Roger-Luc Chayer
Pourquoi est-ce qu’un média gai livrerait une analyse sur une salle de nouvelles d’une télé nationale qui, à première vue, n’a peut-être rien à voir avec ce média? Parce que ce que fait TVA depuis quelques années déconsidère la profession de journaliste et le traitement de l’information qu’on y fait éclabousse l’ensemble de la profession.
Par exemple, de plus en plus, la salle de nouvelles de TVA publie de faux titres ou titre de façon exagérée l’actualité, essentiellement sur sa page Facebook, uniquement afin de générer des clics et faire augmenter artificiellement la valeur des publicités qu’on trouve en cliquant sur les liens. Cette façon de faire est en soi très peu éthique, mais elle cause un préjudice à ses annonceurs qui pensent qu’on vient voir leurs pubs alors qu’on se fait piéger par un faux titre qui nous redirige non pas vers la «nouvelle», souvent insignifiante par rapport au titre, mais vers une page de pub vidéo.
Une nouvelle du 20 avril dernier titrait en gros: «Bientôt des frites à volonté chez McDonald’s». Wow, à priori c’est une nouvelle énorme qui implique des coûts extraordinaires puisque la chaîne de McDo compte plus de 35,000 restaurants dans le monde (Wikipédia). Or, en cliquant sur la nouvelle, on tombe sans le vouloir sur un reportage unilingue anglais, allez savoir ce que ça fait là, et on y parle uniquement d’un seul restaurant Mc Do, de la ville de St-Joseph dans l’État du Missouri. Un titre grossièrement exagéré qui ne fait pas la distinction entre 35,000 restos et un seul, voilà un exemple de mauvais traitement de la nouvelle qui déconsidère aux yeux du public la réputation des médias. Les exemples sont nombreux et au quotidien avec TVA! Pourquoi est-ce qu’on assiste à un tel manque d’éthique de la part d’un groupe qui se prétend média et qui est pourtant sous permis du Conseil de la Radiodiffusion et des Télécommunications du Canada? Parce que, d’une part, quelqu’un prend ce type de décisions à TVA et ce n’est pas par pure incompétence. Il y a une réelle volonté d’agir coûte que coûte sur les cotes d’écoute et sur les clics informatiques. Québécor agit avec un tel mépris de l’éthique journalistique parce que le Conseil de Presse du Québec a perdu toute crédibilité en matière éthique et personne ne semble s’inquiéter des plaintes et décisions qu’on y traite depuis que certains membres de l’organisation ont été impliqués dans des décisions saugrenues qui ne trouvaient justement aucun justificatif dans le guide de déontologie. Quand le chat dort, les souris dansent et c’est ce qui explique que dans le monde des médias québécois, TVA peut se permettre de faire n’importe quoi puisqu’il n’existe aucun contrepoids crédible pour encadrer son travail à la salle des nouvelles. Heureusement, il reste encore l’opinion publique et c’est à ce niveau que la critique peut forcer TVA à nous livrer de la nouvelle professionnelle. Il faut en parler…