BIRON: SURVICTIMISATION?

Roger-Luc Chayer

Dans le cadre de notre suivi de l’affaire Steve Biron, ce jeune homme gai de Québec qui avait été accusé d’avoir eu des relations sexuelles non protégées sans en aviser ses partenaires alors qu’il se savait atteint du VIH (aucune victime n’a finalement été infectée), nous apprenions à la mi-septembre que M. Biron avait obtenu une libération sous certaines conditions.

Dans le cadre du procès d’origine, une ordonnance de non-publication et de non-diffusion du nom des victimes a été prononcée par le Tribunal et cette ordonnance reste valide ad vitam aeternam!

Or, une des victimes, qui se présente sous le prénom fictif de «Jimmy», pose depuis le prononcé de la sentence et à toutes les étapes qui ont suivi, des gestes qui surprennent. Il contacte constamment les médias pour redonner sa version des faits, il conteste toutes les demandes de libération conditionnelle, il attaque la crédibilité et la réputation des personnes liées au procès qui ne pensent pas comme lui et il amplifie continuellement l’effet de l’affaire sur sa vie, comme s’il avait quelque chose à gagner. Pire, sur un site qu’il a ouvert récemment et sur lequel il se présente comme blogueur judiciaire, il signe 15 pages d’un texte sur l’affaire Biron dans lequel il réécrit toute l’histoire, livre des analyses sur les témoignages et sur les juges, se comporte comme s’il était journaliste, signe de son vrai nom, et tout cela, sans mentionner à ses lecteurs qu’il est lui-même une des «victimes».

Le plus grave, c’est qu’il mentionne des noms et attaque l’intégrité de certaines personnes alors que ces personnes ne peuvent répondre sans expliquer l’histoire et sans violer l’ordonnance de non-publication. En agissant ainsi, «Jimmy» se fait juge et partie et place ceux qu’il vise dans une situation drôlement complexe. S’il devait être poursuivi en diffamation, son nom serait inévitablement prononcé dans les procédures. Est-ce qu’il y aurait alors violation de l’ordonnance? Tout au long de ce procès potentiel, le demandeur diffamé devrait faire la preuve de ses allégués, et tout ceci deviendrait public. «Jimmy» se comporte donc comme s’il avait la certitude de pouvoir refaire le procès sur la place publique tout en restant à l’abri de quelque poursuite que ce soit, grâce à l’ordonnance de non-publication. Il serait intéressant qu’un juge se prononce là-dessus.

Tout ceci fait partie d’un tout qui ressemble à une victimisation. La victimisation est, selon le site Docteurclic.com, le sentiment excessif et exagéré d’être une victime. Ce passage de victime réelle à victime ressentie est très ténu, et réside dans la simple façon d’observer les faits. On est donc dans la subjectivité complète. Les conséquences de la victimisation peuvent être redoutables. D’abord parce que la personne qui se pense victime peut s’enfermer dans un schéma psychologique permanent : elle a le «statut permanent» de victime. Cette façon noire de voir les choses peut altérer la vision de la vie au point d’aboutir à des conduites systématiques et répétitives de victime. Ensuite parce que s’il y a victime, il y a « bourreau » ou « agresseur ». Or dans le cadre d’une victimisation excessive, se retrouve étiqueté bourreau quelqu’un qui n’en a ni les intentions ni la perversion.

«Jimmy» agit-il ainsi par victimisation ou en tire-t-il un avantage financier? Est-ce qu’il recevrait par hasard une indemnité de l’Indemnisation des Victimes d’Actes Criminels (IVAC)?

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