
Carle Jasmin (Image : Source inconnue)
Il existe, parmi les acteurs classiques d’Hollywood, ceux qui ont fortement influencé le cinéma et l’art du film; mais d’autres ont aussi réussi à influencer le public dans leur vie quotidienne. Je vous parle de Vincent Price, maître de l’horreur caviard, dont la vie privée n’avait pas besoin d’être cachée.
Vincent Price (1911–1993) est devenu l’une des figures les plus emblématiques du cinéma américain, célèbre pour sa présence élégante et sa voix distinctive qui apportaient une aura inversée à l’horreur. Né à St. Louis, Missouri, Price a grandi dans un environnement cultivé qui a nourri son goût pour l’art, la culture et les récits sombres. Après des débuts sur les planches et à la radio, il a rapidement trouvé sa voie au cinéma, où son charisme assuré et son regard perçant ont fait de lui une vedette du genre.
Durant les années 1950 et 1960, Price s’est imposé comme l’incarnation du maître du suspense et de l’angoisse, travaillant à la fois dans des productions d’exploitation et dans des films d’auteur plus ambitieux. Sa collaboration avec Roger Corman au sein de la célèbre série d’adaptations des nouvelles d’Edgar Allan Poe a donné naissance à des classiques tels que The Pit and the Pendulum, The Masque of the Red Death et The Fall of the House of Usher, qui ont scellé son image d’icône de l’horreur gothique. À l’écran, son habileté à mêler érudition, malice et une pointe de dédain aristocratique a rendu ses personnages inoubliables.
En dehors du cinéma, Price a cultivé une carrière polyvalente: il a travaillé à la télévision, offert sa voix à des narrations et à des projets animés, et participé à des spectacles sur scène. Son approche du genre horrifique privilégiait souvent l’atmosphère et le dialogue savoureux plutôt que la simple frayeur, ce qui lui a permis d’attirer un public varié et d’influencer durablement la manière dont le macabre est représenté au cinéma.
Prix et distinctions ne manquent pas dans son parcours, mais c’est surtout la mémoire d’un acteur qui a su allier sophistication et frisson qui persiste. Son héritage réside dans ces performances qui ont mêlé élégance et inquiétude, laissant une empreinte durable sur le folklore du cinéma d’horreur et sur l’imaginaire collectif autour du personnage du maître du suspense.
Ce qui est intéressant pour les lecteurs de Gay Globe, c’est que Vincent Price était connu pour être bisexuel, même s’il n’en a jamais parlé ouvertement de son vivant.
Ce qui est le plus solide : le témoignage de sa fille
Le témoignage le plus important est celui de Victoria Price, sa fille. En 2015, elle a déclaré qu’elle était aussi proche de la certitude qu’elle pouvait l’être que son père avait eu des relations physiquement intimes avec des hommes. Elle expliquait toutefois qu’elle ne l’avait pas entendu directement de lui et qu’une partie de ce qu’elle savait relevait donc du témoignage indirect.
En revanche, lorsqu’elle avait fait son coming out auprès de son père à l’âge de 22 ans, Vincent Price lui aurait dit quelque chose de beaucoup plus explicite : il lui aurait confié avoir eu des relations profondes et amoureuses avec des hommes, ajoutant que ses épouses en avaient été jalouses. C’est probablement l’élément le plus significatif de tout le dossier, parce que Victoria rapporte ici une conversation personnelle avec son père.
Hollywood : il ne semble pas avoir vécu cela comme une double vie clandestine
Victoria Price décrit la maison familiale des Price comme un endroit où des personnes LGBT étaient constamment présentes lors des réunions et événements. Elle insiste sur le fait que son père était profondément accueillant envers les homosexuels et les personnes LGBT.
Elle décrit également son mariage avec Coral Browne comme une véritable relation sexuelle et amoureuse, et non comme un mariage de façade destiné à dissimuler son homosexualité.
Browne était elle-même bisexuelle. Price et Browne se sont rencontrés pendant le tournage de Theatre of Blood en 1973 et se sont mariés l’année suivante. C’est assez révélateur de leur milieu social : leur couple semble avoir fonctionné avec une conception beaucoup plus ouverte de la sexualité que celle qui était généralement admise publiquement à Hollywood.
Un élément particulièrement intéressant : Vincent Price parlait publiquement des questions homosexuelles
On possède au moins un document contemporain assez fascinant.
En 1978, alors qu’il avait 67 ans, Price accordait une interview à propos de son spectacle Diversions and Delights, consacré à Oscar Wilde. Le journaliste le décrit comme un homme non gay mais certainement conscient et compréhensif à l’égard de la question homosexuelle. Price y parlait notamment de Wilde et défendait l’idée qu’il n’était pas exclusivement homosexuel mais plutôt bisexuel.
Cela ne constitue évidemment pas une preuve de la bisexualité de Price lui-même. Mais cela montre qu’il était capable, dès les années 1970, de parler ouvertement de bisexualité et d’homosexualité sans adopter le discours hostile qui était encore courant à l’époque.
Vincent Price appartenait à une génération où un acteur pouvait être marié à une femme, avoir des enfants, avoir une carrière très masculine à Hollywood et néanmoins entretenir des relations affectives ou sexuelles avec des hommes, sans nécessairement employer le vocabulaire identitaire que nous utiliserions aujourd’hui.
Et son cas devient encore plus intéressant avec Coral Browne.
Ils n’étaient apparemment pas deux personnes qui se mariaient pour cacher leur sexualité respective. D’après leur fille, ils étaient réellement amoureux et sexuellement attirés l’un par l’autre tout en ayant chacun une vie affective beaucoup plus ouverte. Victoria Price considère d’ailleurs cette manière de vivre comme l’une des choses les plus importantes qu’elle ait apprises de ses parents.
À propos de Victoria Price
Née le 27 avril 1962 à Santa Monica, en Californie, Victoria Price est la fille de l’acteur Vincent Price et de sa deuxième épouse, Mary Grant Price. Formée en histoire de l’art et en théâtre au Williams College, elle a travaillé comme auteure, designer, consultante en art, éducatrice et conférencière. Elle est également l’auteure de Vincent Price: A Daughter’s Biography, publiée pour la première fois en 1999, une biographie intime de son père réalisée à partir de leurs nombreuses conversations.
Victoria Price est devenue une source importante pour comprendre la vie privée de Vincent Price, notamment ses relations familiales et sa sexualité. Elle a raconté que son père lui avait confié avoir vécu des relations profondes et affectueuses avec des hommes. Son témoignage a ainsi contribué à faire connaître une facette longtemps demeurée privée de la vie de l’acteur.
Aujourd’hui, Victoria Price poursuit une carrière de conférencière et d’auteure, abordant notamment l’art, la créativité, le développement personnel et l’héritage de son père. Sur son propre site, elle décrit d’ailleurs Vincent Price et sa mère comme des figures qui ont profondément marqué sa conception de l’amour et de la vie.
Victoria Price accordait une entrevue au Magazine Gay Globe en 2019, dans le cadre d’une édition du magazine qui rendait hommage à son père, Vincent Price. On peut lire le magazine et l’entrevue au https://gayglobe.net/magazine-gay-globe-136-special-vincent-price/
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