VIH: 4 JOURS SUR 7 C’EST OK!

Libération

Présentés récemment à la conférence internationale sur le sida de Durban, les résultats d’une étude sur l’allègement des trithérapies prouvent l’efficacité des prises espacées de médicaments antirétroviraux.

C’est un défi que l’on retrouve dans le traitement de toutes les maladies chroniques. Comment éviter de prendre quotidiennement un médicament? Ne peut-on pas l’alléger, faire des pauses ?

La question se pose de façon évidente en matière de VIH, avec les trithérapies qui donnent des résultats remarquables : à plus de 90%, les personnes qui en reçoivent sont, selon l’expression, «indétectables», c’est-à-dire que l’on ne retrouve plus de traces de virus dans le sang, même si celui-ci peut rester caché dans des lieux dits «réservoirs», comme les ganglions. Autre succès des trithérapies, la personne n’est plus contaminante. Mais voilà, le patient doit prendre son traitement tous les jours.

Depuis quelques années, le professeur Jacques Leibowitch tente de convaincre de l’intérêt d’une thérapie antirétrovirale dite «de maintenance», prise seulement 4 jours dans la semaine, avec donc une pause de trois jours. Ce mardi, à Durban, ont été présentés par le Dr Pierre de Truchis, de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP), les résultats d’un essai sur cette hypothèse de l’allégement. Et cela semble marcher. Pour la valider, l’Agence de recherche contre le sida (ANRS) a lancé en 2014 un essai, dit «non randomisé», c’est-à-dire que tous les patients reçoivent le même schéma de traitement et sont suivis pendant 48 semaines. Mené sous la responsabilité du Pr Christian Perronne (Hôpital de Garches), les patients ont pris leur traitement 4 jours sur 7. 100 patients ont été inclus. Traités par antirétroviraux depuis en moyenne cinq ans, ils avaient tous une charge virale indétectable depuis quatre ans.

Les résultats présentés à Durban sont encourageants. «Après 48 semaines, 96% des patients suivaient toujours le schéma 4 jours sur 7, avec une charge virale indétectable.» Seuls trois patients ont présenté une charge virale de nouveau détectable à la quatrième semaine de l’étude. Mais chez ces patients, la charge virale est redevenue indétectable, avec le retour à un schéma de traitement quotidien. «Ces résultats nous poussent à poursuivre et à mettre sur pied une autre étude, pour répondre ainsi à une demande forte de certains patients de subir une moindre pression médicamenteuse », a expliqué, à Durban, le professeur Jean François Delfraissy, directeur de l’ANRS. «Ce sont des résultats très positifs», a poursuivi le professeur Pierre Marie Girard de l’hôpital St Louis qui a poussé à cet essai. «Ils confirment d’autres études que l’on avait entrepris sur des patients adolescents. Maintenant nous allons faire un essai randomisé en double aveugle, et travailler aussi avec les nouvelles molécules comme les nouvelles intégrases». En tout cas, à coté de l’intérêt clinique de cet allégement des traitements, et à coté aussi de la forte satisfaction du patient de faire des pauses de traitement de même que l’intérêt économique.

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