Aude Lorriaux – Slate.fr
Depuis une trentaine d’années, des courants minoritaires existent dans le christianisme et le judaïsme. Plus récemment, ces voix se sont fait entendre également dans l’islam.
«Interdite d’exercer son magistère sur le terrain politique, l’Église a trouvé sur celui des mœurs et de la famille le moyen de continuer à contrôler les consciences et les corps», commente la chercheuse Martine Gross dans un article intitulé «Être chrétien et homosexuel en France». Que ce soit par volonté de pouvoir ou par résistance au changement, les trois religions monothéistes sont généralement vues comme hostiles à l’homosexualité, qu’elles perçoivent comme une «déviance» sexuelle,ou pire, comme une «abomination». Les autorités du christianisme, de l’islam et du judaïsme incitent en effet fortement leurs ouailles à taire leur penchant ou à le combattre, quand elles ne soutiennent pas les lois mettant en prison à vie les gays, comme en Ouganda. Le pape François vient d’ailleurs de refuser d’agréer l’ambassadeur de la France pour le Vatican choisi par François Hollande, au motif qu’il serait célibataire, sans enfant et… gay.
Sauf que depuis une trentaine d’années, des courants minoritaires existent au sein des trois monothéismes, qui ont fait l’objet d’un colloque qui s’est tenu les 16 et 17 mars, et qui bousculent (un peu) la donne. Le rabbin Michaël Azoulay a par exemple affirmé il y a cinq ans qu’il fallait réinterpréter le texte du Lévitique. La même année, un pas symbolique a été franchi du côté des musulmans quand l’imam Tarek Oubrou s’est joint à un Appel contre l’homophobie et la transphobie. Et l’année suivante, le grand rabbin Gilles Bernheim a signé la déclaration commune du comité IDAHO à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie. Des avancées qui ne sont pas étrangères au lent travail de lobbying et d’explication des associations religieuses ou comportant une dimension religieuse et ouvertes sur l’homosexualité, des églises ou mosquées «gay-friendly» et plus généralement d’un mouvement religieux progressiste qui fait doucement mais sûrement son trou. «Oui les religions sont plus ouvertes aujourd’hui dans la mesure où, dans les années 1970, il n’existait rien d’un mouvement inclusif dans aucune des trois religions monothéistes», commente ainsi Rémy Bethmont, professeur d’histoire et civilisation britanniques.
Trois associations portent des revendications. David et Jonathan, pour les catholiques et Beit Haverim pour les juifs sont toutes les deux installées depuis plus de trente ans, alors qu’Homosexuels musulmans de France est récente –elle a été créée en 2010. Ces mouvements se sont appuyés mutuellement les uns les autres.