
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Une recherche récente portant sur les taux de testostérone chez les jeunes adultes concluait que les niveaux étaient plus bas que jamais : « Le taux de testostérone chez les hommes de 20 ans aujourd’hui a chuté au point d’égaler celui des hommes de 70 ans dans les années 1970, ce qui soulève des inquiétudes pour la santé à l’échelle mondiale. Des experts attribuent ce déclin à la consommation de malbouffe. » Voilà un titre qui a de quoi inquiéter.
Quand on parle de masculinité, Gay Globe ne rate jamais d’enquêter ces affirmations. l’article continue en disant: « Des experts attribuent ce déclin à la malbouffe, à la sédentarité, à l’exposition aux plastiques (comme le BPA), au stress chronique et à un mauvais sommeil. Cette baisse hormonale se traduit par de la fatigue, une perte de masse musculaire, une faible fertilité et des troubles de l’humeur. Les médecins recommandent de modifier son mode de vie : adopter une alimentation saine, faire de l’exercice régulièrement, bien dormir et limiter l’utilisation de plastiques pour préserver la santé hormonale. » Mais le problème, c’est que l’article publié par le site Fact Point ne mentionne ni la source, ni le nom des experts cités, ni l’origine de la recherche évoquée.
Quel est l’état de la situation concernant la testostérone chez les jeunes hommes ?
Bien qu’il ait été impossible de trouver la moindre trace d’une étude concluant que les taux de testostérone chez les jeunes hommes d’aujourd’hui seraient aussi bas que ceux des hommes de 70 ans en 1970, il existe néanmoins un consensus clair : l’hormone mâle est bel et bien en déclin, et cela est corroboré par de nombreuses publications, toutes plus sérieuses les unes que les autres.
La testostérone est l’hormone sexuelle masculine par excellence, bien qu’elle soit également présente en faible quantité chez la femme. Produite principalement par les testicules et, dans une moindre mesure, par les glandes surrénales, elle joue un rôle clé dans le développement des caractères sexuels masculins dès la puberté. Elle est responsable de la pilosité, de la voix grave, du développement musculaire et osseux, mais aussi du maintien de la libido, de la fertilité et du tonus général.
Médicalement, on considère que la testostérone est un indicateur majeur de la santé hormonale masculine, et sa baisse anormale peut entraîner fatigue, baisse de désir sexuel, perte de masse musculaire et troubles de l’humeur. Chez un homme adulte en bonne santé, les niveaux normaux varient généralement entre 300 et 1 000 nanogrammes par décilitre de sang, une fourchette qui peut fluctuer selon l’âge, l’état de santé et le mode de vie.
Après 30 ans, une baisse progressive et naturelle est courante, estimée en moyenne à un pour cent par an, mais les médecins s’inquiètent d’observer, depuis quelques décennies, un déclin plus marqué et plus précoce.
Des organisations internationales sonnent l’alarme
En 2020, la National Library of Medecine des États publiait l’étude « Évolution séculaire de la testostérone : constatations d’un important organisme de soins mandaté par l’État » qui concluait que les résultats de cette vaste analyse de données en conditions réelles confirment des rapports précédents, plus dispersés, selon lesquels le taux moyen de testostérone chez les hommes dans les pays développés est en baisse, une tendance qui ne s’explique probablement pas uniquement par l’augmentation des taux d’obésité. Les mécanismes biologiques derrière cette évolution préoccupante devraient faire l’objet d’études plus approfondies.
Même chose en 2020 avec la publication du Urology Times qui déclarait « De 1999 à 2016, les niveaux de testostérone ont diminué chez les adolescents et les jeunes hommes adultes (AYA), selon des résultats présentés lors de l’édition virtuelle 2020 de l’American Urological Association. » Le journal concluait : « Nous avons constaté que des valeurs plus faibles de testostérone sont associées à une augmentation des comorbidités et à un risque accru de mortalité toutes causes confondues. Cette baisse, en particulier chez les jeunes hommes adultes, combinée à l’augmentation de l’obésité, pourrait entraîner une hausse des cancers précoces », a expliqué Lokeshwar, ajoutant que de telles diminutions peuvent également se traduire par une baisse de la libido et un risque accru de dysfonction érectile.
« Cela est particulièrement préoccupant pour cette tranche d’âge, car beaucoup de jeunes hommes ressentent une forme de stigmatisation et sont donc moins enclins à consulter pour une baisse de libido ou des troubles érectiles », a poursuivi Lokeshwar. « Les niveaux de testostérone chez les jeunes adultes servent de référence pour définir les valeurs normales de l’hormone. C’est très inquiétant, car en général, lorsque l’on établit les seuils de traitement, on se base sur cette catégorie d’âge. Cela pourrait donc mener à un sous-traitement du déficit en testostérone, avec des répercussions importantes et de graves conséquences. »
Ce faible taux de testostérone pourrait-il provoquer un hypogonadisme, autrement dit une andropause (l’équivalent de la ménopause chez la femme) précoce chez les jeunes ?
L’andropause, souvent présentée comme l’équivalent masculin de la ménopause chez la femme, correspond à une baisse significative de la production de testostérone par les testicules, entraînant divers symptômes physiques et psychologiques. Alors que cette condition est généralement associée au vieillissement, certains spécialistes s’inquiètent désormais de son apparition à un âge plus précoce, notamment chez des hommes dans la vingtaine ou la trentaine.
Un taux trop bas de testostérone peut engendrer de la fatigue, une diminution de la masse musculaire, des troubles de l’humeur, une baisse de la libido, voire des difficultés de fertilité. Si ce phénomène devient plus fréquent chez les jeunes, cela pourrait avoir des conséquences importantes sur leur qualité de vie et leur santé à long terme. Toutefois, il est essentiel de distinguer une baisse ponctuelle ou physiologique d’un véritable hypogonadisme, qui nécessite un diagnostic médical rigoureux et un suivi adapté.
Comment se traite une baisse marquée de testostérone chez les jeunes hommes ?
La situation est inquiétante, mais elle n’est pas irréversible ; il faut se rassurer. Une baisse marquée de testostérone chez les jeunes hommes nécessite avant tout un diagnostic précis, établi par un médecin après plusieurs analyses sanguines pour confirmer le déficit.
Le traitement dépend de la cause sous-jacente et de la gravité des symptômes. Lorsqu’un hypogonadisme est avéré, la thérapie de remplacement peut être envisagée, consistant souvent en l’administration de testostérone par différentes voies, comme les injections, les gels ou les patchs. Cependant, ce traitement doit être encadré médicalement, car un usage inapproprié peut entraîner des effets secondaires sérieux, notamment sur la fertilité, la santé cardiovasculaire et la fonction hépatique.
Parallèlement, les médecins recommandent d’aborder les facteurs modifiables liés au mode de vie, tels qu’une alimentation équilibrée, l’activité physique régulière, la gestion du stress et un sommeil de qualité. Dans certains cas, un suivi psychologique peut également être nécessaire pour aider à gérer les répercussions émotionnelles liées à cette condition.
Quelles sont les spécialités médicales qui peuvent intervenir ?
Le spécialiste qui traite la baisse de testostérone, notamment en cas d’hypogonadisme, est généralement un endocrinologue. Ce médecin est expert des hormones et des troubles hormonaux. Selon les symptômes et les causes, un urologue peut aussi intervenir, surtout si des problèmes liés à la fertilité ou à la fonction sexuelle sont présents. Parfois, un médecin généraliste peut orienter le patient vers ces spécialistes après un premier bilan.
Publicité
