LE VILLAGE GAI DE MTL A 35 ANS

Le village gai de Montréal se trouve à environ 1,6 kilomètre à l’est du centre-ville de Montréal, immédiatement à l’est du Quartier latin et au sud du parc La Fontaine. Le village gai est un espace social et non administratif; il ne comporte donc pas de limites officielles. Il est centré sur la rue Sainte-Catherine, entre les stations de métro Berri-UQAM, Beaudry et Papineau. Il est généralement représenté comme un grand quadrilatère formé par la rue Berri à l’ouest, la rue Sherbrooke au nord, avenue De Lorimier à l’est et l’avenue Viger au sud. Le Village est l’un des plus grands quartiers gais en superficie au monde. Il se trouve en contrebas de la côte Sher- brooke. La définition la plus restrictive du Village est le territoire défini par règlement de l’action de la Société de développement commercial (SDC) du village, soit la rue Sainte-Catherine entre les rues Berri et Cartier ainsi que la rue Amherst entre le boulevard René-Lévesque et la rue Robin.

Le quartier compte quelques parcs urbains dont le parc de l’Es- poir, le parc Raymond-Blain et le parc des Vétérans. Le quartier se caractérise par un espace urbain diversifié et une signature visuelle forte. Des initiatives d’art public améliorent le cadre visuel du quartier et lui donnent une signature plus artistique. L’entrée de la station de métro Beaudry, située au cœur du Village, est déco- rée de colonnes arc-en-ciel. Le Village est spécifiquement marqué sur une carte officielle de la ville. La devanture de l’ancien ciné- ma Ouimetoscope est ornée d’un diptyque géant de Zilon entre 2010 et 2013. Le quartier compte plusieurs peintures murales, par exemple Restauration! peinte par Brian Keith Lanier et 50 Cakes of Gay de l’artiste française Kashink, toutes deux réalisées (en 2014) sur les façades sud et nord d’un édifice de la rue Amherst.

La rue Sainte-Catherine est piétonnière tout l’été. La Société de Développement Commercial (SDC) du Village, propose à la suite du succès de la fermeture de la rue durant les Outgames en 2006, la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine dans le Village en période estivale, intervention mise en place par l’arrondissement de Ville-Marie à partir de 2008. La rue est complètement piétonni- sée et fermée à toute circulation automobile, entre les rues Berri et Papineau entre mai et septembre depuis.

D’abord un quartier pauvre, faisant partie du quartier Centre-Sud de la ville, le secteur est progressivement occupé par la commu- nauté gaie et lesbienne à partir des années 1970. Les pionniers s’installent au milieu des années 1970 dans le Faubourg à mé- lasse: le magasin Priape, fondé en 1974, qui se trouve alors sur le boulevard De Maisonneuve, la boîte de nuit La Boîte en Haut en 1975, au coin des rues Sainte-Catherine et Alexandre-De Sève. La Boîte en Haut présente spectacles de chansons et des spectacles de travestis; elle offre également une piste de danse. Pendant plusieurs années, cet établissement demeure le seul bar sur ce segment de la rue Sainte-Catherine, où les commerces demeurent peu nombreux et beaucoup de locaux sont inoccupés, dans un secteur assez pauvre, sans vie, où les personnes LGBT ne vivent pas encore et se cachent encore des regards.

Le déplacement des commerces de l’Ouest vers le Village gai ac- tuel serait lié en partie à des facteurs économiques, notamment le prix des loyers commerciaux élevés au centre-ville et la récession de 1982-1983.

Les nombreuses descentes de police et l’organisation du mouve- ment gai en réaction à ces actions survenues dans les années 1970 amènent les personnes LGBTQ à se regrouper spatialement et à rechercher des espaces leur offrant une sécurité. Les facteurs sociaux sont également déterminants. La descente de police en octobre 1977 au Mystique et au Trunxx au cours de laquelle 144 hommes sont arrêtés constitue un événement ayant contribué au déclin du Village de l’Ouest.

La venue d’établissements pour la communauté gaie s’intensifie au début des années 1980. En 1982, le bar de danseurs Les Deux R et la discothèque 1681 ouvrent leurs portes. L’année suivante, la Taverne Normandie, de même que le bar Max prennent pignon sur la rue Sainte-Catherine, aux abords de la station de métro Beau- dry, alors que le centre d’esthétique au masculin Physotech Spa Concept s’implante sur la rue Amherst tout près. Le quartier de- vient rapidement populaire auprès des hommes gais de Montréal et est désigné comme le Nouveau village de l’Est.

En 1984, le bar Bud’s ferme ses portes alors que la clientèle dé- serte le Village de l’Ouest, effrayée en raison des interventions policières dans les établissements qui y sont situés. Si quelques commerces gais demeurent dans le Red Light rue Saint-Laurent, le Village devient le centre économique et social de la vie gaie montréalaise, et québécoise. La clinique médicale l’Actuel est fon- dée en 1987. Plusieurs de ces établissements (Normandie, Priape, Physotech) existent toujours, constituant ainsi des institutions pour la communauté LGBT québécoise.

En 1998-1999, la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal, dans le cadre des travaux de réfection de la station de métro Beaudry, arbore l’édicule des couleurs arc-en-ciel, sym- bolisant la reconnaissance officielle par les autorités de la commu- nauté LGBT. La Société de développement commercial du Village est fondée en 2006. Depuis la zone a été rénovée grâce aux ré- cents investissements gouvernementaux et de la Ville de Montréal. Malgré une répression qui dure jusqu’au début des années 1990, le soutien gouvernemental au Village n’est plus contraint. Tous les trois ordres de gouvernement font la promotion du Village, du cli- mat tolérant du Québec et de la vie gaie dans Montréal comme attrait touristique.

Bien que connu sous le vocable Village gai, le quartier n’est pas devenu un ghetto pour autant. Frank Remiggi, professeur de géo- graphie historique et culturelle à l’Université du Québec à Montréal et codirecteur de l’ouvrage « Sortir de l’ombre », considère qu’«il s’agit d’un espace ouvert et non répressif qui ne correspond pas au concept du ghetto».

Les Outgames mondiaux, qui ont eu lieu à Montréal du 29 juillet au 5 août 2006 sous le nom Rendez-vous Montréal 2006, furent un évènement sportif et culturel d’envergure internationale orga- nisé par la communauté gaie et lesbienne. Malheureusement une faillite est survenue dès les Outgames terminés, nuisant à l’image positive qui bénéficiait jusque-là aux gais montréalais. Différents bars et boîtes de nuit ont animé et animent encore la vie nocturne

du Village, dont le complexe Sky, le Club et le Bar Apollon, le Unity, l’Aigle Noir, le Stud, le Date, le Cocktail, le Rocky, le Relaxe, le Circus et le Stereo. Au fil des ans, plusieurs autres établissements disparus ont marqué la vie nocturne, dont le Max, le Pipeline, le Club David dans les années 1980, le Sécurité Maximum dans les années 1990, le Parking et le Drugstore dans les années 2000. Le Drugstore, opérant dans les anciens locaux de la Taverne du Village, et détenant ainsi un permis d’alcool datant du XIXe siècle ferme ses portes en 2013 en raison de la hausse des loyers.

Au fil des années, différentes publications dont les bureaux se trouvent dans le Village visent la clientèle gaie montréalaise et québécoise, par exemple Attitude, Village, Gazelle, RG, La Voix du Village puis Fugues. D’autres médias gais se sont ajoutés au fil des années, offrant au Village une diversité dans l’information spécia- lisée comme Gay Globe Magazine, Être, le Guide arc-en-ciel, ZIP et DécorHomme.

Les gais et lesbiennes vivent partout dans la ville, où ils sont géné- ralement grandement acceptés. La densité résidentielle de ceux-ci dans le quartier est sensiblement plus élevée qu’ailleurs. Le Village contient une proportion plus élevée de magasins et de services pour la communauté gaie et lesbienne: il en est l’épicentre tou- ristique et le lieu privilégié pour les festivités et le divertissement en général. Le Village contient une grande variété de bars et les discothèques pour la vie de nuit. Le site abrite également trois grands complexes de divertissement, dont l’un d’entre eux serait le plus grand au monde dans sa catégorie. Il existe également une grande variété de boutiques, restaurants, cafés, chambres d’hôtes et d’hôtels pour la communauté. Montréal est aussi connue pour son nombre élevé de saunas pour hommes. Le Village en accueille trois, alors qu’il y en a plus de dix dans la ville de Montréal. Il existe également quelques établissements pour gais et lesbiennes à l’extérieur du quartier. Plusieurs établissements s’adressent plus particulièrement à la clientèle locale, par exemple pharmacies, su- permarchés, dépanneurs et services professionnels (notaire, etc.).

La Société de Développement Commercial du Village représente, depuis sa formation en 2006, les entrepreneurs du Village. Elle cible deux enjeux à améliorer, soit la vie de jour et l’espace réservé à la culture. Les mesures d’aménagement et d’animation comme Aires Libres sont financées à 85 % par les entreprises locales et à 15 % par l’arrondissement. Le taux d’inoccupation des locaux commerciaux est passé de 22 % à 6 %. La SDC travaille avec le milieu communautaire, la police de quartier et les intervenants de rue compte tenu du contexte social particulier du quartier. Les éta- blissements commerciaux du Village connaissent une diminution de l’achalandage de la clientèle gaie, notamment en raison de la présence d’Internet qui permet aux personnes LGBT de se rencon- trer autrement que dans les établissements s’adressant spécifique- ment à ce groupe.

De plus, les LGBT se sentent à l’aise dans les différents quartiers de Montréal. La plupart des commerçants gais du Village ne sont pas propriétaires de leur local, ce qui pose un problème de viabilité à long terme, en raison de la spéculation immobilière dans le quartier.

Gay Globe Média

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