Roger-Luc Chayer : plus de 30 ans de journalisme et d’engagement éditorial
Roger-Luc Chayer est journaliste, éditeur et fondateur de projets médiatiques, actif dans le paysage journalistique québécois depuis 1993. Son parcours l’a notamment conduit à collaborer à la revue RG, au Journal de Montréal et à des émissions de télévision, dont Le Midi avec André Arthur, sur TQS.
En 2002, il fait l’acquisition de la Revue Le Point, devenue Gay Globe Magazine, et poursuit le développement du Groupe Gay Globe Média. Sous sa direction, le média aborde l’actualité, la santé, la culture, les enjeux sociaux et les réalités LGBTQ+, avec une attention particulière portée au VIH, aux droits et aux questions de société.
Son travail s’inscrit dans une tradition de journalisme indépendant qui privilégie l’enquête, l’analyse et les sujets parfois peu couverts par les grands médias. En 2012, Roger-Luc Chayer reçoit la Médaille du Jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, en reconnaissance de sa carrière journalistique et éditoriale ainsi que de son parcours musical.

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Depuis plus de 33 ans, je publie des nouvelles et des informations concernant le VIH et la lutte contre ce virus. À mes débuts, il n’existait aucun traitement efficace. Je parlais alors de la qualité de vie et de la mort des personnes atteintes. Au fil des années, j’ai commencé à parler des premiers médicaments, très toxiques, que l’on croyait efficaces contre le VIH, mais qui empoisonnaient la vie des personnes atteintes sans nécessairement leur offrir une espérance de vie plus longue.
Puis est arrivée la trithérapie, au milieu des années 1990, suivie de générations de médicaments de plus en plus efficaces. La PrEP, ces médicaments antirétroviraux utilisés pour prévenir l’infection par le VIH, a ensuite marqué une autre étape importante. Progressivement, nous avons vu la mortalité liée au VIH diminuer considérablement.
Aujourd’hui, on parle d’une injection préventive tous les deux mois avec l’Apretude. Et depuis 2025 (2026 pour le Canada et l’Europe), le lénacapavir a fait son apparition aux États-Unis, puis au Canada et en Europe, sous différentes appellations commerciales, notamment Sunlenca pour le traitement du VIH et Yeztugo ou Yeytuo pour la prévention.
Sunlenca et Yeztugo : même molécule, deux façons de lutter contre le VIH
Il y a des noms de médicaments qui se ressemblent, des molécules qui sont identiques, mais des objectifs qui n’ont rien à voir. C’est exactement le cas du Sunlenca et du Yeztugo, deux médicaments de Gilead Sciences qui reposent sur la même molécule, le lénacapavir. L’un sert à traiter certaines personnes vivant avec le VIH, tandis que l’autre vise à empêcher l’infection chez les personnes séronégatives. Une petite différence dans la façon de les utiliser, mais une grande différence dans leur mission.
Le Sunlenca s’adresse principalement aux adultes vivant avec un VIH devenu résistant à plusieurs médicaments. Il est utilisé lorsque les traitements antérieurs ne permettent plus de contrôler suffisamment le virus ou qu’il est difficile de construire une combinaison thérapeutique efficace.
Son principe est intéressant : le lénacapavir agit sur la capside du VIH, cette structure protéique qui entoure et protège le matériel génétique du virus. En perturbant plusieurs étapes de son cycle de reproduction, il contribue à freiner sa multiplication.
Mais attention, le Sunlenca ne se prend pas seul. Il doit être associé à d’autres antirétroviraux actifs, choisis par l’équipe médicale en fonction de la situation du patient.
Et les doses?
Le traitement commence par une phase initiale qui associe des comprimés et des injections. Selon le schéma prescrit, les comprimés sont pris pendant les premiers jours, et les injections sont administrées au début ou au cours des premières semaines.
La dose injectable d’entretien est ensuite de 927 mg, administrée sous la forme de deux injections sous-cutanées, tous les six mois environ. Le calendrier exact de départ dépend du schéma choisi par le médecin.
C’est donc une possibilité particulièrement intéressante pour certaines personnes qui ont déjà traversé plusieurs lignes de traitement et qui ont besoin d’une nouvelle option pour reprendre le contrôle du virus.
Avec le Yeztugo, le raisonnement est différent. Il s’agit ici de prévention, et non de traitement d’une infection déjà présente. Le médicament est destiné aux personnes séronégatives qui souhaitent réduire leur risque de contracter le VIH. Il appartient à la famille des médicaments utilisés en prophylaxie pré-exposition, mieux connue sous le nom de PrEP.
Jusqu’à présent, beaucoup de personnes connaissaient surtout la PrEP sous forme de comprimés quotidiens. Le Yeztugo change cette routine : après une phase initiale, les injections d’entretien sont administrées tous les six mois.
Et les doses?
Le schéma de départ comprend :
- Le premier jour : deux comprimés de 300 mg, soit 600 mg par voie orale, et deux injections sous-cutanées totalisant 927 mg.
- Le deuxième jour : deux autres comprimés de 300 mg, soit 600 mg.
- Ensuite : deux injections sous-cutanées totalisant 927 mg tous les six mois, selon le calendrier médical.
Ce traitement nécessite toutefois un dépistage du VIH avant de commencer, puis avant les injections suivantes. Il est essentiel de confirmer que la personne n’est pas infectée, car l’utilisation du lénacapavir en prévention chez une personne ayant déjà contracté le VIH peut favoriser l’apparition de résistances.
Le Yeztugo ne protège pas non plus contre les autres infections transmissibles sexuellement. Il demeure donc important d’adapter la prévention à sa situation personnelle.
Deux noms, une même molécule, mais pas le même objectif
Le Sunlenca et le Yeztugo contiennent tous les deux du lénacapavir. La différence tient principalement à leur indication : le premier intervient dans le traitement de certaines infections par le VIH difficiles à contrôler, tandis que le second sert à prévenir l’infection.
Les noms commerciaux varient aussi selon les marchés. Aux États-Unis, le médicament préventif est appelé Yeztugo. Au Canada et dans l’Union européenne, il est commercialisé sous le nom de Yeytuo.
Ces traitements illustrent les progrès réalisés depuis les premières années de l’épidémie, lorsque les options étaient rares et souvent très difficiles à supporter. Aujourd’hui, la recherche ne se limite plus à tenter de contrôler le virus : elle cherche aussi à simplifier la vie des personnes vivant avec le VIH et à rendre la prévention plus accessible.
Six mois entre deux rendez-vous d’injection, plutôt qu’un comprimé chaque jour : pour certaines personnes, ce changement peut représenter beaucoup. Mais, comme toujours en médecine, le choix du traitement doit tenir compte de l’état de santé, des autres médicaments, des risques et des préférences de chacun.
Et ça change quoi pour les patients ?
Dans une entrevue qu’il m’accordait il y a quelque temps, le docteur Réjean Thomas, de la Clinique l’Actuel de Montréal, m’expliquait que, pour la plupart de ses patients, le fait de ne plus avoir à prendre des comprimés tous les jours pour traiter le VIH avait été une véritable libération. La peur constante que leurs conjoints ou leurs amis découvrent les comprimés, les effets secondaires et la stigmatisation qu’ils pouvaient ressentir en prenant ces médicaments avaient disparu. Les patients se sentaient libérés d’un énorme poids sur leur conscience et, surtout, ils se sentaient plus libres, plus normaux, « comme avant ».
Frank, 28 ans : « Je me sens enfin plus libre »
À 28 ans, Frank, un Français vivant avec le VIH, découvre une nouvelle façon de vivre avec son traitement. Grâce au Sunlenca, il n’a plus à prendre chaque jour ses antirétroviraux sous forme de comprimés. Pour lui, ce changement représente bien plus qu’une simple question de médicaments.
« Quand on vit avec le VIH, les comprimés finissent par faire partie du quotidien. On y pense le matin, on vérifie qu’on en a suffisamment, on se demande parfois si quelqu’un va les voir et poser des questions. Même quand on a accepté sa situation, ce rappel quotidien n’est pas toujours facile à vivre. »
Le Sunlenca, qui contient du lénacapavir, est administré par injections espacées d’environ six mois. Il s’adresse toutefois à certains patients dont le VIH résiste à plusieurs traitements et doit être associé à d’autres médicaments antirétroviraux.
Pour Frank, l’intérêt est surtout psychologique. Le traitement reste nécessaire, mais il occupe moins de place dans sa vie.
« Je ne veux pas cacher qui je suis, mais je veux pouvoir choisir ce que je partage avec les autres. Ne plus avoir mes comprimés à prendre chaque jour, c’est un poids en moins. Je pense moins au VIH et davantage à ma vie, à mes projets, à mes relations. »
Il reste conscient que ce traitement ne guérit pas le VIH et qu’il n’est pas accessible à tout le monde. Mais il voit dans cette évolution une raison supplémentaire d’espérer.
« On parle souvent des progrès médicaux en chiffres et en résultats de laboratoire. C’est important, bien sûr. Mais il faut aussi penser à ce que ces progrès changent dans la tête et dans la vie des gens. Pouvoir respirer un peu, se sentir moins prisonnier de sa routine, c’est déjà beaucoup. »
Pour Frank, le combat contre le VIH ne se résume pas à contrôler un virus. Il s’agit aussi de retrouver, autant que possible, la liberté de vivre sans que la maladie occupe toute la place.
La France, l’Espagne, l’Angleterre et l’irlande remboursent à 100% le traitement selon des critères très strictes.
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