Vivre positif Dans une prison américaine

Depuis le début de cette chronique, il y a plus de trois ans déjà, j’ai souvent parlé des aspects négatifs de mon incarcération. Dernièrement, je me suis demandé s’il pouvait y avoir quelque chose de positif à mon aventure carcérale et à la lumière d’une analyse personnelle sincère et profonde, j’ai été surpris de constater qu’il y a effectivement du bon à mon séjour en prison.

D’abord il y a ma santé. Même si les soins médicaux ici ne sont pas de première classe, avant mon arrestation je ne prenais aucun médicament contre le VIH. Étant considéré comme sidéen par les médecins de la prison sur la base de mes analyses sanguines, j’ai décidé de commencer une trithérapie en 2003 avec comme résultat une nette amélioration de ma condition physique peu de temps après. Si j’étais resté en liberté, j’aurais probablement repoussé la prise de mon traitement salvateur et je serais probablement dans un pire état aujourd’hui, pour ne pas dire mort. Je pense même que mon arrestation m’a sauvée la vie.

J’ai souvent repensé à ma vie d’avant, à mon enfance, mes bonnes et moins bonnes décisions, mes bons et mauvais coups, mes moments de joie intense et de profonde tristesse et à mes jours de désespoir. J’ai surtout pensé à celui que je voulais devenir et ce que je voulais faire dans le futur, à ma sortie. Je crois sincèrement que je vais sortir d’ici plus équilibré. Je suis plus que jamais déterminé à voir mes objectifs s’accomplir.

Le fait de vivre en prison en Floride a contribué grandement à ma meilleure connaissance de la langue anglaise. J’ai même joué dans des pièces de théâtre de Shakespeare, ce qui relève de l’exploit pour moi. Finalement, mon temps passé derrière les barreaux m’a permis de rencontrer et d’échanger avec des gens de toutes cultures, de toutes races et de tous âges.

J’ai appris à mieux me connaître et à corriger ma façon erronée de penser. J’ai arrêté de juger les autres, j’ai aussi arrêté de me juger de façon néfaste moi-même. En changeant ma façon de voir les autres, j’ai changé ma propre façon de me voir moi-même. J’ai découvert celui que je voulais être. En découvrant celui que je voulais être, j’ai vu mon avenir. Un avenir meilleur, rempli de joie et de réussites où plus jamais je n’aurai à revenir en prison y chercher l’essence de ce que je suis.

NDLR: Gay Globe Média a déjà offert son aide à Stéphane à son retour sur la scène artistique au Québec l’an prochain, à suivre…

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