Roger-Luc Chayer
Suite à la publication de notre article sur la décision du Centre hospitalier Johns Hopkins de cesser définitivement les opérations de changement de sexe et de traiter de la question «trans» de la même manière que d’autres troubles de la perception comme l’anorexie ou le trouble obsessionnel compulsif, nous recevions un appel de Lucille L., transsexuelle, qui souhaitait nous livrer un témoignage stupéfiant!
Luc, de son nom de naissance, était un jeune homme attiré par d’autres hommes mais ne voulant absolument pas se déclarer homosexuel. «Le simple fait de songer à en parler à ma famille m’exposait à une humiliation que je ne souhaitais pas vivre. Tout sauf sortir du garde-robe», se disait alors Luc qui, avec les années, en est venu à penser qu’un changement de sexe serait plus facile à annoncer que son orientation sexuelle présumée.
«En devenant trans, je n’avais pas à me déclarer gai face à ma famille»
Il a donc commencé à lire sur le sujet, à se monter un bateau dans la tête pour pouvoir parfaitement maîtriser les aspects médicaux de la question trans et, à l’âge de 25 ans, a décidé d’annoncer à ses parents qu’il était atteint d’un trouble génétique qui l’obligeait à effectuer un changement de sexe, mais qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter. Il a donc commencé à consulter les médecins spécialistes de la question.
«Jamais je n’aurais pensé qu’il était si facile de convaincre les médecins de mon intention de changer de sexe. Partout où j’allais on m’offrait de simplifier les procédures, on me conseillait sur les façons de procéder au niveau légal aussi, mais jamais on ne m’a posée la vraie question: à savoir, et c’est à regret que j’en parle aujourd’hui d’ailleurs, est-ce que je voulais changer de sexe pour rééquilibrer mon état psychique ou était-ce pour éviter de porter l’étiquette d’homosexuel qui me faisait tellement peur?».
Luc a donc passé avec succès les étapes nécessaires à la grande opération et a commencé par la prise d’hormones qui lui permettaient de faire pousser une poitrine de jeune femme. La grande opération a suivie trois ans plus tard. Après un ensemble de complications post-chirurgicales, ne se sentant pas mieux dans ce nouveau corps qui n’était pas le sien, il a décidé de consulter un psychologue spécialisé à Montréal pour découvrir et mieux comprendre ce qui l’avait mené à poser un tel geste. Aujourd’hui Lucille ne comprend pas d’où vient cette mode «trans», elle a l’impression depuis un an que la porte est ouverte un peu trop grand pour accéder au processus menant vers un changement de sexe chirurgical et trouve que les médecins font un très mauvais travail de filtrage. «Je suis allé à l’extrême rien que parce que je ne voulais pas faire porter l’odieux de l’étiquette homosexuelle à ma famille très religieuse et conservatrice. Je le regrette amèrement. Si on m’avait aidé à accepter mon homosexualité, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui, car, en fin de compte, mentalement, je suis resté le même mais je suis mutilé irrémédiablement, pour toujours.» Lucille aimerait que la question «trans» se dirige plus vers un soutien psychologique préliminaire visant à départager les vraies personnes génétiquement «trans» des personnes qui souhaitent fuir d’autres réalités qui pourraient se traiter ou s’accepter sans mutilations inutiles. Elle milite maintenant pour l’accès à des traitements non chirurgicaux pour les «trans».