
Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)
L’aberration des subventions internationales et des aides économiques internationales accordées à certains pays dans le besoin ne tient plus la route lorsqu’on prend connaissance d’une réalité en particulier : dans plusieurs de ces États, l’homosexualité n’est toujours pas reconnue comme une orientation normale et continue d’être considérée, implicitement ou explicitement, comme une maladie mentale.
Plusieurs pays ayant ou ayant eu récemment des lois anti-homosexualité continuent de recevoir des aides économiques, aides humanitaires ou des prêts internationaux. Parmi les exemples les plus connus figure l’Ouganda, souvent cité parce que le pays a adopté certaines des lois anti-homosexualité les plus sévères au monde tout en demeurant fortement dépendant de l’aide étrangère et du financement international.
D’autres pays ayant reçu des aides ou financements internationaux malgré des lois anti-LGBTQ+ incluent notamment :
Nigeria
Sénégal
Pakistan
Ghana
Tanzanie
Zambie
Kenya
Arabie saoudite
Qatar
Émirats arabes unis
Dans plusieurs cas africains, les aides internationales proviennent de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de programmes européens, américains ou onusiens destinés à la santé, à l’éducation, aux infrastructures ou à l’aide alimentaire.
Le cas de l’Ouganda est particulièrement documenté. Après l’adoption de lois anti-homosexualité renforcées, certains pays comme la Suède, la Norvège ou le Danemark ont suspendu ou redirigé une partie de leur aide, tandis que d’autres programmes internationaux ont continué via des ONG ou des agences multilatérales.
D’où vient la logique d’aider financièrement des pays qui ne respectent pas les principes élémentaires de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) ?
La logique existe, mais elle n’est ni unique ni “moralement simple”. Elle repose surtout sur une séparation entre ce qu’un État fait politiquement et ce que l’aide internationale cherche à protéger concrètement.
Dans la pratique, des institutions comme l’Organisation mondiale de la santé, la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international n’accordent pas leurs financements sur une base de conformité globale aux “principes” dans leur ensemble, mais sur des objectifs ciblés : vacciner des populations, stabiliser un système de santé, éviter une crise économique, contenir une épidémie, financer l’accès à l’eau ou à l’alimentation.
L’idée centrale est pragmatique : même si un gouvernement viole certains standards (droits humains, égalité, etc.), la population, elle, reste dépendante de services de base. Couper toute aide internationale peut parfois aggraver la situation des citoyens sans forcément améliorer celle des droits fondamentaux — et peut même renforcer des régimes en place plutôt que les affaiblir.
Cela dit, il y a une tension réelle et très critiquée dans ce système. D’un côté, l’aide internationale permet de sauver des vies et de stabiliser des pays fragiles. De l’autre, elle peut donner l’impression de “tolérer” ou d’ignorer des violations graves des droits humains internationaux. C’est pour ça que certaines aides sont conditionnelles, partiellement suspendues, ou redirigées vers des ONG pour éviter de renforcer directement les gouvernements concernés.
Le président Barack Obama avait, à son époque, tenté de lier l’aide américaine internationale et le respect des droits humains et, en particulier, la reconnaissance des droits des communautés LGBTQ+.
Concrètement, sous l’administration Obama, les États-Unis ont intégré davantage les droits des personnes LGBTQ+ dans leur politique étrangère via le département d’État et l’USAID. Par exemple, des lignes directrices ont été émises pour que les programmes d’aide au développement tiennent compte de la protection des minorités sexuelles, notamment dans les domaines de la santé publique (VIH/sida), de l’accès aux soins et de la lutte contre la discrimination.
L’administration a aussi renforcé le discours diplomatique : les violations des droits LGBTQ+ pouvaient être soulevées officiellement lors de négociations bilatérales ou dans les forums internationaux, et certains programmes de coopération ont été réorientés ou suspendus lorsque des violations graves étaient constatées.
Les États-Unis ont financé directement des organisations de la société civile et des ONG locales travaillant sur les droits humains et les droits LGBTQ+, plutôt que de passer uniquement par les gouvernements, afin d’éviter que l’aide internationale ne soutienne indirectement des politiques discriminatoires.
Et qu’en dit l’OMS ?
La position de l’Organisation mondiale de la santé est claire et constante depuis plusieurs décennies : l’homosexualité n’est pas une maladie.
En 1990, l’OMS a officiellement retiré l’homosexualité de la Classification internationale des maladies (CIM), ce qui a marqué un tournant majeur dans la reconnaissance médicale mondiale. Depuis, elle est considérée comme une variation naturelle de la sexualité humaine et non comme un trouble mental ou une pathologie.
Sur le plan de la santé publique, l’OMS adopte une approche fondée sur les droits humains et la non-discrimination. Elle considère que les personnes LGBTQ+ doivent avoir un accès équitable aux soins de santé, notamment en matière de prévention et de traitement du VIH/sida, de santé mentale et de services médicaux généraux, sans stigmatisation ni discrimination.
Est-ce qu’il ne serait donc pas logique de lier l’aide financière internationale automatiquement au respect des droits des LGBTQ+ ?
L’histoire montre que les sanctions ou conditionnalités automatiques produisent des effets mixtes : dans certains cas, elles exercent une pression réelle; dans d’autres, elles renforcent les gouvernements en place ou poussent les États à se détourner des institutions occidentales sans amélioration des droits.
Il existe aussi une question de cohérence diplomatique. Les pays donateurs ont des intérêts multiples (sécurité internationale, migration, commerce, stabilité régionale) qui entrent parfois en tension avec une conditionnalité stricte et universelle.
Mais, à la base, il faut une volonté d’aller jusque-là, et nous sommes loin d’un tel désir de la part des pays occidentaux de lier directement l’aide internationale au respect des droits des communautés LGBT.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI