VIH : LA RUMEUR DU CISEAU « CRISPR »

CRISPR

Par : Roger-Luc Chayer Image : Innovativegenomics.org

Inlassablement, et depuis des mois, on voit passer sur les réseaux sociaux la formidable grande nouvelle du siècle : le VIH aurait été éliminé grâce à une technologie du nom de CRISPR-Cas9, en association avec un antiviral, et enfin la planète pourrait souffler face à cette terrible maladie qui a décimé beaucoup d’hommes gays et encore plus de patients dans les pays les plus pauvres, dont certains, comme le Lesotho, comptent jusqu’à 50 % de leur population atteinte du VIH. Mais est-il exact que cette technologie peut supprimer le VIH chez une personne atteinte ?

Dans un article publié par Radio-Canada en 2019, on mentionnait que des chercheurs américains de l’École de médecine de l’Université Temple et de l’Université de Pittsburgh avaient franchi un pas important vers la guérison complète grâce à cette technologie.

« Ces travaux sont les premiers à démontrer que la réplication du VIH-1 peut être complètement arrêtée et le virus éliminé des cellules infectées chez les animaux par l’action combinée de CRISPR-Cas9 et de la prise d’un traitement antiviral à libération lente et à longue durée d’action (Laser ART). »

La technologie CRISPR-Cas9 est un outil de modification génétique révolutionnaire dérivé d’un mécanisme de défense naturel présent chez les bactéries. Elle fonctionne comme des « ciseaux moléculaires » capables de reconnaître une séquence précise d’ADN et de la couper, permettant ainsi de la modifier, de la remplacer ou de la désactiver. Grâce à sa précision, sa rapidité et son coût relativement faible, CRISPR-Cas9 a transformé la recherche biomédicale.

Comme cette technologie induit l’introduction de gènes modifiés chez l’humain, le risque de provoquer des effets graves, voire des maladies absentes jusqu’alors chez le patient, est important. D’où le ralentissement de la recherche, car jusqu’ici les seuls résultats probants et convaincants concernant le VIH ont été observés uniquement chez certains animaux, jamais chez l’humain.

L’usage de la technologie CRISPR-Cas9 contre le VIH chez l’humain est difficile pour plusieurs raisons qui se cumulent. Le VIH se cache dans ce qu’on appelle des « réservoirs viraux », c’est-à-dire des cellules disséminées dans le corps où le virus reste inactif et invisible au système immunitaire, mais aussi à CRISPR. Pour éliminer complètement le VIH, il faudrait atteindre chaque cellule infectée, ce qui est aujourd’hui impossible.

À cela s’ajoutent les risques d’erreurs de ciblage : CRISPR peut parfois couper au mauvais endroit dans l’ADN humain, entraînant des dommages potentiellement graves. Il faut également être capable d’acheminer CRISPR dans les bonnes cellules sans déclencher d’effets toxiques. Enfin, le VIH mute extrêmement vite, ce qui complique encore la précision du ciblage génétique.

La disponibilité des « ingrédients » nécessaires à la technologie CRISPR-Cas9, comme les enzymes Cas9, les ARN guides ou les vecteurs pour leur transport, n’est pas vraiment un obstacle.

L’affirmation selon laquelle le VIH aurait été vaincu grâce à la technologie CRISPR-Cas9 est prématurée. Bien que cette technologie soit prometteuse et ait montré des résultats encourageants dans des études sur des modèles animaux, son efficacité et sa sécurité chez l’humain ne sont pas encore prouvées.

La recherche est toujours en cours, et il faudra encore du temps avant de savoir si CRISPR-Cas9 pourra réellement offrir une solution durable contre le VIH chez les patients et nous sommes encore très loin du jour où l’on pourra crier victoire avec ce traitement !

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