viktor Orbán ont eu des impacts importants sur les droits et la visibilité des personnes LGBTQ+ en Hongrie, et ces mesures ont été largement critiquées en Europe.
Au cœur des reproches se trouve une série de lois adoptées depuis 2020, souvent perçues comme restrictives et stigmatisantes. L’une des plus controversées interdit la « promotion » de l’homosexualité et de la transidentité auprès des mineurs. Concrètement, cela a limité l’accès à l’éducation inclusive, à certains contenus médiatiques et aux campagnes de sensibilisation, créant un climat d’autocensure dans les écoles et les médias.
Le gouvernement a aussi modifié la constitution pour définir la famille de manière très restrictive, excluant de fait les couples de même sexe. Parallèlement, l’adoption a été fortement encadrée, rendant presque impossible l’adoption pour les couples LGBTQ+.
Une autre mesure marquante a été l’interdiction de la reconnaissance légale du changement de genre pour les personnes trans, ce qui a eu des conséquences directes sur leur vie quotidienne, notamment en matière d’emploi, de santé et de documents officiels.
Au-delà des lois, ces politiques ont contribué à un climat social plus difficile. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé une augmentation de la stigmatisation et un sentiment d’insécurité accru chez les personnes LGBTQ+. Le discours politique lui-même, souvent critique envers les questions LGBTQ+, a été perçu comme légitimant ces attitudes.
Ces décisions ont aussi entraîné des tensions avec l’Union européenne, qui considère que certaines de ces lois vont à l’encontre des valeurs fondamentales en matière de droits humains et de non-discrimination.
Déclaration du nouveau premier ministre
Le nouveau premier ministre élu, Péter Magyar, a déclaré dans son discours de victoire :« Nous voulons bâtir un pays où personne n’est persécuté parce qu’il pense différemment ou parce qu’il aime d’une manière différente des autres. »
Analyse politique internationale
La situation en Hongrie n’est pas le début d’un mouvement anti-MAGA puisqu’aux États-Unis, les élections récentes à plusieurs postes de fonctionnaires donnent les démocrates largement majoritaires. Comme il y aura une élection de mi-mandat en novembre au Congrès, il est fort possible que les démocrates s’emparent des deux chambres et commencent des procédures de destitution du président Donald Trump.
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The Carpathian Monster Is No More
The Carpathian monster is no more: Viktor Orbán, Prime Minister of Hungary, was dismissed by the Hungarian people yesterday following an election result that left no doubt.
Results
Around 53% of the vote for Tisza compared to ~38% for Orbán’s party
Around 138 seats out of 199 in parliament (two-thirds majority)
Very high turnout: nearly 80%
Political consequences
This means that with more than two-thirds of the deputies, the new prime minister will be able to take the necessary steps to repair all the damage caused by Viktor Orbán over the past 16 years.
Criticism of the Orbán government
Over the years, Viktor Orbán has been the subject of numerous criticisms, both in Hungary and internationally, particularly from the European Union.
One of the most frequent criticisms concerns an authoritarian drift. Since returning to power in 2010, Orbán has amended the constitution and several fundamental laws, which has been seen as a way to consolidate his power and weaken checks and balances.
He has also been strongly criticized for undermining judicial independence. Reforms have changed the functioning of courts and the appointment of judges, raising concerns about the separation of powers.
The issue of media freedom is central. Under his government, a large part of the Hungarian media has come under the control of individuals close to the government or aligned interests, leading to accusations of reduced pluralism and propaganda.
Orbán is also accused of clientelism and corruption. Several investigations and reports have pointed to the use of public or EU funds benefiting oligarchs linked to his political circle.
His immigration policy has been highly controversial. He adopted a very hard line, particularly during the 2015 migration crisis, including the construction of border fences and a strongly hostile rhetoric toward migrants.
On civil rights, his government has been criticized for measures seen as discriminatory against LGBTQ+ people, including laws limiting visibility or education on these issues.
International position
Viktor Orbán has, over time, become the opposite of what today’s European Union aimed to be. An ally of Vladimir Putin, opposed to aid to Ukraine, and close to Donald Trump, Orbán had become an authoritarian leader at the heart of the world’s largest democratic union: the European Union.
Political similarities
Viktor Orbán, Donald Trump, and Vladimir Putin share several similarities in their political style and relationship to power, even though their contexts and systems differ significantly.
First, there is a common tendency toward personalization of power. Each, in their own way, has built an image of a strong leader, centralizing attention and directly embodying political leadership.
Their rhetoric often follows a nationalist logic, emphasizing national sovereignty and showing distrust toward international institutions, whether the European Union or other alliances.
They also share a conflictual relationship with mainstream media, which they accuse of bias or misinformation, allowing them to mobilize their base while bypassing traditional communication channels.
Another similarity lies in a tendency to weaken or circumvent certain checks and balances. This is very pronounced in Russia, more gradual in Hungary, and different but debated in the United States.
Their stance on immigration and identity issues is also comparable, with a discourse focused on protecting national culture and borders.
They all use direct communication, often sharp or provocative, aimed at shaping public opinion and dominating political debate.
Impact on LGBTQ+ rights
Viktor Orbán’s policies have had significant impacts on the rights and visibility of LGBTQ+ people in Hungary, and these measures have been widely criticized across Europe.
At the center of criticism is a series of laws adopted since 2020, often seen as restrictive and stigmatizing. One of the most controversial bans the “promotion” of homosexuality and transgender identity to minors. In practice, this has limited access to inclusive education, media content, and awareness campaigns, creating a climate of self-censorship in schools and the media.
The government also amended the constitution to define family in a very narrow way, effectively excluding same-sex couples. At the same time, adoption rules were tightened, making adoption nearly impossible for LGBTQ+ couples.
Another major measure was the ban on legal gender recognition for transgender people, which has had direct consequences on daily life, including employment, healthcare, and official documents.
Beyond laws, these policies have contributed to a more difficult social climate. Several human rights organizations have reported increased stigmatization and a growing sense of insecurity among LGBTQ+ people. Political discourse itself, often critical of LGBTQ+ issues, has been seen as legitimizing these attitudes.
These decisions have also led to tensions with the European Union, which considers that some of these laws conflict with fundamental values of human rights and non-discrimination.
Statement by the new prime minister
The newly elected prime minister, Péter Magyar, said in his victory speech: “We want to build a country where no one is persecuted because they think differently or because someone loves in a different way to others.”
International political analysis
The situation in Hungary is not the beginning of an anti-MAGA movement, since in the United States, recent elections for several public offices show Democrats with a large majority. As there will be midterm elections in November for Congress, it is quite possible that Democrats will take control of both chambers and begin impeachment proceedings against President Donald Trump.
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