Les gays défilent à New Delhi

Lepoint.fr
Quand la « Queer Pride 201 » investit les rues de New Delhi, l’exubérance spectaculaire à l’occidentale n’est pas forcément de mise. Ce dimanche après-midi, sur l’avenue de Tolstoi Marg, beaucoup de participants portent des masques et parfois même des foulards noués autour du visage afin de cacher leur identité. Car au pays du Kama-Sutra, il faut paradoxalement du courage pour afficher ouvertement une orientation sexuelle encore tabou dans la société traditionnelle. « A bas l’homophobie en Inde », exigent les manifestants.

Le cortège bigarré n’en incarne pas moins un esprit festif et joyeux, rythmé par les danses et les percussions. Drapeaux, écharpes et grappes de ballons se déclinent aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la diversité dans les « Gay Pride » du monde entier. La communauté LGBT, Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels, est représentée cet après-midi par un millier de personnes. Sous l’oeil incrédule des policiers déployés pour encadrer la manifestation, ils marchent et dansent au nom de la « liberté » et de la « tolérance ».
Vivre sans se cacher

« J’étais présent à la première Queer Pride à Delhi, raconte Zorian, un artiste de 26 ans. C’était il y a quatre ans, et cela a changé ma vie. Le soir même, j’ai trouvé la force d’avouer mon homosexualité à mes parents, qui l’ont acceptée. Aujourd’hui, j’espère que d’autres Indiens parviendront aussi à vivre sans se cacher. » Et, apprenant que son témoignage est destiné à des lecteurs français, le jeune homme se risque, d’une voix envoûtante, à chanter Bizet et son « amour, enfant de Bohême ». Lui est un artiste, issu d’un milieu favorisé et éduqué, qui reste l’instigateur de la défense des droits des homosexuels en Inde.

« Participer à la Queer Pride est pour moi une libération et une fierté, explique Richa, une jeune femme de 30 ans. En Inde, notre situation est particulièrement difficile en raison de l’héritage victorien de la colonisation. » Il a fallu attendre le 2 juillet 2009 pour que la Haute Cour de justice de Delhi abroge l’article 377 du Code pénal indien, qui criminalisait les relations homosexuelles. La loi considérait en effet qu’il s’agissait d’une sexualité « contre-nature » et ne faisait aucune distinction entre homosexualité et pédophilie. La dépénalisation de l’homosexualité ne s’applique qu’à Delhi, non à l’ensemble du pays, mais elle marque néanmoins une grande victoire pour les défenseurs de la communauté gay.
Revendications

Discriminés, marginalisés, parfois même brutalisés, les homosexuels indiens ne trouvent guère d’espace où assumer pleinement leur identité dans la société. Pourtant, la culture gay est présente dans la vie nocturne et dans les bars de la capitale. Dans les milieux populaires, les hommes témoignent aisément en public de marques d’affection envers leur compagnon, se tenant par la main ou par les épaules. Enfin, les « hijras », une très ancienne communauté d’eunuques, appartiennent au quotidien de l’Inde, à travers leurs activités de mendicité et leurs danses traditionnelles.

Parmi les revendications formulées lors de la Queer Pride 2011, le sort des « hijras » figurait en haut de la liste. Le comité organisateur demande l’élaboration d’une loi contre leur discrimination, mais aussi leur reconnaissance pour l’obtention des documents officiels comme la carte d’électeur ou le permis de conduire. En attendant, les nombreuses caméras et les journalistes indiens présents durant la marche donnent une visibilité à ce mouvement et à son combat « pour le respect et la dignité ».

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