Jean-Sébastien Bourré
À une certaine époque, les luttes LGBT exigeaient de la société – donc, les personnes hétérosexuelles –, qu’elle cesse de marginaliser les personnes issues des communautés LGBT. Car vivre son homosexualité au grand jour ou affirmer que l’on est transsexuel-le, c’était comme vivre en marge de la société. Aujourd’hui, la militance « nouveau genre » des milieux communautaires, que certains décrivent comme le lobby rose, nous permet de constater que les communautés souhaitent être… marginales, et ce, par choix.
Marginal: Personne vivant en marge de la société et refusant de se conformer aux normes sociales.
Marginaliser: Rendre quelqu’un marginal.
Se marginaliser: Devenir marginal en toute conscience.
Est-ce là l’une des dérives associées aux nouvelles philosophies prônant l’enrichissement de la différence dans un groupe d’individus? Il ne faut pas se surprendre que Monsieur et Madame Tout-Le-Monde aient du mal à s’y retrouver dans nos combats. J’en attribue en grande partie la responsabilité au travail des organismes communautaires, situés, pour la plupart, à Montréal. Ceux-ci jouent du coude pour faire avancer leur agenda, tandis que si tout le monde s’alliait, il y aurait plus de cohésion sociale et… sans doute davantage d’alliés rassemblés pour le bien de nos causes communes. Maintenant que la société accepte beaucoup mieux les réalités LGB – il reste du chemin à faire pour obtenir le même niveau d’acceptabilité envers le T –, de nouvelles lettres viennent « nuancer » – mélanger – les gens. Ceux qui comprennent mieux la nature de l’homosexualité, de la bisexualité et du transsexualisme ont du mal à comprendre ce qu’on leur reproche de ne pas comprendre.
Pour eux, il est inimaginable que l’on puisse aller plus loin dans nos revendications. Dans « LGBTQQIP2SAA… », trop de lettres, trop de nuances… Également, peu d’études sérieuses pour informer et éduquer, que des opinions… Il est bien là le nouveau problème du communautarisme rose: il est à l’origine de beaucoup de changements dont il est le seul à être au courant. Car, en effet, les militants et dirigeants de ces organismes sont convaincus qu’en mettant au monde de nouveaux termes pour décrire certaines réalités et en menant des discussions ENTRE EUX, le reste du monde est informé et devrait l’accepter plus facilement, voire aussitôt qu’il en entend parler pour la première fois!
Une société, pour avancer, doit remettre en question les concepts. On l’a vu pour les premières réalités ayant formé un acronyme, le monde n’a pas changé son fusil d’épaule avec facilité. 50 ans plus tard, le tout demeure encore fragile. Et se fragilise par les nouvelles façons de mener les combats… Pas étonnant, d’ailleurs que le fossé générationnel se creuse entre les plus vieux militants et les plus jeunes. À la lumière de ce que j’ai observé, le communautarisme est, pour moi, synonyme de repli sur soi et de rupture sociale avec le reste de la société civile. Les organismes roses se peinturent dans un coin et se marginalisent beaucoup trop. S’ils invoquent le fait de ne pas être compris, il serait grand temps pour eux de constater que l’incompréhension est provoquée par leurs faits et gestes. Cessez de vous jouer dans le nombril et revenez dans le vrai monde! Nous méritons mieux comme représentation civile!
*Même si ce texte semble généraliser, l’auteur reconnaît que bon nombre d’organismes luttent de façon efficace pour l’avancement de nos droits.