Mathis Chevalier, combattant de MMA et allié LGBT, se dévoile dans « Chardons »

Roger-Luc Chayer Journaliste et éditeur de Gay Globe Média. Actif depuis plus de 30 ans, il s’est imposé par une pratique journalistique rigoureuse, entre enquêtes, analyse et couverture de l’actualité LGBTQ+. Ancien président de l’Association canadienne des journalistes (section Montréal) et récipiendaire de la médaille du Jubilé de la Reine, il privilégie une information exacte, accessible et ancrée dans les enjeux de société.
Mathis

Roger-Luc Chayer (Photo : Marc Martin, « Chardons » — reproduction à des fins de communication des nouvelles)

Mathis Chevalier n’est pas gay. Il est hétérosexuel. Et c’est précisément ce qui rend son histoire aussi intéressante.

Ancien combattant de MMA, mannequin et acteur, il possède tout ce que certains associent à la virilité : le physique, les muscles, le regard, la force et cette assurance que l’on attend traditionnellement d’un homme qui monte dans une cage pour se battre. Mais il y a un problème pour les gardiens autoproclamés de la masculinité : Chevalier défend les LGBT. Ou plutôt, il refuse de les laisser tranquilles.

Dans un univers sportif où l’homophobie n’a malheureusement pas complètement disparu, il a choisi de prendre position. Et cette position lui vaut régulièrement des insultes sur les réseaux sociaux. Pour certains, défendre les homosexuels ou les personnes trans serait apparemment suffisant pour remettre en question leur propre définition de la masculinité. Chevalier ne joue pas à ce jeu-là.

Il ne cherche pas à devenir moins masculin pour être accepté par les LGBT. Il ne cherche pas non plus à prouver qu’il est « suffisamment » masculin pour rassurer ceux qui ont peur de la différence. Il est simplement lui-même. Et c’est peut-être cela qui dérange le plus.

Son parcours est d’autant plus intéressant qu’il vient du MMA, un univers où l’image du combattant est souvent construite autour de la puissance, de la dureté et d’une masculinité très codifiée. Chevalier connaît ces règles puisqu’il les a pratiquées. Ancien champion d’Europe junior de MMA amateur, il a longtemps évolué au cœur de cet environnement. Puis il a décidé de ne plus se laisser enfermer.

En 2022, il accepte notamment de jouer dans Mon CRS, un court métrage de Marc Martin. Il y interprète un policier confronté à une histoire d’amour avec une femme trans. Un rôle qui tranche radicalement avec les clichés habituellement associés au combattant de MMA. Mais Chevalier semble justement apprécier les contradictions.

Il peut être musclé et défendre les LGBT. Être hétérosexuel et combattre l’homophobie. Revendiquer sa masculinité et refuser les comportements toxiques que certains voudraient lui imposer au nom de cette même masculinité. Il n’y a aucune contradiction là-dedans.

La contradiction se trouve plutôt chez ceux qui pensent encore qu’un homme doit prouver sa virilité en rejetant les homosexuels, en méprisant les personnes trans ou en se moquant de tout ce qui ne correspond pas à leur définition personnelle du masculin. Chevalier leur répond, en quelque sorte, par sa propre existence.

Son drapeau LGBT peut apparaître à côté de son physique de combattant. Et contrairement à ce que certains semblent croire, l’un n’annule pas l’autre.

En septembre 2026, son discours a encore trouvé un écho dans la presse française. Il continue de parler de masculinité, d’homophobie et de cette pression permanente qui pousse certains hommes à jouer un rôle pour être considérés comme de « vrais hommes ». Lui a choisi de ne pas jouer.

C’est peut-être son combat le plus intéressant. Parce qu’au fond, Mathis Chevalier ne demande pas aux hommes de devenir quelqu’un d’autre. Il leur demande simplement de comprendre qu’ils peuvent être eux-mêmes sans avoir besoin d’écraser les autres.

Dans la cage, il a appris à encaisser les coups. Sur les réseaux sociaux, il encaisse maintenant les insultes. Et il continue d’avancer. Pas parce qu’il veut devenir une icône LGBT. Mais parce qu’il considère qu’un homme n’a absolument rien à perdre en défendant la liberté des autres. Et ça, dans certains milieux, semble encore être une idée révolutionnaire.

À propos de Marc Martin et Chardons

Marc Martin est un photographe et artiste français dont le travail s’intéresse notamment au corps masculin, à la sexualité, au désir et aux normes qui entourent la masculinité. Sa collaboration avec Mathis Chevalier est particulièrement intéressante parce qu’elle met en scène un ancien combattant de MMA dans des situations qui sont très éloignées de l’image traditionnelle du sportif masculin.

Le projet Tomber des nu(e)s, réalisé avec Chevalier sur environ deux ans, reprend notamment des références à l’histoire de l’art et à la représentation du corps masculin. Chevalier y pose nu, parfois en reprenant des postures inspirées de sculptures ou de tableaux célèbres. La photographie Chardons fait partie de cette série.

Ce qui est intéressant, c’est que Chevalier n’a pas été simplement choisi comme modèle. Il raconte lui-même que l’idée du projet est venue de lui : alors qu’il était encore jeune et très musclé, il a proposé à Martin de le photographier nu. Au départ, explique-t-il, il voulait conserver une trace de son corps de sportif. Le projet a ensuite évolué vers une réflexion beaucoup plus libre sur le corps, la nudité et la masculinité.

Et c’est là que le travail de Martin prend une dimension LGBT particulièrement intéressante.

Dans une entrevue publiée par Playgirl, Chevalier explique que les photographies réalisées avec Martin peuvent être lues comme une manière de retourner les codes de la masculinité toxique. Il évoque notamment une réinterprétation de la Vénus au miroir de Velázquez où le corps d’un homme fort est placé dans une posture traditionnellement associée à la représentation féminine.

Chardons participe à cette même démarche : le corps d’un combattant, avec tout ce qu’il représente traditionnellement en matière de force et de virilité, devient ici un objet artistique que l’on peut regarder autrement.

Et Chevalier assume parfaitement cette ambiguïté. Il ne cherche pas à effacer son image de sportif ou à cacher sa masculinité. Au contraire, il l’expose, puis la détourne.

C’est probablement ce qui rend sa collaboration avec Marc Martin beaucoup plus intéressante qu’une simple séance de photos de nu. Le corps masculin n’est plus seulement celui du combattant qui frappe. Il devient aussi un corps que l’on regarde, que l’on met en scène et que l’on débarrasse de certaines des règles imposées par la masculinité traditionnelle.

Le projet a donné lieu à l’exposition Tomber des nu(es) à la Galerie Obsession à Paris en 2024 ainsi qu’à un livre de 296 pages publié par AGUA éditions.

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